
Le chiffre affiché du budget 2027 est 54 milliards d’euros. Celui qui explique mieux la difficulté française est 12 milliards : la hausse, en un an, des seuls intérêts de la dette.
La charge passerait de 79,2 milliards d’euros en 2026 à 91,2 milliards en 2027. Cette progression absorbe à elle seule environ la moitié de l’effort réalisé sur les dépenses publiques hors intérêts. C’est l’une des raisons pour lesquelles 54 milliards d’euros de redressement annoncés par le gouvernement ne feraient finalement reculer le déficit que de 5,4 % à 5 % du PIB.
Ils ne mesurent pas la même chose.
Les 54 milliards correspondent à ce qu’il faudrait trouver par rapport à une trajectoire où les comptes se dégraderaient spontanément. Le gouvernement estime cette dégradation à environ un point de PIB en l’absence de mesures, sous l’effet notamment du vieillissement et de la hausse des intérêts. Sur ces 54 milliards, 43 milliards viendraient de mesures inscrites dans les PLF et PLFSS pour 2027 et 11 milliards de décisions déjà engagées dont l’effet monte en puissance.
Le Haut Conseil des finances publiques regarde le même budget avec une autre métrique, l’« effort structurel », destinée à isoler l’effet des décisions budgétaires de la conjoncture. Il l’évalue à environ 28 milliards d’euros : 17 milliards de recettes supplémentaires et 11 milliards d’effort sur la dépense.
La facture des intérêts est décisive. Hors charge de la dette, le freinage de la dépense représente environ 23 milliards d’euros. Mais les intérêts supplémentaires coûtent presque 12 milliards. L’effort net sur la dépense retombe donc autour de 11 milliards.
Cela permet aussi de comprendre une apparente contradiction dans la présentation du budget. Le gouvernement affirme que 60 % de son effort porte sur les dépenses ; le Haut Conseil aboutit à une amélioration structurelle provenant majoritairement des recettes. Les deux calculs utilisent des périmètres et des références différents. Le premier chiffre l’écart à un scénario tendanciel et inclut les mesures déjà engagées. Le second cherche à mesurer l’impulsion budgétaire de l’année.
L’effort ne suffit pourtant pas à stabiliser la dette. Le projet prévoit qu’elle passe de 119,3 % du PIB en 2026 à 121,7 % en 2027. La dépense publique continuerait elle aussi d’augmenter en euros et de 0,6 % en volume, tout en reculant légèrement rapportée au PIB, à 56,9 %.
Cette trajectoire reste une prévision. Le Haut Conseil juge optimiste l’hypothèse de croissance de 1 % retenue pour 2027 et considère la cible de déficit à 5 % atteignable à condition que les mesures annoncées soient effectivement mises en œuvre. Il estime également « très peu vraisemblable » un retour du déficit sous 3 % dès 2029 sauf conjoncture très favorable.
Le Parlement peut encore changer la répartition entre prélèvements et dépenses. Mais l’arithmétique qu’il reçoit est déjà plus contraignante que celle des annonces de l’été : avant de réduire effectivement le déficit, le budget 2027 doit trouver près de 12 milliards supplémentaires simplement pour payer la hausse annuelle des intérêts.