
Pendant vingt ans, la France a fabriqué de moins en moins de voitures. Le nombre de véhicules particuliers assemblés dans le pays a chuté de plus de moitié et, depuis 2020, la production oscille autour d’un million d’unités par an, contre 1,7 million en moyenne entre 2015 et 2019.
Le mouvement ne s’est pas encore inversé. Mais ce million de voitures n’est plus le même.
En 2025, plus de la moitié des véhicules particuliers produits en France étaient entièrement ou partiellement électrifiés, contre quatre sur dix en 2021. Surtout, l’Insee observe un premier résultat industriel mesurable: après une forte dégradation en 2023 et 2024, le solde commercial français des voitures électriques s’est nettement redressé avec la montée en cadence de plusieurs modèles assemblés dans l’Hexagone.
C’est dans ce mouvement que s’inscrit l’annonce de Renault. Samedi 3 octobre, son directeur général François Provost a annoncé plus de 10 milliards d’euros d’investissements en France pour les cinq prochaines années, principalement dans l’électrique et dans la baisse du coût des voitures. Le chiffre le plus vérifiable est ailleurs: Renault dit avoir fabriqué 500 000 voitures en France en 2025 et prévoit d’en produire au moins 25 % de plus cette année. Cela place l’objectif autour de 625 000 véhicules.
À Douai, la transformation a déjà une forme très matérielle. Sur une même ligne sortent notamment la Mégane électrique, le Scénic, la Renault 5 et l’Alpine A290, ainsi que des modèles Nissan et Mitsubishi. La Renault 5 a atteint à elle seule 87 522 exemplaires produits sur le site en 2025.
Renault affirme avoir dépassé cet été le million de véhicules électriques conçus et produits en France depuis 2010, dont 600 000 dans son pôle ElectriCity du Nord. Le constructeur produit aussi des moteurs électriques à Cléon. Dans les batteries, la chaîne se rapproche également des usines automobiles: Verkor a mis en service cet été une deuxième ligne dans sa gigafactory de Dunkerque et livré ses premières batteries entièrement produites sur place.
Cette relocalisation reste cependant une chaîne européenne plutôt qu’une autonomie française. Renault s’approvisionne notamment en cellules NMC auprès d’AESC à Douai et de Verkor à Dunkerque, mais aussi en batteries LFP produites par CATL en Hongrie et auprès de LG Energy Solution en Pologne. Une capacité industrielle retrouvée peut ainsi reposer sur davantage de pièces critiques fabriquées en France et en Europe sans exiger que chaque composant soit produit derrière une frontière nationale.
Le paradoxe français reste frappant. En 2025, les immatriculations de voitures électriques neuves étaient 1,5 fois supérieures au nombre produit en France. Le pays importe donc encore massivement, surtout d’Allemagne et de Chine. Dans le même temps, six voitures électriques fabriquées en France sur dix partent à l’exportation, essentiellement vers d’autres pays européens. La filière française ne reconstruit pas un marché automobile fermé sur lui-même: elle retrouve une place dans une industrie continentale où voitures, batteries et composants circulent dans plusieurs directions.
La difficulté suivante sera moins géographique qu’économique.
Selon les données citées par Reuters, l’électrique a représenté un record de 42 % des immatriculations françaises en septembre. Une partie de cette accélération vient de l’envolée récente du prix des carburants. Dès juin, Renault signalait une hausse allant jusqu’à 50 % des commandes électriques sur certains grands marchés européens et disait dépasser les capacités de certains fournisseurs, au point d’envisager des équipes supplémentaires. François Provost estime lui-même qu’une partie de cette demande retombera si les carburants redeviennent moins chers.
Voilà le test. La France produit désormais en série des voitures électriques, des moteurs et une part croissante de leurs batteries. L’Insee en voit déjà l’effet dans les échanges commerciaux. Mais pour transformer ce redressement en reconstruction durable de l’industrie automobile, ces usines devront continuer à tourner lorsque l’essence coûtera moins cher et lorsque la concurrence se jouera de nouveau principalement sur le prix.
Pour Renault, le premier verdict arrivera vite: environ 625 000 voitures doivent sortir de ses usines françaises cette année.
Sources consultées
- InseeConstruction automobile: la production de véhicules électriques sur les sites français monte en charge et améliore le solde extérieur
- ReutersRenault to invest over €10 billion in France in EVs, affordable cars, CEO says
- Renault GroupDouai Plant
- Renault GroupRenault Group franchit le cap d’un million de véhicules électriques « Made in France » depuis 2010
- VerkorVerkor evolves its leadership to support its large-scale industrial production phase