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57 cas de chikungunya, 56 de West Nile : deux chiffres presque égaux, deux risques très différents

Le chikungunya reste importé puis transmis localement par un moustique tigre désormais implanté dans 83 départements. West Nile suit déjà son propre cycle entre oiseaux et moustiques.

Illustration - Moustiques et circulation des arbovirus

Au 6 septembre, la France hexagonale comptait 57 cas autochtones de chikungunya et 56 infections autochtones à virus West Nile. À une unité près, le même bilan. Sanitairement, presque rien de commun.

Le chikungunya arrive encore principalement avec des personnes infectées à l’étranger. Pendant quelques jours, leur sang contient assez de virus pour infecter un moustique tigre, Aedes albopictus. Celui-ci peut ensuite contaminer d’autres personnes. L’ECDC considère toujours que le chikungunya n’est pas endémique en Europe continentale : les foyers locaux apparaissent lorsque le virus est introduit dans un territoire où le moustique est présent et où les conditions permettent sa transmission.

La comparaison avec 2025 est spectaculaire, mais elle doit être lue avec précaution. Au 8 septembre 2025, Santé publique France recensait 966 cas importés de chikungunya et 382 cas autochtones. À date voisine en 2026, ils ne sont plus que 136 et 57. Les deux nombres ont donc chuté presque dans les mêmes proportions. Ce parallélisme n’est pas un taux de conversion entre cas importés et cas locaux : température, lieux d’exposition et caractéristiques du virus changent d’une saison à l’autre. Surtout, Santé publique France attribue l’exceptionnelle saison 2025 à l’épidémie de l’océan Indien, notamment à La Réunion, et à une souche particulièrement adaptée au moustique tigre.

Le changement durable est ailleurs. Entre 2004 et 2024, la France métropolitaine n’avait connu que trois épisodes de transmission autochtone de chikungunya. En 2025, elle a enregistré 809 cas autochtones. En 2026, malgré le reflux massif des importations, onze foyers ont déjà été détectés et dix étaient encore actifs au 9 septembre. Le moustique tigre est désormais implanté dans 83 des 96 départements métropolitains. La France n’est pas devenue un réservoir permanent de chikungunya ; elle est devenue un territoire largement capable de le transmettre lorsqu’il arrive.

La Gironde concentre cette nouvelle réalité. Au 9 septembre, Santé publique France y comptait 46 cas autochtones répartis dans huit épisodes, dont sept encore actifs. Dans toute la Nouvelle-Aquitaine, seulement 20 cas importés avaient été identifiés depuis mai, contre 147 un an plus tôt. La forte vague d’importations de 2025 n’est donc pas nécessaire pour voir apparaître plusieurs foyers locaux.

West Nile renverse le schéma.

Le virus circule principalement entre oiseaux et moustiques du genre Culex, présents dans toute la France hexagonale. L’homme et le cheval sont des hôtes accidentels : leur virémie est trop faible pour infecter à leur tour un moustique. Le voyageur contaminé n’est donc pas le carburant ordinaire de la transmission. Le cycle peut fonctionner sans lui.

C’est ce qui rend sa géographie de 2026 notable. Au 6 septembre, 56 cas humains autochtones étaient répartis dans cinq régions. Des infections humaines ont été détectées pour la première fois dans l’Aude, la Seine-et-Marne et la Drôme. À la même date en 2025, la France ne comptait que 23 cas. L’année avait finalement atteint 62 cas dans six régions, dont trois touchées pour la première fois. Santé publique France considère désormais que la détection de cas humains ou équins chaque année depuis 2017 confirme l’extension du virus dans l’Hexagone.

Les deux maladies imposent donc des réflexes différents.

Pour le chikungunya, la rapidité du diagnostic et du signalement permet de rechercher les cas autour d’un foyer et d’organiser une lutte antivectorielle ciblée avant que la chaîne ne s’allonge. La France ne supprimera pas Aedes albopictus de 83 départements, mais elle peut encore empêcher une introduction de devenir un foyer important.

Pour West Nile, attendre les seuls malades humains donne une image tardive et partielle d’un cycle qui se déroule aussi chez les oiseaux, les chevaux et les moustiques. La surveillance est donc pluridisciplinaire et la détection du virus entraîne également des mesures pour sécuriser les dons de sang, d’organes, de tissus et de cellules.

Un cas humain de chikungunya peut être un maillon de la chaîne qu’il faut interrompre. Un cas humain de West Nile est souvent le témoin d’une chaîne qui se déroule déjà ailleurs.

Sources consultées
  1. Santé publique FranceChikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 9 septembre 2026
  2. Santé publique FranceChikungunya, dengue et Zika en Nouvelle-Aquitaine. Bulletin du 11 septembre 2026
  3. Santé publique FranceChikungunya, dengue et Zika en France hexagonale. Bilan 2025
  4. European Centre for Disease Prevention and ControlChikungunya virus disease risk assessment for mainland EU/EEA
  5. Santé publique FranceVirus West Nile en France hexagonale. Bilan 2025