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Grève de l’énergie : 6,5 GW en moins, Dunkerque LNG presque à l’arrêt, et pourtant pas de rupture

La France est restée exportatrice d’électricité tandis que Dunkerque LNG réduisait ses livraisons à 4 GWh par jour. Le choc révèle la valeur des marges et des voies de substitution.

Illustration - Réseaux électriques et gaziers français

La grève des électriciens et gaziers a produit mardi 15 septembre un test grandeur nature assez inhabituel. Pendant la nuit, environ 6,5 GW de production électrique ont été retirés, principalement sur sept réacteurs nucléaires. Quelques heures plus tard, Dunkerque LNG ramenait sa capacité de livraison à seulement 4 GWh par jour. Pourtant, aucune rupture d’approvisionnement n’a eu lieu et la France est restée exportatrice nette d’électricité.

Côté électrique, la France abordait la journée avec une marge confortable. Son solde exportateur a atteint un record de 51 TWh au premier semestre 2026, porté par le redressement du nucléaire et la hausse des renouvelables. RTE décrit une situation d’abondance de production bas-carbone. Les baisses de charge provoquées par la grève ont donc d’abord réduit cette marge et les exportations plutôt que la fourniture aux consommateurs français.

Le gaz offre un test plus spectaculaire encore.

Dunkerque LNG peut regazéifier jusqu’à 520 GWh par jour. Son débit minimal normal est de 9,4 GWh. Pendant la grève, l’opérateur a déclaré un cas de force majeure et limité les livraisons à 4 GWh par jour. Une estimation de LSEG rapportée par Reuters évaluait à environ 476 GWh par jour le débit affecté.

L’ordre de grandeur mérite qu’on s’y arrête. NaTran prévoyait ce même 15 septembre environ 479 GWh de livraisons à l’ensemble des clients raccordés à son réseau. Les deux chiffres ne désignent pas les mêmes flux : Dunkerque alimente aussi les échanges européens et la capacité perdue n’était pas destinée intégralement à la consommation française. Leur proximité donne néanmoins l’échelle du choc absorbé par le système.

La France ne dépend pas d’un seul tuyau. Les terminaux de Montoir-de-Bretagne, Fos Cavaou et Fos Tonkin fonctionnaient normalement mardi. Montoir et Fos Cavaou disposent à eux seuls de 240 TWh par an de capacité de regazéification. À ces terminaux s’ajoutent les stockages souterrains, les entrées par gazoducs et les interconnexions avec les pays voisins. Reuters rapporte que les opérateurs de marché envisageaient notamment une compensation par Montoir ainsi que par des terminaux belges et néerlandais.

Cette redondance a toutefois une limite très physique. Du gaz disponible à Fos ne peut servir le nord de la France que si le réseau peut l’y transporter. L’hiver dernier en a donné une démonstration concrète : après un incident sur une canalisation à Saint-Rémy-de-Provence, les capacités de transit du Sud vers le Nord ont diminué. NaTran a alors limité à 200 GWh par jour les capacités d’entrée depuis les terminaux de Fos afin de contenir les congestions.

Le point faible peut donc se déplacer. Une centrale manque, puis l’interconnexion devient critique. Un terminal s’arrête, puis c’est la canalisation qui détermine combien les autres peuvent réellement remplacer. Stockages, réseaux et capacités inutilisées une partie du temps peuvent sembler surdimensionnés lorsque tout va bien ; leur utilité apparaît précisément lorsque quelque chose cesse de fonctionner.

Reste un test autrement plus sévère : perdre plusieurs gigawatts et un grand point d’entrée gazier pendant plusieurs jours, en janvier. Mardi, la France a encaissé un choc bref. L’hiver dira un jour ce que valent ses marges lorsqu’elles doivent durer.

Sources consultées
  1. ReutersFrench unions strike across multiple sectors as budget proposal looms
  2. ReutersFrench power sector strike takes 6.5 gigawatts offline overnight
  3. Dunkerque LNG / Fluxys15/09/2026 : Force Majeure event caused by Strike Action
  4. RTEExport d’électricité, un nouveau record dépassé !
  5. Commission de régulation de l’énergieFonctionnement de la zone de marché unique du gaz en France pour réduire le risque de congestions