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CERES devait passer le relais en 2029. CASSIOPÉE n’arrivera qu’en 2032

La France prévoit une transition avec CERES et des capteurs complémentaires avant CASSIOPÉE. Reste à savoir combien de temps les trois satellites actuels pourront tenir.

Satellites français de renseignement électromagnétique

Trois satellites français tournent actuellement en formation autour de la Terre pour intercepter et localiser des émissions radar et de télécommunications. Lancée en novembre 2021, la constellation CERES donne à la France une capacité autonome de renseignement électromagnétique depuis l’espace. Sa durée de vie avait été prévue pour sept ans. (Ministère des Armées)

La relève devait donc être prête à partir de 2029. Les documents budgétaires présentaient encore CELESTE comme le programme chargé d’assurer cette continuité « sans rupture capacitaire » à la fin de vie théorique de CERES. (Direction du Budget)

Elle arrivera plus tard.

Airbus a annoncé le 11 septembre que CASSIOPÉE, développé avec Unseenlabs, succéderait aux satellites CERES « d’ici 2032 ». Le système doit améliorer les performances et la réactivité du renseignement électromagnétique français. Surtout, Airbus le décrit comme le « cœur souverain à haute performance » du programme CELESTE, et non comme CELESTE tout entier. (Airbus)

Ce détail éclaire un calendrier devenu étrange. La loi actualisant la programmation militaire, promulguée en août, demande encore qu’une attention particulière soit portée à CELESTE pour garantir son entrée en service « à l’horizon 2030 ». Mais quelques lignes plus loin, son tableau des capacités raconte autre chose : par rapport à la programmation précédente, CELESTE manque à l’appel fin 2030. Son absence doit être compensée par « le maintien de CERES » et des capteurs complémentaires de renseignement électromagnétique. CELESTE accompagné d’une brique complémentaire apparaît dans la cible suivante, à l’horizon 2035. (Légifrance)

Les dates 2030 et 2032 ne décrivent donc probablement pas le même objet. La France ne semble plus préparer le remplacement d’un système par un autre à une date unique. Elle organise une transition : conserver CERES, ajouter d’autres moyens de recueil, puis faire de CASSIOPÉE le noyau de la nouvelle capacité.

Ce changement était déjà visible avant l’attribution du contrat. Le rapport budgétaire sur l’exercice 2025 indique que le lancement en réalisation de CELESTE a été reporté à 2026. Il mentionne parallèlement la préparation d’une capacité complémentaire dans une logique « New Space » et le financement d’une tranche supplémentaire de deux ans de maintien en condition opérationnelle et de sécurité pour CERES. (Direction du Budget)

L’arrivée d’Unseenlabs prend place dans cette évolution. L’entreprise française a développé son savoir-faire dans la détection de signaux radiofréquence par petits satellites commerciaux ; elle fournira notamment une charge utile à CASSIOPÉE ainsi que des capacités de traitement et de planification de mission. (Airbus)

Cette stratégie peut être plus souple qu’une succession monolithique : une capacité souveraine centrale peut être épaulée par des capteurs complémentaires, déployés ou renouvelés plus rapidement. Elle transforme aussi le problème. Il ne suffit plus de livrer CASSIOPÉE en 2032 ; il faut faire fonctionner l’ensemble du pont jusque-là.

C’est précisément le point encore mal documenté. CERES a été conçu pour sept ans, ce qui conduit à une fin de vie initialement prévue autour de 2029. Les crédits 2025 montrent bien un effort supplémentaire de maintien en condition opérationnelle, mais les engagements détaillés concernent explicitement le segment sol de contrôle. Ils ne démontrent pas, à eux seuls, que les trois satellites pourront conserver toutes leurs performances plusieurs années au-delà de leur durée de vie prévue. (Ministère des Armées)

La programmation militaire a donc trouvé une réponse au retard de CELESTE sur le papier : CERES doit tenir, des capteurs complémentaires doivent arriver, puis CASSIOPÉE prendre le relais. Le rendez-vous décisif n’est peut-être pas 2032, mais 2029, lorsque cette architecture de transition devra commencer à prouver qu’elle existe réellement.

Sources consultées
  1. Commandement de l’Espace, ministère des Armées et des Anciens combattantsNos capacités spatiales
  2. LégifranceLoi n° 2026-791 du 16 août 2026 actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030
  3. Direction du BudgetRapport annuel de performances 2025, programme 146 « Équipement des forces »
  4. AirbusFrance selects Airbus for next SIGINT satellites