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Carburants : ce que les 100 € couvrent vraiment pour les grands rouleurs

Le chèque de 100 € absorbe un peu plus de la moitié de la hausse du diesel sur le volume implicite dans l’équivalence gouvernementale de 40 c€/L. Le vrai test reste le recours.

Illustration - pompe à carburant et chèque

Le gouvernement prolonge jusqu’à la fin de l’année son aide aux travailleurs qui roulent beaucoup pour leur emploi. Cent euros seront versés pour octobre, novembre et décembre, avec des plafonds de revenus relevés : 5,5 millions de personnes deviennent potentiellement éligibles, contre 3 millions jusqu’ici. Les bénéficiaires du premier chèque seront payés automatiquement ; les nouveaux entrants devront passer par le guichet en ligne. Le paquet annoncé le 22 septembre, qui comprend aussi des soutiens à plusieurs professions exposées, est chiffré par le gouvernement à 450 millions d’euros.

Les 100 euros ont été présentés par le ministère de l’Économie comme « l’équivalent de 40 centimes par litre » pendant trois mois. Cette formule permet de retrouver l’hypothèse implicite : 100 euros divisés par 40 centimes correspondent à 250 litres de carburant.

Pour un automobiliste au gazole, ce montant compense une partie substantielle du choc, mais pas la totalité. Avant le début de la guerre en Iran, le 28 février, le litre évoluait à moins de 1,70 euro, selon les niveaux de prix rappelés par Le Parisien. Le 20 septembre, RTL relevait à partir des données publiques un prix moyen national d’environ 2,41 euros. Sur les 250 litres implicites dans le calcul gouvernemental, cette hausse représente environ 175 euros de dépense supplémentaire. Le chèque de 100 euros en absorbe donc un peu plus de la moitié.

L’effet varie avec la consommation. Les 100 euros restent forfaitaires : à 250 litres, ils valent effectivement 40 centimes par litre ; à 500 litres, 20 centimes ; à 125 litres, 80 centimes. Le dispositif ne ramène donc pas le prix affiché à la pompe à un niveau déterminé. Il transfère la même somme à des travailleurs dont l’exposition réelle au carburant peut être très différente.

Cette exposition est loin d’être marginale. L’Insee estime qu’aux prix observés au printemps 2026, 4,7 millions de ménages possédant une voiture auraient consacré plus d’un mois de revenu annuel au carburant, contre 2,2 millions aux prix de 2021. Parmi les ménages les plus exposés, la moitié parcourent plus de 27 500 kilomètres par an et 38 % sont pauvres. Cibler les personnes qui doivent utiliser leur voiture pour travailler correspond donc à une vulnérabilité économique identifiable.

Le second test est moins visible : réussir à verser l’argent.

Le premier chèque de 100 euros était ouvert à environ 3 millions de personnes. Au 31 août, le gouvernement indiquait que 1,4 million l’avaient demandé et reçu, soit moins de la moitié du public potentiel. Le délai a ensuite été prolongé jusqu’au 30 septembre, de sorte que ce taux n’est pas définitif. Mais l’écart était suffisamment important pour que le fonctionnement du deuxième versement change : ceux qui ont déjà touché l’aide n’auront plus aucune démarche à accomplir.

Cette correction supprime la démarche pour les anciens bénéficiaires, pas pour les 2,5 millions de personnes ajoutées au périmètre. Elles devront encore se signaler pour obtenir leurs 100 euros. La politique est donc devenue hybride : versement automatique là où l’administration connaît déjà les bénéficiaires, aide à réclamer pour les nouveaux entrants.

C’est ici que les 450 millions d’euros deviennent intéressants. À recours intégral, 5,5 millions de chèques de 100 euros coûteraient à eux seuls 550 millions d’euros, avant même les aides aux pêcheurs, agriculteurs, entreprises du BTP, infirmiers libéraux ou aides à domicile. Le gouvernement chiffre pourtant à 450 millions d’euros le coût total estimé des mesures annoncées. Selon les informations recueillies par La Tribune auprès de Bercy, ce chiffrage repose notamment sur des crédits déjà ouverts mais non dépensés et sur un recours incomplet aux dispositifs.

« 5,5 millions de Français concernés » décrit ainsi un plafond d’éligibilité, pas une prévision de 5,5 millions de versements. Bercy n’a pas publié de ventilation complète des 450 millions d’euros ni le taux de recours retenu pour son calcul.

Le choix du ciblage explique en revanche l’écart de coût avec une réduction générale du prix à la pompe. Selon les comptes examinés par le Sénat, la remise appliquée à chaque litre vendu en 2022 avait mobilisé environ 7,5 milliards d’euros de crédits. Elle atteignait automatiquement tous les acheteurs de carburant et augmentait avec les volumes consommés. Le chèque actuel réserve l’argent à des travailleurs répondant à des critères de revenus et de distance, au prix de seuils administratifs et d’un risque de non-recours.

La « règle d’or » fiscale annoncée en parallèle ne finance pas ce chèque : le gouvernement prévoit de la proposer dans le budget 2027 afin de flécher d’éventuels surplus de TVA et d’accise vers des aides énergétiques. Au 20 septembre, le ministère de l’Économie indiquait au contraire une baisse de 407 millions d’euros des recettes fiscales liées aux carburants.

Le bilan du dispositif tiendra finalement dans deux nombres que le gouvernement pourra publier après décembre : combien des 5,5 millions de personnes éligibles ont effectivement reçu les 100 euros, et combien l’aide aux grands rouleurs a réellement coûté. C’est là que l’on saura si l’élargissement annoncé s’est traduit en argent sur les comptes.

Sources consultées
  1. Ministère de la Transition écologiqueCarburants : extension des dispositifs de soutien de l'Etat aux professionnels et aux Français pour un coût de 450M€
  2. GouvernementConseil des ministres du 31 août 2026
  3. InseeLes dépenses de carburant pèsent davantage sur le budget des ménages ruraux
  4. RTLCarburants : le prix du gazole bat un nouveau record à près de 2,41 euros le litre
  5. La TribuneAides aux carburants : le gouvernement parie sur le non-recours pour contenir la facture
  6. SénatProjet de loi de règlement du budget et d'approbation des comptes de l'année 2022 : Écologie, développement et mobilité durables