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Après Ormuz, la route de secours du pétrole saoudien est à son tour coupée

L’oléoduc Est-Ouest acheminait encore environ 4 millions de barils par jour. Yanbu disposerait de cinq à sept jours de stocks avant que l’arrêt ne pèse réellement sur l’offre.

Oléoduc saoudien vers la mer Rouge

L’Arabie saoudite a toujours son oléoduc Est-Ouest à l’arrêt ce dimanche 13 septembre. L’installation, qui traverse le royaume jusqu’au port de Yanbu sur la mer Rouge, a été visée le 10 septembre par plusieurs attaques dans les régions de Riyad et de Médine. Le ministère saoudien de l’Énergie fait état de blessés et a interrompu les pompages par précaution pendant l’évaluation des dégâts. Riyad affirme que les drones ont été lancés depuis l’Irak, mais l’identité de leurs opérateurs reste à établir. (Saudi Press Agency)

L’importance de l’attaque tient moins à l’oléoduc lui-même qu’au rôle qu’il avait acquis depuis la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz.

Avant la guerre, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers traversaient quotidiennement le détroit. Quand ce trafic s’est effondré au printemps, l’Arabie saoudite a massivement basculé ses exportations vers l’ouest. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les chargements depuis Yanbu sont passés d’environ 2 millions de barils par jour avant le conflit à plus de 5 millions début juin. L’oléoduc Est-Ouest avait cessé d’être une capacité de secours : il était devenu une pièce centrale du nouvel itinéraire pétrolier du Golfe. (AIE)

Au moment de son arrêt, environ 4 millions de barils par jour y transitaient encore, selon les acheteurs et négociants interrogés par Reuters. D’où le chiffre de 4 % de l’offre mondiale désormais menacée. Il décrit toutefois un risque, pas une perte déjà survenue. Des réservoirs à Yanbu permettent pour l’instant de continuer à charger les navires. Trois sources industrielles estiment qu’ils contiennent assez de brut pour maintenir les exportations pendant cinq à sept jours ; l’Arabie saoudite dispose aussi de stocks dans deux terminaux égyptiens. (Reuters)

La différence entre une interruption de quelques jours et un arrêt de plusieurs semaines est donc considérable. Riyad n’a annoncé ni date de reprise ni estimation publique des réparations. Les scénarios recueillis par Reuters vont d’un redémarrage partiel pendant les travaux à cinq ou six semaines pour réparer les dégâts. Ce dernier délai est une estimation industrielle, pas un calendrier officiel. (Reuters)

Si les pompages reprennent rapidement, les stocks de Yanbu auront joué leur rôle de tampon et l’effet supplémentaire sur l’offre pourrait rester limité. S’ils s’épuisent d’abord, le marché perdrait une nouvelle fraction importante de pétrole saoudien alors qu’il absorbe déjà le choc d’Ormuz. La production déclarée par Riyad à l’Opep était tombée à 6,2 millions de barils par jour en août, contre 10,9 millions en février. (Reuters)

Pour la France, cela ne transforme pas à ce stade la crise des prix en crise physique d’approvisionnement. La dernière évaluation du groupe de coordination pétrolier de l’Union européenne, le 8 septembre, concluait encore à l’absence de problème immédiat : les raffineries européennes, les fournisseurs alternatifs et les stocks commerciaux et d’urgence continuaient à couvrir la demande. Cette évaluation précède cependant de deux jours l’attaque contre l’oléoduc saoudien. Elle signalait déjà des marchés particulièrement tendus pour le gazole et le carburant aérien. (Commission européenne)

C’est par ces produits que le choc compte le plus directement pour l’économie française. Les transports représentent près des deux tiers de la consommation française de produits pétroliers raffinés. Les carburants routiers en constituent à eux seuls 61 %. Un nouveau resserrement mondial se transmet donc bien au-delà de la pompe : transport routier, aviation, agriculture et coûts logistiques restent exposés même si aucun rationnement n’est en vue. (SDES)

Deux informations décideront désormais de la suite : une reprise, même partielle, de l’oléoduc avant l’épuisement des stocks de Yanbu, et l’évolution du trafic à Ormuz. Les volumes saoudiens menacés ne sont pas encore perdus. Mais la crise vient de mettre à l’arrêt la principale route qui permettait précisément de ne pas les perdre.

Sources consultées
  1. ReutersSaudi pipeline outage threatens loss of 4% of global oil supply
  2. International Energy AgencyHow global oil supplies have readjusted to help fill the huge gap left by the Strait of Hormuz shock
  3. Saudi Press Agency / ministère saoudien de l’ÉnergieEast–West Pipeline Shut Down as a Precaution Following Multiple Attacks
  4. Commission européenneOil Coordination Group: No immediate security of oil supply concerns in the EU
  5. SDESPétrole | Chiffres clés de l’énergie