
Emmanuel Macron a jugé jeudi soir « crédible » le scénario d’une nouvelle mobilisation russe d’environ 300 000 hommes. Selon lui, « plusieurs indices » montrent que Moscou s’y prépare. Aucun ordre correspondant n’avait été annoncé vendredi 25 septembre et le Kremlin démentait encore ce projet une semaine plus tôt.
Le chiffre circulait déjà. Le 27 août, les services de renseignement ukrainiens affirmaient que l’état-major russe préparait 300 000 recrutements supplémentaires en 2026, puis autant en 2027, notamment pour compléter les unités engagées et celles en cours de formation. Le détail de cette évaluation n’est pas vérifiable indépendamment.
Sur le front actuel, disposer de 300 000 hommes supplémentaires et pouvoir en concentrer 300 000 sont deux choses très différentes.
Les drones dispersent les soldats, ils ne les remplacent pas
Au premier semestre 2026, les principales offensives russes étudiées par le Center for Strategic and International Studies progressaient en moyenne de 50 à 90 mètres par jour. Autour du front, une zone saturée de drones de plus de 20 kilomètres rend extrêmement dangereuse la concentration d’hommes et de blindés.
La Russie s’est adaptée en dispersant ses attaques. Le Royal United Services Institute décrit des soldats avançant souvent par groupes de deux à cinq, guidés par drone et parfois équipés pour rester plusieurs jours près des positions ukrainiennes. D’autres groupes suivent lorsque les défenses ou le ravitaillement ont été suffisamment affaiblis.
Cette tactique explique le paradoxe des 300 000 hommes. Les drones rendent l’infanterie plus difficile à déplacer et à protéger, mais ne suppriment pas son rôle : infiltrer une ligne, occuper une position, tenir le terrain. RUSI souligne aussi le coût du sous-entraînement, qui accélère les pertes et empêche les unités d’accumuler expérience et cohésion.
Le champ de bataille consomme donc l’infanterie par petits groupes plutôt qu’il ne permet de la masser.
Un réservoir humain sous pression
Le CSIS estime qu’en 2026 les forces russes ont subi entre 30 000 et 34 000 pertes par mois, morts, blessés et disparus confondus, contre environ 27 000 nouvelles recrues mensuelles. Les deux séries ne se soustraient pas directement, notamment parce qu’une partie des blessés retourne au service. Elles indiquent néanmoins une forte pression permanente sur les effectifs.
C’est dans ce contexte que les services ukrainiens présentent les 300 000 hommes supplémentaires : d’abord comme un moyen de compléter les formations existantes et celles déjà en création.
Leur effet militaire dépendrait ensuite de ce que Moscou parviendrait à en faire. Une mobilisation fournit des hommes ; une nouvelle capacité offensive exige aussi des instructeurs, des officiers, des spécialistes, des transmissions, de l’artillerie, des drones, des véhicules, de la logistique et du temps.
Les 300 000 hommes évoqués par Emmanuel Macron pourraient ainsi donner à la Russie davantage de remplaçants, de rotations et de profondeur pour maintenir son effort. Une partie pourrait aussi renforcer sa puissance offensive si elle est suffisamment entraînée, encadrée et équipée.
Pour la France et les autres soutiens européens de Kiev, la distinction est importante. Une telle mobilisation n’annoncerait pas mécaniquement une percée majeure. Elle pourrait d’abord permettre à Moscou de soutenir plus longtemps une guerre où les gains territoriaux restent très lents malgré des pertes considérables.
Le chiffre spectaculaire est 300 000. Le chiffre militaire décisif sera celui des hommes que la Russie réussira à transformer en unités capables de combattre ensemble.
Sources consultées
- TF1Menace russe, prix des carburants... Emmanuel Macron invité du 20H
- Foreign Intelligence Service of UkrainePreparation for a New Wave of Mobilization in Russia: Briefing by the Defense Intelligence of Ukraine and the Foreign Intelligence Service of Ukraine
- Center for Strategic and International StudiesRussian Blood and Treasure: The Ballooning Costs of Putin’s War
- Royal United Services InstituteEmergent Approaches to Combined Arms Manoeuvre in Ukraine
- RBCПесков опроверг данные о планах мобилизовать 300 тыс. человек в 2026 году