
Un peu plus de 400 lycées n’accueillent pas leurs élèves ce vendredi 2 octobre. Rapporté aux quelque 3 700 lycées que compte la France, c’est plus d’un établissement sur dix. Et le mouvement est encore beaucoup plus large : Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, indique que 1 207 lycées ont été touchés à un moment ou à un autre par un blocage ou une manifestation, soit, à titre d’ordre de grandeur, près d’un sur trois.
Ces deux nombres décrivent pourtant des réalités très différentes. Un lycée peut avoir connu un rassemblement matinal puis fonctionner normalement. D’autres ont subi des incendies ou des dégradations qui empêchent l’accueil des élèves. Dans plusieurs dizaines d’établissements, la réponse consiste désormais à fermer le bâtiment tout en maintenant les cours à distance. La crise n’est donc plus seulement celle des blocus : elle touche directement la capacité du système scolaire à assurer physiquement l’enseignement.
Le mouvement a commencé le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil autour de postes d’enseignants qui n’étaient pas pourvus, avant de se diffuser avec des revendications sur les remplacements, les bâtiments, les classes chargées, les emplois du temps ou Parcoursup. Le problème des cours perdus dépasse d’ailleurs ce seul mouvement : selon la DEPP, 7,5 % des heures d’enseignement prévues dans le second degré public n’ont pas été assurées en 2024-2025 en raison du non-remplacement d’enseignants absents.
Depuis, une autre réalité s’est superposée à ces revendications. Jeudi, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 1 949 interpellations et 305 policiers, gendarmes et pompiers blessés. Côté Éducation nationale, Édouard Geffray fait état depuis le début du mouvement de 170 élèves et 65 personnels blessés, parmi lesquels 40 proviseurs. Ces chiffres viennent de bilans administratifs différents et ne décrivent ni les mêmes périodes ni les mêmes circonstances, mais leur ampleur explique le basculement vers des fermetures préventives et des interdictions de rassemblement autour des établissements concernés.
Le gouvernement affirme qu’une partie importante des violences est désormais commise par des personnes extérieures aux établissements. Cette origine n’est pas établie de manière consolidée à l’échelle nationale. Elle ne permet donc pas de confondre les lycéens mobilisés, les participants aux rassemblements et les auteurs des incendies, agressions ou tirs de projectiles. Le résultat opérationnel, lui, est déjà visible : là où la sécurité ne peut plus être assurée, les grilles ferment.
Le passage au distanciel constitue le principal outil de continuité. En Seine-Maritime, le lycée professionnel Jean-Baptiste-Colbert demande ainsi aux élèves de consulter les activités déposées sur Pronote pendant que l’établissement reste inaccessible. Dans d’autres départements, cette organisation concerne plusieurs dizaines de lycées simultanément. Elle permet de maintenir une partie des cours, mais pas les ateliers, les laboratoires ni tout ce qui suppose matériel ou présence physique.
La mobilisation a parallèlement été suivie d’une première concession nationale. Jeudi matin, le projet de budget pour 2027 prévoyait de demander aux étudiants non boursiers 178 euros d’inscription en BTS et 270 euros en classe préparatoire. Jeudi soir, Édouard Geffray annonçait son retrait après des discussions avec les syndicats et le premier ministre.
Cette séquence nationale masque surtout l’extrême diversité du terrain.
Dans les 17 départements couverts par La Clé Publique
- Gironde
- La préfecture a recensé jeudi 18 lycées fermés et jusqu’à 6 000 participants. Vendredi, 28 établissements ayant subi des dégradations ou des blocages incompatibles avec l’accueil des élèves poursuivent les apprentissages à distance.
- Nord
- À Haubourdin, les incidents autour du lycée Beaupré ont débordé très au-delà du lycée. La ville a fermé deux écoles, plusieurs équipements municipaux et annulé les Boucles haubourdinoises prévues dimanche.
- Hauts-de-Seine
- Le mouvement a franchi les portes de l’enseignement supérieur. L’université Paris-Nanterre a fermé administrativement son campus vendredi et annulé cours et activités après les blocages constatés dans la matinée.
