
L’inflation française vient de passer de 2,4 % à 3 % en un mois. Dans le même temps, les prix ont baissé de 0,3 %.
Les deux chiffres ne se contredisent pas. Ils racontent même une bonne partie de ce qui vient de se produire.
Le taux d’inflation de 3 % compare les prix de septembre 2026 à ceux de septembre 2025. Or, l’an dernier, septembre avait été un mois de forte baisse des prix : -1 %, principalement sous l’effet du reflux saisonnier des transports et de l’hébergement après l’été. Cette année, la baisse n’est que de 0,3 %. Le niveau des prix recule donc entre août et septembre, mais beaucoup moins qu’un an auparavant. Cela suffit à faire monter leur progression calculée sur douze mois.
Le phénomène apparaît particulièrement dans les services. Leur hausse sur un an accélère de 1,9 % en août à 2,2 % en septembre. Reuters rapporte que l’Insee l’explique notamment par des baisses saisonnières de l’hébergement et des transports moins marquées qu’en septembre 2025. Une partie de l’accélération traduit donc le calendrier plutôt qu’une nouvelle poussée soudaine des prix pendant le mois.
Cet effet de comparaison ne suffit toutefois pas à faire disparaître le problème derrière les statistiques. Selon l’estimation provisoire de l’Insee, l’énergie coûte désormais 21,2 % plus cher qu’un an auparavant, contre 16,7 % en août. Les prix alimentaires accélèrent également, de 1,1 % à 1,5 %, avec une hausse de 9,9 % pour les produits frais. Les services progressent de 2,2 %. Seuls les produits manufacturés restent légèrement moins chers qu’un an plus tôt, de 0,3 %.
La structure compte davantage que le seul chiffre de 3 %. En août, alors que l’inflation totale était déjà montée à 2,4 %, l’inflation sous-jacente avait reculé de 1,3 % à 1,1 %. Cette mesure cherche précisément à dégager la tendance de fond en écartant notamment certains prix très volatils et administrés. L’énergie progressait alors de 16,7 %, tandis que les services ralentissaient et que les produits manufacturés restaient en baisse.
C’est une configuration très différente de celle observée au cœur de la précédente vague inflationniste. En septembre 2022, l’inflation sous-jacente atteignait déjà 4,6 %. Elle culminera ensuite à 6,1 % au printemps 2023. Les hausses de prix avaient alors largement dépassé l’énergie pour se retrouver dans une grande partie du panier de consommation. En août 2026, cette généralisation n’apparaissait toujours pas dans l’indicateur sous-jacent.
Septembre apporte néanmoins davantage de mouvements à surveiller. L’alimentation accélère, les produits frais beaucoup plus fortement, les services remontent et la baisse des biens manufacturés s’atténue. Ces évolutions ne prouvent pas encore une diffusion générale du choc, mais elles vont davantage dans cette direction qu’un mois auparavant.
C’est précisément le scénario que la Banque centrale européenne considère comme probable à l’échelle de la zone euro. Dans ses projections de septembre, elle estime que la hausse de l’énergie se transmettra progressivement aux prix hors énergie jusqu’au début de 2027. Son scénario central prévoit toutefois des effets indirects et des boucles prix-salaires plus contenus que pendant l’épisode de 2021 à 2024. L’inflation totale pourrait donc rester élevée quelque temps après le choc initial sans reproduire nécessairement la dynamique précédente.
La distinction a une conséquence directe. Une flambée de l’essence, du gaz ou de l’électricité réduit immédiatement le pouvoir d’achat et renchérit les coûts des entreprises. Une hausse durable d’une grande partie des prix peut aussi se transmettre aux salaires et aux contrats, et pousser davantage la banque centrale à freiner l’économie par les taux d’intérêt.
Pour la France, le chiffre décisif manque encore. L’estimation publiée ce 30 septembre est provisoire et ne donne pas la nouvelle inflation sous-jacente. La dernière mesure disponible, celle d’août, reste à 1,1 %, très loin des niveaux de 2022 et 2023.
Les résultats définitifs de septembre seront publiés le 15 octobre. Ils permettront de voir si le choc énergétique laisse surtout une forte empreinte sur l’indice général, ou si le « pour l’instant » attaché depuis cet été à l’absence d’inflation généralisée commence réellement à expirer.
Sources consultées
- InseeEn août 2026, les prix à la consommation augmentent de 2,4 % sur un an
- InseeEn septembre 2025, les prix à la consommation baissent de 1,0 % sur un mois et augmentent de 1,2 % sur un an
- ReutersFrench preliminary inflation up at 3.4% in September
- Banque centrale européenneECB staff macroeconomic projections for the euro area, September 2026
- AFPFrance : l’inflation grimpe à 3 % sur un an en septembre, selon l’Insee