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Carburants : pourquoi 17 % des stations sont en difficulté alors que les stocks sont annoncés pleins

Selon Roland Lescure, 91 % des stations touchées appartiennent au réseau TotalEnergies. La tension révèle surtout une limite de distribution malgré des stocks abondants.

Illustration - station-service et camion-citerne

Lundi matin, 17 % des stations-service françaises manquaient d’au moins un carburant. Dans le même temps, le ministre de l’Économie Roland Lescure assurait que les stocks stratégiques français étaient « à plein » et que le pays disposait d’une visibilité de six à huit semaines sur ses approvisionnements. (AFP / Boursorama)

La contradiction n’est qu’apparente. Une réserve nationale de carburant et une cuve disponible dans une station sont séparées par toute une chaîne logistique. Et c’est précisément cette chaîne qui semble saturer par endroits.

Le chiffre le plus révélateur donné lundi par Roland Lescure est ailleurs : selon lui, 91 % des stations actuellement en difficulté appartiennent au réseau TotalEnergies. Le ministre attribue cette concentration au plafonnement des prix pratiqué par le groupe. TotalEnergies limite actuellement l’essence à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,25 euros, alors que le gazole atteignait dimanche 2,41 euros en moyenne nationale. (TotalEnergies)

Cette explication ne repose pas uniquement sur le constat de lundi. Dès le 16 septembre, alors qu’environ 10 % des stations connaissaient une difficulté sur au moins un carburant, le Gouvernement indiquait déjà qu’environ neuf sur dix appartenaient au réseau TotalEnergies. Il décrivait un afflux de clients attirés par les prix plafonnés, des volumes vendus supérieurs à l’habitude et des difficultés ponctuelles de réapprovisionnement, notamment après les week-ends. (Gouvernement)

Patrick Pouyanné avait lui-même donné, fin août, un indice de cette redistribution de la demande : le PDG de TotalEnergies estimait la part de marché du groupe à environ 25 %, contre 22 % habituellement depuis la mise en place du dispositif. C’est son estimation, pas une mesure indépendante, mais elle va dans le même sens : lorsque l’écart de prix devient suffisamment important, les automobilistes changent de station. (AFP / Connaissance des Énergies)

Le carburant peut alors exister en France et manquer au bout de la route.

Le fonctionnement des stocks stratégiques l’illustre très concrètement. En cas de risque de pénurie, l’État peut ordonner à la SAGESS de mettre des volumes déterminés à disposition d’opérateurs pétroliers. Le produit est cédé dans un dépôt disposant des installations nécessaires au chargement. À partir de là, c’est l’opérateur qui organise son enlèvement et son expédition. La réserve permet donc d’injecter rapidement du carburant dans le système ; elle ne remplace ni les camions-citernes, ni les rotations logistiques, ni la capacité d’un réseau à réalimenter des centaines de stations dont les ventes ont brusquement augmenté. (SAGESS)

La France dispose de leviers pour augmenter temporairement ce débit. Le Gouvernement a déjà autorisé des dérogations pour la circulation des camions transportant des carburants, différé certaines opérations de maintenance dans les raffineries et permis à celle de Port-Jérôme d’accroître sa production de 10 %. Ces mesures augmentent la quantité disponible ou facilitent son déplacement. Elles ne font cependant pas disparaître instantanément un engorgement concentré dans un réseau particulier. (Gouvernement)

C’est pourquoi puiser davantage dans les réserves stratégiques ne répondrait pas nécessairement au problème actuellement visible aux pompes. Si du produit est déjà disponible dans les dépôts mais que les ventes d’une enseigne progressent plus vite que ses livraisons, ajouter du carburant en amont ne suffit pas : il faut surtout augmenter la cadence des enlèvements et des tournées.

Le diagnostic sur l’approvisionnement national est rassurant à court terme, mais seulement à court terme. Lescure estime la visibilité française à six à huit semaines et avertit qu’à l’échelle mondiale les stocks commencent à être sollicités. Une crise prolongée au Moyen-Orient finirait donc par déplacer le problème : d’une tension de distribution vers une véritable contrainte d’approvisionnement. (AFP / Boursorama)

Pour l’instant, le signal le plus utile sera la répartition des prochaines ruptures entre réseaux. Si elles restent massivement concentrées chez TotalEnergies et diminuent avec les réapprovisionnements, la France aura surtout rencontré la limite de débit d’un réseau devenu soudain beaucoup plus attractif. Si elles se diffusent aux autres enseignes, le problème aura changé de nature.

Sources consultées
  1. AFP / BoursoramaCarburants : « pas d’enjeu d’approvisionnement à ce stade » en France, assure Lescure
  2. GouvernementCompte rendu du Conseil des ministres du 16 septembre 2026
  3. TotalEnergiesCompte tenu de la reprise du conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies remet en place le plafonnement
  4. AFP / Connaissance des ÉnergiesPrix des carburants : TotalEnergies maintiendra son plafonnement tant que le conflit durera, assure son PDG
  5. SAGESSFournir