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Fin septembre : 633 à 125 cas autochtones de chikungunya, 41 à 145 de West Nile

À un jour près, les bilans de fin septembre 2025 et 2026 racontent deux saisons presque inversées. Deux mécanismes différents expliquent ce basculement.

Illustration - moustiques et circulation virale

À la fin septembre 2025, la France comptait 633 cas autochtones de chikungunya et 41 infections à virus West Nile. Un an plus tard, à presque exactement la même date, elle en compte respectivement 125 et 145.

Les proportions se sont presque inversées. Cela ne signifie pourtant pas qu’un virus en aurait simplement remplacé un autre.

Les deux années montrent plutôt deux façons différentes pour une maladie transmise par les moustiques de prendre de l’ampleur en France. Le chikungunya dépend fortement de virus apportés par des voyageurs dans un territoire où le moustique tigre est désormais largement implanté. West Nile suit une autre trajectoire : sa propre aire de circulation s’étend progressivement au-delà du pourtour méditerranéen.

C’est cette différence qui rend la comparaison des deux saisons instructive.

En 2025, l’élément exceptionnel venait de l’extérieur. Au 29 septembre, 1 000 cas importés de chikungunya avaient été recensés en France hexagonale, contre 152 à la même période de surveillance cette année. Santé publique France a depuis attribué le nombre record de transmissions locales de 2025 à l’épidémie de l’océan Indien, particulièrement à La Réunion, ainsi qu’à une souche du virus particulièrement adaptée à Aedes albopictus. La saison s’est finalement terminée avec 809 cas autochtones, un record depuis la mise en place de la surveillance renforcée.

Ce mécanisme donne au chikungunya une géographie paradoxale. Un virus contracté à plusieurs milliers de kilomètres peut déclencher une transmission locale dès lors qu’une personne revient virémique dans une zone où le moustique tigre est présent. Entre 2004 et 2024, Santé publique France n’avait recensé que trois épisodes autochtones de chikungunya en France hexagonale. Puis 2025 en a produit des dizaines.

La pression extérieure est beaucoup plus faible cette année, et le bilan français l’est aussi. Mais 125 cas autochtones répartis dans 19 épisodes ont tout de même été identifiés au 28 septembre dans sept départements. Six de ces épisodes ont été nouvellement identifiés dans le dernier bulletin, sans que cela signifie qu’ils aient tous commencé au cours de la semaine écoulée.

La leçon de 2025 n’a pas disparu avec la chute du nombre de cas en 2026. Le territoire possède désormais une capacité de transmission locale qui peut être fortement amplifiée lorsqu’une épidémie extérieure fournit beaucoup de personnes infectées au mauvais moment.

West Nile raconte une histoire différente, et beaucoup plus progressive.

Jusqu’au début des années 2020, les détections humaines ou équines rapportées par Santé publique France restaient concentrées sur le pourtour méditerranéen. En 2022, des infections équines sont apparues en Gironde, première détection française hors de cette zone historique. En 2023 sont venus les premiers cas humains autochtones de Nouvelle-Aquitaine.

En 2024, Santé publique France a identifié 38 cas humains autochtones dans trois régions et cinq départements. En 2025, le total est monté à 62 cas dans six régions : l’Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et la Normandie étaient touchées pour la première fois. Santé publique France considère désormais que la détection de cas humains ou équins chaque année depuis 2017 confirme une extension du virus sur le territoire.

La saison 2026 prolonge nettement ce mouvement. Au 28 septembre, les 145 cas humains recensés se répartissent dans sept régions : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, mais aussi Pays de la Loire et Centre-Val de Loire. Quatorze autres cas n’ont pas encore de lieu précis de contamination attribué.

Cette extension ne se résume plus à une progression de proche en proche autour de la Méditerranée. En août, les premiers cas humains jamais signalés dans l’Aude, la Seine-et-Marne et la Drôme apparaissaient déjà dans la surveillance nationale. En septembre, la carte s’est encore élargie vers la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et le Loiret.

Les nombres de cas de chikungunya et de West Nile ne mesurent donc pas deux risques parfaitement comparables.

Pour le chikungunya, l’être humain infecté participe à la chaîne qui permet au moustique tigre de transmettre ensuite le virus localement. Le nombre de voyageurs infectés arrivant en France peut ainsi modifier fortement le nombre d’occasions de démarrer un foyer.

West Nile circule principalement entre oiseaux et moustiques Culex. L’être humain est un hôte accidentel. Sa diffusion peut donc progresser sans dépendre d’une vague de voyageurs infectés. Il faut très peu de cette biologie pour comprendre beaucoup de la différence entre 2025 et 2026 : un risque est fortement alimenté par ce qui entre sur le territoire, l’autre étend son propre territoire de circulation.

Il serait prématuré de transformer cette chronologie en explication unique. Les données de surveillance établissent l’élargissement géographique de West Nile ; elles ne permettent pas, à elles seules, de répartir précisément le rôle de la météo, des populations de moustiques, des oiseaux, des conditions écologiques ou de l’amélioration de la détection dans la saison 2026.

Elles suffisent en revanche à constater un changement plus robuste.

En quelques années, West Nile est passé d’une circulation essentiellement méditerranéenne à des détections humaines dans une grande partie de la France. Dans le même temps, l’épisode exceptionnel de chikungunya de 2025 a démontré qu’une épidémie extérieure pouvait trouver en métropole assez de moustiques vecteurs pour produire des centaines de contaminations locales.

Ce sont deux vulnérabilités distinctes. Une accalmie de l’une n’efface pas l’autre.

En 2025, une épidémie à La Réunion a fourni l’étincelle au chikungunya métropolitain. West Nile, lui, peut circuler localement sans voyageur infecté.

Sources consultées
  1. Santé publique FranceChikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 30 septembre 2026
  2. Santé publique FranceChikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 1er octobre 2025
  3. Santé publique FranceChikungunya, dengue et Zika en France hexagonale. Bilan 2025
  4. Santé publique FranceVirus West Nile en France hexagonale. Bilan 2025
  5. Santé publique FranceVirus West Nile en France hexagonale. Bilan 2024