
Le chiffre le plus révélateur de l’accord conclu vendredi par le G7 n’est peut-être pas 100 millions de barils. C’est vingt jours.
Les dirigeants du G7 ont décidé de coordonner la libération de 100 millions de barils de réserves sur quatre mois, avec une quantité importante de diesel avancée dans les vingt premiers jours. Dans le même communiqué, ils demandent aux raffineries d’éviter les arrêts de maintenance simultanés et d’augmenter temporairement leur production lorsque c’est possible. La juxtaposition dit presque tout : le marché mondial manque aujourd’hui particulièrement de carburants déjà raffinés.
Depuis le printemps, une partie de la crise pétrolière s’est déplacée. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les exportations de brut du Moyen-Orient ont sensiblement repris. Celles de produits raffinés restent beaucoup plus contraintes, tandis que les attaques contre les raffineries russes ont aggravé la tension sur le diesel.
En août, les exportations nettes de diesel et de gazole du Golfe et de Russie étaient inférieures de 1,6 million de barils par jour à leur niveau de février. Avant ces perturbations, ces deux ensembles représentaient près de 45 % du commerce maritime mondial de ces carburants. Les raffineries ailleurs dans le monde ont accéléré pour profiter de marges exceptionnellement élevées, mais l’AIE décrit un système déjà poussé vers ses limites.
C’est ainsi qu’un marché peut voir revenir davantage de pétrole brut tout en restant sous forte tension sur le diesel. Un baril de brut doit encore atteindre une raffinerie, y être transformé dans les bonnes proportions puis acheminé vers le marché qui en a besoin. Un litre de diesel déjà stocké est immédiatement utilisable.
L’Europe illustre cette contrainte. Le 29 septembre, la Commission européenne constatait que l’approvisionnement restait stable, mais avec des prix élevés pour le diesel et le carburéacteur. Les stocks commerciaux du grand hub Amsterdam-Rotterdam-Anvers étaient sous leur moyenne des cinq dernières années, tandis que les raffineries européennes tournaient presque à leur capacité maximale.
Il n’y a donc pas, à ce stade, de pénurie généralisée à la pompe dans l’Union. Il existe en revanche peu de capacité industrielle inutilisée pour compenser rapidement une nouvelle perte de produits raffinés.
Les réserves stratégiques permettent d’ajouter immédiatement du carburant ou du brut au marché pendant que les flux commerciaux se réorganisent. Elles ne remplacent pas les capacités de raffinage perdues.
Et le coussin a déjà beaucoup servi. L’AIE indique qu’environ 325 millions des 400 millions de barils engagés lors de l’action collective de mars ont été libérés, soit plus de 80 %. Le communiqué du G7 rattache les 100 millions annoncés vendredi à l’exécution de ces engagements, en tenant compte de ceux déjà remplis.
La contribution exacte de la France n’est pas publiée. Après plusieurs mois de mobilisation, les pays du G7 doivent désormais penser à la reconstitution de leurs stocks. Ils demandent à l’AIE des recommandations sur ce point dans les vingt jours.
Le même délai sert donc à deux choses : sortir rapidement du diesel et commencer à réfléchir à ce qu’il faudra remettre dans les réservoirs. Les réserves peuvent gagner du temps. Chaque utilisation de ce temps réduit cependant la marge disponible pour le choc suivant.
Sources consultées
- Présidence de la République / G7Déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G7 sur la sécurité énergétique mondiale et la stabilité des marchés
- Agence internationale de l’énergieExecutive Director participates in G7 Leaders’ meeting on energy security and markets
- Agence internationale de l’énergieOil Market Report - September 2026
- Commission européenneOil Coordination Group: Continued concern about prices while supply remains stable