
Un agent public à l’indice majoré 366 reçoit 1 801,74 euros brut par mois. Un autre à l’indice 379, treize points plus haut, touche 1 865,73 euros. Depuis le 1er juin, le Smic mensuel brut s’élève à 1 867,02 euros. Après versement de l’indemnité différentielle, leurs traitements sont donc ramenés au même plancher, malgré l’écart inscrit dans la grille.
Cette indemnité ne signifie pas que ces agents gagnent tous le Smic : les primes s’ajoutent au traitement indiciaire et peuvent représenter une part importante de la rémunération. Elle révèle autre chose. Une partie de la progression prévue par les grilles est devenue trop faible pour rester visible face à la hausse du salaire minimum. Le mécanisme correcteur protège la paie, mais il n’empêche pas la carrière de se tasser.
Le phénomène a brusquement changé d’échelle cette année. En janvier, 356 000 agents percevaient l’indemnité différentielle, pour les traitements inférieurs à l’indice majoré 371. Depuis juin, elle concerne environ 862 000 agents et tous les indices inférieurs à 380. En cinq mois, le Smic a donc gagné neuf points sur les grilles et fait entrer 506 000 agents supplémentaires dans le dispositif. À titre d’ordre de grandeur, la fonction publique comptait 5,85 millions d’agents fin 2024.
Ce tassement arrive au cœur de la mobilisation prévue mardi 29 septembre. Les huit organisations syndicales représentatives appellent à la grève et réclament notamment des mesures salariales générales, une revalorisation du point d’indice et une refonte des grilles permettant de retrouver de véritables perspectives de carrière. L’ampleur de la mobilisation reste inconnue à la veille du mouvement ; le problème auquel cette revendication répond, lui, est mesurable.
La mécanique vient du décalage entre deux systèmes.
Le Smic évolue automatiquement avec les prix et certains salaires. Il a ainsi augmenté de 2,41 % au 1er juin, de 1 823,03 à 1 867,02 euros brut mensuels. Dans la fonction publique, le traitement dépend de l’indice détenu et de la valeur du point. Celle-ci est inchangée depuis juillet 2023, à environ 4,92 euros par mois. Au deuxième trimestre 2026, l’indice de traitement brut-grille indiciaire était encore stable.
Quand le premier escalier monte et que le second reste immobile, le plancher finit par rattraper les premières marches.
Dans la fonction publique territoriale, le résultat est particulièrement lisible. Depuis juin, l’indemnité différentielle peut concerner les dix premiers échelons de la grille C1, les sept premiers de C2, les trois premiers de C3, les cinq premiers échelons du premier grade de catégorie B et les deux premiers du deuxième grade. Un agent peut donc gagner des échelons et des points d’indice sans que toute cette progression se traduise immédiatement par un traitement supérieur au plancher garanti.
C’est pourquoi le débat ne se résume pas à « augmenter ou non les fonctionnaires ». Trois réponses produisent des effets différents.
L’indemnité différentielle est la plus ciblée : elle complète uniquement les traitements passés sous le Smic, sans déplacer les échelons de la grille.
Relever seulement les premiers indices corrige davantage la structure, à condition de remonter aussi suffisamment d’échelons au-dessus pour recréer des écarts. Sinon, la compression est déplacée quelques lignes plus haut.
Une hausse générale de la valeur du point préserve les écarts entre indices puisque toute la grille monte ensemble, mais son coût budgétaire est beaucoup plus large. Avec les valeurs actuelles, porter par le seul point l’indice 366 de 1 801,74 à 1 867,02 euros représenterait une hausse d’environ 3,6 % appliquée à l’ensemble des traitements indiciaires.
Le gouvernement a choisi pour l’instant une autre trajectoire. Lors du rendez-vous salarial de juillet, il a écarté une mesure générale sur le point d’indice pour 2027 et annoncé un chantier pluriannuel destiné explicitement à « traiter progressivement le tassement des grilles » et à réduire le nombre d’agents dépendant de l’indemnité différentielle. Les modalités évoquées comprennent notamment des injections de points et leur articulation avec cette indemnité.
En janvier, le Smic s’arrêtait sous l’indice 371. Cinq mois plus tard, il avait atteint l’indice 380.
Si les grilles restent immobiles lors de la prochaine hausse du minimum légal, il continuera simplement son ascension.
Sources consultées
- Ministère de l’Action et des Comptes publicsRevalorisation du SMIC : 862 000 agents publics bénéficieront de l’indemnité différentielle au 1er juin
- Ministère de l’Action et des Comptes publicsActivation de l’indemnité différentielle : 356 000 agents publics revalorisés au 1er janvier
- Ministère du Travail et des SolidaritésRevalorisation du SMIC au 1er juin 2026
- Centre de gestion de la fonction publique territoriale du FinistèreRevalorisation du SMIC au 1er juin 2026 – maintien du versement de l’indemnité différentielle
- Direction générale de l’administration et de la fonction publiqueRetour sur le rendez-vous salarial de la fonction publique