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Défense : sur 100 000 recrutements, 70 000 serviront d’abord à remplacer des départs

La BITD compte déjà 10 000 postes vacants. Le plan cible 27 bassins et 411 métiers, avec un impératif moins visible : transmettre les savoir-faire avant les retraites.

Illustration - Ouvriers dans une usine de défense

Le gouvernement a lancé le 15 septembre un plan pour accompagner 100 000 recrutements dans l’industrie de défense d’ici 2030. Derrière ce chiffre, environ 70 000 postes à pourvoir sont liés à des départs à la retraite. La montée en puissance industrielle commence donc par une opération de relève à très grande échelle.

La base industrielle et technologique de défense française mobilise environ 220 000 emplois directs et indirects. Elle abordait déjà cette séquence avec 10 000 postes non pourvus, selon le ministère des Armées. Dans le même temps, les commandes poussent les industriels à accélérer réellement leurs chaînes : MBDA affirme avoir doublé sa production de missiles entre 2023 et 2025 et prévoit encore une hausse de 40 % en 2026, accompagnée de 2 800 embauches à l’échelle du groupe.

C’est ce télescopage qui donne son sens au nouveau plan. L’industrie doit remplacer une partie importante de ses salariés expérimentés au moment même où elle leur demande de produire davantage.

Le travail mené par la Dares, le ministère des Armées et France Travail a recensé 411 métiers dans l’industrie de défense. Vingt-sept bassins d’emploi ont été désignés comme prioritaires, de Cherbourg à Toulon, de Bourges à Roanne ou Mérignac. Parmi les fonctions particulièrement recherchées figurent les techniciens en électricité et électronique, les ouvriers qualifiés de l’usinage, du montage mécanique et de la maintenance.

La contrainte est très concrète : certaines chaînes ont besoin de compétences techniques précises, dans des lieux précis. À Toulon, cinq métiers concentrent à eux seuls près du tiers des emplois de défense recensés dans la zone. Les futures feuilles de route locales pourront ainsi porter sur la formation, mais aussi sur le logement, les transports, l’emploi du conjoint, les écoles ou les crèches. Un bassin industriel peut disposer de commandes et de machines tout en peinant à faire venir les personnes capables de les faire fonctionner.

L’effort de formation annoncé est conséquent. En 2027, 15 000 des 25 000 préparations opérationnelles à l’emploi individuelles prévues pour l’ensemble de l’industrie doivent être orientées vers la défense. Ces formations permettent d’adapter rapidement les compétences d’un candidat à un poste identifié et d’ouvrir la filière à des reconversions. Le dossier gouvernemental met notamment en avant le parcours d’un ancien salarié de la pharmacie et du bâtiment devenu stratifieur pour fabriquer des pièces composites destinées à des drones maritimes.

Cette voie peut élargir le vivier. Elle ne résout qu’une partie du problème posé par les 70 000 départs. Recruter une personne et transmettre l’expérience accumulée sur une machine, un procédé de contrôle ou une opération de maintenance sont deux opérations différentes. Le plan organise fortement la première ; sa réussite industrielle dépendra aussi de la seconde.

Le chiffre de 100 000 reste toutefois imparfait pour mesurer cette hausse future. Les documents publiés présentent environ 70 000 recrutements comme liés aux retraites, mais ne donnent pas encore une trajectoire consolidée des effectifs nets de la BITD, métier par métier et année par année. Les quelque 30 000 autres recrutements ne peuvent donc pas être assimilés mécaniquement à 30 000 créations nettes d’emplois : d’autres mouvements de personnel peuvent intervenir. Les feuilles de route attendues dans les 27 bassins d’ici fin janvier 2027 devront rendre cette équation beaucoup plus concrète.

Le plan cible ainsi le niveau où se joue une partie du problème : les métiers et les territoires, plutôt qu’un objectif national de recrutement laissé seul sur une affiche. Il part aussi d’un appareil industriel qui accélère déjà, et non d’une capacité théorique à construire de zéro.

Dans une usine qui monte en cadence, la relève doit apprendre avant que l’ancien parte. C’est cette simultanéité, beaucoup plus que le chiffre rond de 100 000, qui dira si les recrutements deviennent réellement de la capacité de production.

Sources consultées
  1. Ministère du Travail et des SolidaritésJean-Pierre Farandou lance le Plan national pour l’emploi dans l’industrie de défense pour accompagner 100 000 recrutements d’ici 2030
  2. Ministère des Armées et des Anciens combattantsIndustrie de défense : les grands chantiers de 2025
  3. Banque des Territoires - LocaltisIndustrie de défense : des feuilles de route dans 27 bassins d’emploi
  4. Presse AgenceJean-Pierre Farandou : « Accompagner 100 000 recrutements dans l’industrie de défense d’ici 2030 »
  5. MBDAMBDA entre dans une nouvelle dimension stratégique