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Sécurité économique : derrière les 800 alertes, le résultat que Bercy ne mesure pas publiquement

Le volume d’alertes est élevé depuis 2023. La France sait encadrer les acquisitions étrangères ; elle mesure moins bien l’issue des captations de savoir-faire.

Illustration - Sécurité économique française

Bercy vient de rendre publique une présentation de la doctrine française de sécurité économique. Le ministère indique que le SISSE devrait enregistrer plus de 800 alertes en 2026, environ trois fois plus qu’en 2020.

Le chiffre impressionne davantage que sa trajectoire récente. La doctrine publiée le 24 septembre indique qu’environ 800 alertes sont traitées chaque année depuis 2023. Un rapport de l’Assemblée nationale recensait 1 000 alertes en 2023 et 750 en 2024, contre 340 en 2020. La menace détectée a donc fortement augmenté en six ans, mais 2026 ne marque pas à lui seul un nouveau changement d’échelle.

Surtout, une alerte n’est pas le décompte d’une attaque réussie. Le SISSE en ouvre une lorsqu’un risque est identifié pour la sécurité nationale, la compétitivité, l’innovation ou le potentiel de croissance. En 2025, plus de la moitié concernaient des tentatives de rachat ou de prise de participation étrangères dans un actif stratégique ; un tiers portaient sur des tentatives de captation de savoirs ou de savoir-faire sensibles.

Sur la première catégorie, la France dispose d’un outil dont les résultats sont relativement visibles. En 2025, la Direction générale du Trésor a reçu 418 dossiers au titre du contrôle des investissements étrangers. Sur 323 décisions rendues après demande d’autorisation, 167 opérations ont été autorisées ; 49 % de ces autorisations comportaient des conditions. Sept opérations seulement ont fait l’objet d’un refus formel en quatre ans. Le dispositif français fonctionne donc d’abord en encadrant l’investissement plutôt qu’en fermant la porte.

C’est la partie la plus facile à saisir juridiquement : une transaction existe, un investisseur est identifié, une autorisation peut être exigée et son respect contrôlé.

Une tentative de captation de savoir-faire se présente beaucoup moins proprement. Elle peut passer par une intrusion informatique, un partenariat déséquilibré, une demande d’informations sensibles ou d’autres démarches visant un chercheur ou une entreprise. L’efficacité du dispositif dépend alors d’une étape antérieure à toute sanction : reconnaître qu’un actif est sensible, repérer l’approche et faire remonter l’information assez tôt.

Cette dépendance à la détection précoce rend le réseau territorial décisif. Bercy indique que, dans la base industrielle et technologique de défense, 80 % des alertes touchent des PME ou des ETI. Plus de la moitié des dossiers traités en 2025 se situaient hors d’Île-de-France. Près de 120 comités régionaux ou départementaux de sécurité économique doivent s’être réunis en 2026, précisément pour faire circuler cette vigilance au-delà des administrations centrales et des grands groupes.

Ce que les documents publics permettent beaucoup moins d’évaluer, c’est le résultat de cette chaîne. Ils publient le nombre d’alertes, leur nature et des statistiques détaillées pour les investissements étrangers. Ils ne donnent pas, pour l’ensemble des alertes de sécurité économique, la proportion de risques effectivement neutralisés ou encadrés, ni le délai entre leur apparition, leur détection et la réponse de l’État. La présentation publiée le 24 septembre précise d’ailleurs que la doctrine opérationnelle elle-même reste interne aux services de l’État.

Le bon indicateur de sécurité économique n’est donc pas que le compteur des alertes monte ou baisse. C’est le nombre de savoir-faire, de données et d’actifs stratégiques repérés avant qu’ils ne soient perdus, puis effectivement protégés. Ce chiffre-là n’est pas public.

Sources consultées
  1. Direction générale des EntreprisesPrésentation de la doctrine de sécurité économique
  2. Direction générale des EntreprisesAssises de la Sécurité économique : face à la montée des alertes, Bercy renforce son dispositif de sécurité économique
  3. Assemblée nationaleRapport d’information sur l’évaluation du contrôle des investissements étrangers en France
  4. Direction générale du TrésorPublication du rapport annuel sur le contrôle IEF en 2025