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La France va protéger Yanbu, où l’oléoduc de secours saoudien tourne encore au ralenti

Trois des onze stations de pompage de l’oléoduc Est-Ouest ont été endommagées le 11 septembre. Le corridor a redémarré, mais son retour à pleine capacité pourrait encore prendre six à huit semaines.

Illustration du corridor pétrolier de Yanbu

La France va envoyer des soldats, des radars et des systèmes de défense à Yanbu, sur la côte saoudienne de la mer Rouge. Emmanuel Macron l’a annoncé jeudi 24 septembre en présentant la mission comme strictement défensive : protéger ce site énergétique sans engager la France dans les combats en cours. Quelques heures auparavant, le Quai d’Orsay avait confirmé que Paris était prêt à contribuer, à la demande de Riyad, à la sécurisation des infrastructures énergétiques saoudiennes.

Yanbu est devenu beaucoup plus qu’un port pétrolier. C’est l’aboutissement de l’oléoduc Est-Ouest, quelque 1 200 km de conduites qui permettent au pétrole extrait près du golfe Persique de rejoindre directement la mer Rouge et d’éviter le détroit d’Ormuz. Sa capacité maximale atteint 7 millions de barils par jour. L’Energy Information Administration américaine estime qu’environ 5 millions peuvent être consacrés aux exportations, le reste alimentant les installations saoudiennes.

Cette voie de secours avait déjà été poussée très loin avant les attaques de septembre. Aramco indique avoir porté l’oléoduc à sa capacité maximale de 7 millions de barils par jour au premier trimestre 2026 afin de compenser les perturbations dans le détroit d’Ormuz. L’infrastructure fonctionnait donc déjà comme l’un des principaux amortisseurs physiques du choc pétrolier régional.

Puis trois de ses onze stations de pompage ont été endommagées lors de l’attaque de drones du 11 septembre. L’oléoduc s’est arrêté et les chargements de brut à Yanbu ont été suspendus. Avant cette attaque, il acheminait environ 4 à 5 millions de barils par jour, soit 4 à 5 % de l’offre mondiale de pétrole.

Le redémarrage du 22 septembre n’a pas effacé les dégâts. Reuters rapportait deux jours avant l’annonce française que le pipeline pompait encore à faible débit. Aramco cherchait d’abord à retrouver environ 4 millions de barils par jour ; selon une source sécuritaire citée par l’agence, atteindre 40 % de la capacité devait prendre quelques jours et revenir au maximum pourrait demander six à huit semaines. Une autre source industrielle évoquait jusqu’à six semaines.

C’est ce délai qui donne son sens concret au déploiement français. La difficulté n’est plus seulement de disposer d’une route qui contourne Ormuz. Il faut maintenir cette route en fonctionnement lorsqu’elle est attaquée.

Yanbu concentre des équipements qu’une défense aérienne peut protéger : terminaux, installations de stockage, raffineries et point d’arrivée de l’oléoduc. Des radars et des systèmes de défense peuvent rendre une nouvelle attaque contre cette zone plus difficile. Mais les dégâts de septembre ont été infligés à trois stations réparties le long d’une infrastructure qui traverse la péninsule arabique. La résilience du corridor dépend donc aussi d’équipements situés loin du port que la France vient aider à défendre.

Le périmètre réel de la mission française reste précisément à établir. Dans l’après-midi du 24 septembre, le Quai d’Orsay refusait encore de détailler la nature de la contribution ou l’état des discussions avec Riyad. Macron a ensuite annoncé publiquement des soldats, des radars et des systèmes de défense, sans donner leurs effectifs, leur nombre, leur calendrier de déploiement ni l’étendue géographique de leur mission.

Pour la France, l’enjeu énergétique dépasse les cargaisons qu’elle achète directement à l’Arabie saoudite. Depuis la perturbation d’Ormuz, quelque 4 millions de barils par jour étaient reroutés par l’oléoduc Est-Ouest. Son arrêt a suffisamment pesé sur l’offre mondiale pour que son redémarrage partiel, le 22 septembre, contribue à faire reculer le Brent de plus de 2 dollars le baril. La sécurité de Yanbu agit donc sur un marché où se forment aussi les prix payés par les raffineurs et, à terme, les consommateurs européens.

La France dispose ici d’un levier réel, mais étroit : réduire le risque qu’une nouvelle frappe contre Yanbu interrompe de nouveau les chargements pendant que les dégâts sur le corridor sont réparés. La réussite ne se mesurera pas au nombre de systèmes déployés, mais à la capacité de Yanbu à continuer de charger du pétrole sous la menace.

Sources consultées
  1. France DiplomatieConférence de presse du porte-parole du 24 septembre 2026
  2. Saudi AramcoAramco announces first quarter 2026 results
  3. U.S. Energy Information AdministrationUAE’s exit from OPEC+ reduced the group’s share of crude oil production and capacity
  4. ReutersThree pumping stations along Saudi East-West Pipeline were hit in recent attack, sources say
  5. ReutersSaudi Arabia restarts East-West oil pipeline, sources say