
Mercredi, le ministère a recensé 356 lycées concernés par le mouvement de blocages en France. C’est beaucoup : environ un établissement sur dix parmi les 3 700 lycées recensés par l’Éducation nationale. Ce n’est pourtant pas la même chose que 356 lycées fermés.
La distinction compte. Mardi, le ministère avait recensé 416 établissements touchés au cours de la journée. En fin de journée, 338 connaissaient encore une perturbation, mais 45 seulement étaient totalement bloqués et 46 faisaient l’objet d’une tentative de blocage. L’Union syndicale lycéenne revendiquait alors « plus de 400 lycées bloqués ». Les deux chiffres semblaient raconter la même mobilisation ; ils ne mesuraient pas la même chose.
Ce mouvement est donc national par sa dispersion bien davantage que par une paralysie générale du système scolaire. Sa deuxième caractéristique est plus brutale : le nombre d’incidents, de blessés et d’interpellations.
Laurent Nuñez a annoncé mercredi soir 625 interpellations dans la journée et 83 policiers ou gendarmes blessés. Édouard Geffray faisait de son côté état de 119 élèves ou membres du personnel de l’Éducation nationale blessés depuis le début du mouvement.
La plupart des mobilisations n’ont pas donné lieu à de tels affrontements, mais plusieurs foyers ont connu des incendies, des tirs de mortiers, des jets de projectiles ou des confrontations avec les forces de l’ordre. Trois interventions policières font parallèlement l’objet d’enquêtes de l’IGPN, notamment après des blessures à Tours et à Saint-Ouen-l’Aumône.
Cette violence ne dit cependant pas pourquoi le mouvement a pris. Celui-ci est parti le 21 septembre du lycée Saint-Exupéry de Créteil, où plusieurs postes d’enseignants n’étaient pas pourvus, avant de gagner d’autres établissements d’Île-de-France puis plusieurs régions. Les revendications recensées depuis sont très hétérogènes : professeurs non remplacés, classes chargées, bâtiments dégradés, restauration, emplois du temps ou Parcoursup. Les appels ont circulé sur les réseaux sociaux, parfois à partir de revendications très locales.
Au moins l’un de ces griefs peut être confronté à une mesure nationale plutôt qu’aux seuls témoignages des manifestants. En 2024-2025, 9,8 % du temps d’enseignement prévu n’a pas été assuré dans les établissements publics du second degré. Le non-remplacement des enseignants absents en représente 7,5 points ; 2,3 points supplémentaires correspondent aux fermetures totales d’établissements. Dans les 10 % d’établissements les plus touchés, plus de 15 % des heures prévues ont été perdues. Dans les 10 % les moins touchés, la proportion reste inférieure à 5 %.
Cette statistique couvre collèges et lycées et ne prouve pas que chaque établissement actuellement mobilisé connaisse une pénurie d’enseignants. Elle établit en revanche que le problème du remplacement existe à une échelle mesurable, avec de très fortes différences d’un établissement à l’autre.
Les revendications sur les « moyens » recouvrent en outre des responsabilités publiques différentes. L’État recrute, affecte et rémunère les enseignants. Pour les lycées publics, les régions ont la charge des bâtiments, de leur construction et de leurs grosses réparations, de leur équipement, de leur fonctionnement matériel et de leur entretien. Un professeur absent pendant plusieurs semaines et un système de chauffage défaillant peuvent donc alimenter la même colère dans un lycée tout en exigeant des décisions de deux autorités différentes.
L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent désormais à bloquer de nouveau lycées et universités jeudi 1er octobre, puis à participer à une manifestation nationale le 6 octobre.
Jeudi fournira ainsi un test plus instructif que le seul total des interpellations : combien d’établissements seront réellement bloqués, combien connaîtront une perturbation ponctuelle, et combien des revendications locales continueront à converger dans un mouvement national. Après quatre jours d’extension rapide, ces trois nombres ne racontent toujours pas la même histoire.
Sources consultées
- Ministère de l’Éducation nationale, DEPPLa part du temps d’enseignement non assuré dans les établissements publics du second degré en 2024-2025
- Ministère de l’Éducation nationaleLe rôle des collectivités territoriales dans le service public de l’éducation
- AFP, via BoursoramaBlocus des lycées : Geffray dénonce des « violences inqualifiables », les lycéens maintiennent la pression
- Le MondeBlocage des lycées : 625 interpellations mercredi, annonce le ministre de l’intérieur
- ReutersInjuries and arrests as high school students keep up blockade of French schools