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Diesel, fioul, gaz : ce que couvrent réellement les « 90 jours » de Macron

Pour le pétrole, la France détient des stocks stratégiques couvrant environ 108 jours de consommation. Pour le gaz, 100,45 TWh en réserve n’évitent pas de poursuivre les importations.

Illustration - réserves énergétiques françaises

Emmanuel Macron a fixé jeudi soir un horizon précis à la sécurité énergétique française. « D’ici à la fin de l’année, on s’est mis en situation d’avoir ce dont on a besoin », a-t-il assuré à propos du diesel, du gaz et du fioul. Puis il a résumé : « Ça, c’est 90 jours. » Si la crise au Moyen-Orient dure au-delà, la France devra continuer à sécuriser ses approvisionnements.

La formule donne une bonne mesure du répit recherché, mais elle rassemble deux systèmes très différents. Pour le gazole et le fioul, la France dispose effectivement de réserves stratégiques dimensionnées sur un peu plus de trois mois. Pour le gaz, elle dispose surtout d’un tampon saisonnier qui fonctionne avec des importations continues.

Côté pétrole, les opérateurs français doivent maintenir des stocks correspondant à 29,5 % des produits mis à la consommation l’année précédente, après déduction de la production nationale de brut. Cela représente arithmétiquement environ 108 jours de consommation de référence. L’obligation est suivie séparément pour l’essence, les distillats moyens comme le gazole et le fioul domestique, le carburéacteur et le fioul lourd.

C’est une vraie capacité de crise : l’État peut autoriser la mise en circulation de ces réserves lorsque l’approvisionnement est perturbé. Elle ne rend pas pour autant la France indépendante du marché pétrolier. Emmanuel Macron rappelait lui-même le 21 septembre que le pays consomme environ 600 000 barils de diesel par jour et en importe la moitié. Les stocks achètent du temps pendant qu’il faut trouver, raffiner, importer et acheminer de nouveaux volumes.

Cette capacité a d’ailleurs déjà été mobilisée au niveau international. En mars, face aux perturbations provoquées par la guerre au Moyen-Orient, les pays de l’Agence internationale de l’énergie ont décidé de rendre disponibles 426 millions de barils issus de stocks d’urgence ou d’obligations imposées à l’industrie. La contribution française annoncée atteignait 14,6 millions de barils.

Pour le gaz, le chiffre de remplissage raconte autre chose. Au 24 septembre à 6 heures, Gas Infrastructure Europe comptabilisait 100,45 TWh dans les stockages français, remplis à 81,09 %. La moyenne de l’Union européenne n’était que de 70,24 %.

Les 81 % désignent la part des capacités françaises de stockage déjà occupée. Ils ne correspondent pas à 81 % des besoins du pays. La France a consommé 350 TWh de gaz en 2025 : le volume actuellement stocké représente environ 29 % de cette consommation annuelle. Cette comparaison ne fournit pas davantage un nombre de « jours d’autonomie », car la consommation augmente en hiver et les stockages sont conçus pour être soutirés pendant que du gaz continue d’entrer dans le réseau.

La sécurité gazière française repose justement sur cette combinaison. En 2025, la France était pour la quatrième année consécutive le premier point d’entrée du gaz naturel liquéfié en Europe et avait réexporté 109 TWh de gaz vers ses voisins. Terminaux méthaniers, gazoducs, stockage souterrain et marché européen forment ensemble la capacité disponible.

Même le niveau de 80 % cité par Emmanuel Macron s’inscrit dans cette logique. Le droit européen conserve une cible générale de 90 % entre le 1er octobre et le 1er décembre, mais autorise une baisse pouvant atteindre dix points lorsque les conditions de marché ou les contraintes techniques le justifient. En juillet, le groupe européen de coordination du gaz estimait qu’un remplissage de 80 % suffisait pour préparer l’hiver 2026-2027.

La France avait même déjà franchi ce seuil jeudi matin, quelques heures avant que le président annonce qu’il serait atteint « dans quelques semaines ». Ce décalage reste inexpliqué dans les documents publics, mais il change peu le diagnostic : le pays aborde l’hiver avec des stockages gaziers sensiblement plus remplis que la moyenne européenne.

Les « 90 jours » annoncés par Emmanuel Macron décrivent donc une sécurité d’approvisionnement, pas 90 jours pendant lesquels la France pourrait fermer ses frontières énergétiques. Pour le pétrole, les réserves permettent effectivement d’absorber une rupture temporaire. Pour le gaz, la capacité décisive est celle de continuer à faire entrer des molécules pendant que les cavités se vident.

Si la crise dépasse décembre, le chiffre à surveiller sera moins le pourcentage inscrit sur les stockages que l’écart entre ce que la France peut encore importer et ce qu’elle doit en soutirer chaque jour.

Sources consultées
  1. Présidence de la RépubliqueInterview du Président de la République sur TF1 et France 2
  2. Ministère chargé de l’ÉnergieLa chaîne pétrolière
  3. Gas Infrastructure EuropeAGSI, niveaux de stockage européens
  4. Commission de régulation de l’énergieLa CRE publie son rapport de surveillance des marchés de gros 2025
  5. Commission européenneGas Coordination Group: No immediate concerns about security of EU gas supply
  6. Agence internationale de l’énergieIEA confirms Member country contributions to collective action to release oil stocks