- Val-d’Oise
- Le Défenseur des droits et l’IGPN enquêtent sur les circonstances dans lesquelles un garçon de 14 ans a été grièvement blessé au visage par un tir policier lundi devant le lycée du Château d’Épluches à Saint-Ouen-l’Aumône.
- Rhône
- 44 établissements dispensent leurs cours à distance. La préfecture interdit les rassemblements revendicatifs dans un rayon de 100 mètres autour de ces lycées.
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- Alpes-Maritimes
- 24 lycées de Nice, Cannes, Antibes, Cagnes-sur-Mer, Menton et Grasse passent à l’enseignement à distance vendredi. La préfecture avait compté 72 interpellations jeudi et 174 depuis le début du mouvement.
- Bouches-du-Rhône
- Une quarantaine de lycées basculent à distance. Jeudi, 43 établissements avaient connu des regroupements et la préfecture de police avait recensé près de 5 000 participants et 84 interpellations dans le département.
- Calvados
- À Lisieux, environ 400 élèves venus de plusieurs lycées de la ville ont manifesté jeudi. Le mouvement atteint ainsi une ville moyenne, loin des premiers foyers franciliens et des grandes métropoles.
- Essonne
- 37 lycées, soit près de la moitié des établissements du département selon l’académie de Versailles, avaient été touchés jeudi. Les incidents les plus sérieux concernaient une petite quinzaine d’entre eux.
- Eure
- Le mouvement a gagné les lycées Senghor et Modeste-Leroy à Évreux ainsi que Dumézil à Vernon. À Vernon, deux jeunes ont été blessés lors d’incidents distincts et une personne interpellée après des jets de pierres contre les forces de l’ordre.
- Haute-Garonne
- Une quinzaine de lycées de Toulouse, Tournefeuille, Colomiers et Muret sont fermés au public vendredi avec continuité pédagogique. La veille, près de 3 000 participants avaient été recensés ; treize élèves et deux personnels ont été légèrement blessés.
- Paris
- Treize lycées fermés sont visés vendredi par une interdiction de rassemblement à leurs abords, prise par la préfecture de police.
- Seine-et-Marne
- À Brie-Comte-Robert, le lycée Blaise-Pascal indique être fermé vendredi en raison du mouvement et renvoie les élèves vers Pronote pour les consignes. Le lycée existe pédagogiquement, mais plus physiquement pour la journée.
- Seine-Maritime
- Une vingtaine de lycées avaient subi des dégradations jeudi selon le bilan préfectoral rapporté localement, avec huit blessés et 28 interpellations. Plusieurs établissements restent fermés ou en distanciel vendredi.
- Seine-Saint-Denis
- À Saint-Denis, le lycée Paul-Éluard était fermé jeudi tandis que lycéens, enseignants et étudiants de Paris-VIII convergeaient vers le centre-ville. Des centaines de jeunes ont participé au cortège, avant des tensions avec les forces de l’ordre.
- Val-de-Marne
- Le département garde une place particulière dans la chronologie. Le mouvement actuel a commencé le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil autour de plusieurs postes d’enseignants non assurés, avant de s’étendre à l’Île-de-France puis au reste du pays.
- Yvelines
- Les rassemblements sont interdits vendredi devant seize lycées particulièrement touchés par les incidents. Les services préfectoraux comptabilisaient 82 interpellations depuis le début du mouvement.
À Créteil, la mobilisation avait commencé parce que des enseignants manquaient à l’appel. Onze jours plus tard, des centaines de lycées tentent de faire cours sans ouvrir leurs portes.
Sources consultées
- Ministère de l’Éducation nationale, DEPPL’Éducation nationale en chiffres, édition 2026
- ReutersAbout 400 French schools closed as some student protests turn violent
- Le MondeBlocages de lycées, direct du 2 octobre 2026
- LCPLycées bloqués : le gouvernement renonce à faire payer l’inscription en BTS et en classes prépa
- Préfecture de la GirondePoint de situation : mobilisation des lycéens en Gironde le jeudi 1er octobre
- Université Paris-NanterreFermeture administrative du campus de Nanterre le 02 octobre 2026