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Budget 2027 : le calcul de l’effort vient déjà de vieillir

Le scénario qui plaçait le déficit à 5,9 % en 2027 supposait encore une France à 5 % en 2026. Cette cible vient de tomber : le véritable effort du prochain budget doit désormais être recalculé.

Illustration du budget et de la croissance

Vendredi matin, Roland Lescure a enterré un chiffre qui semblait encore servir de point de départ au budget 2027. Le déficit public ne pourra pas être ramené à 5 % du PIB en 2026. « 5 % n’est plus une option », a reconnu le ministre de l’Économie. Dans le même temps, Bercy a abaissé sa prévision de croissance pour cette année de 0,7 % à 0,5 %, tout en maintenant 1 % pour 2027.

Le problème dépasse 2026. Car le chiffrage de référence publié en juillet par la mission mandatée par Bercy pour mesurer l’effort nécessaire l’an prochain reposait précisément sur une arrivée à 5 % cette année.

Les quatre économistes de la mission, Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, ont construit une trajectoire des finances publiques « à politique inchangée ». Leur scénario partait d’un déficit de 5 % en 2026. Dès 2027, celui-ci remontait à 5,9 %, puis approchait 7 % en 2030.

C’était déjà une mauvaise nouvelle : maintenir simplement le déficit autour de 5 % exigeait près d’un point de PIB d’ajustement. À l’échelle actuelle de l’économie française, cela représente environ 30 milliards d’euros. Dans l’un de ses scénarios de redressement, la mission chiffrait ainsi à 28,4 milliards d’euros l’effort à réaliser dès 2027.

Mais ces 28,4 milliards ne constituent plus un prix à jour.

Le calcul supposait que l’étape 2026 serait franchie. Elle ne le sera pas. Si le déficit termine cette année au-dessus de 5 %, le budget suivant hérite potentiellement d’une marche supplémentaire avant même de commencer à le réduire.

Il serait toutefois faux d’ajouter mécaniquement l’écart de 2026 aux 28,4 milliards. Roland Lescure n’a pas encore donné de nouvelle prévision de déficit. Surtout, tout dépendra de l’origine de la dégradation : une perte ponctuelle de recettes n’a pas le même effet sur 2027 qu’une dépense durablement plus élevée, une charge d’intérêts accrue ou une faiblesse persistante de l’activité.

Le prochain chiffre vraiment utile de Bercy sera donc le nouveau scénario tendanciel pour 2027.

La conjoncture rend peu probable une amélioration gratuite de cette ligne de départ. L’Insee n’attend plus que 0,4 % de croissance cette année. Le pouvoir d’achat reculerait de 0,4 %, l’investissement des entreprises de 0,3 % et 52 000 emplois salariés seraient détruits. Certains freins sont temporaires, notamment les canicules et le cycle des travaux publics, mais l’économie dispose de peu d’élan pour réparer spontanément les comptes.

Le financement public devient aussi plus coûteux. La BCE a relevé jeudi ses trois taux directeurs de 0,25 point face à une inflation qu’elle prévoit encore à 2,5 % en moyenne en 2027. Roland Lescure chiffre désormais à 65 milliards d’euros la charge de la dette de l’État en 2026, soit 4,5 milliards de plus que prévu. La mission de juillet anticipait déjà une hausse d’environ 10 milliards par an de la charge de la dette publique entre 2027 et 2030.

Cela ne condamne pas le budget à une austérité uniforme. La mission recommande elle-même des réformes ciblées plutôt qu’un coup de rabot général et invite à protéger le potentiel de croissance. Une économie sur une dépense inefficace, une hausse de recette ou le report d’un investissement productif peuvent améliorer le solde du même montant l’année prochaine sans produire les mêmes effets ensuite.

La France conserve donc des choix sur la composition et le rythme de l’effort. Elle n’en conserve pas sur son point de départ.

Le projet de budget devra répondre à une question très simple : de combien le déficit monterait-il en 2027 si aucune mesure nouvelle n’était prise, après une année 2026 qui ne se termine plus comme prévu ?

Sans cette donnée, annoncer 30, 35 ou 40 milliards d’effort reviendrait à donner la longueur de l’échelle sans dire à quelle hauteur se trouve le mur.

Sources consultées
  1. Ministère de l’Économie et des FinancesMission sur la transparence des finances publiques à l’horizon 2030
  2. InseeVigilance orange sur la croissance - Note de conjoncture - septembre 2026
  3. Banque centrale européenneDécisions de politique monétaire du 10 septembre 2026
  4. ReutersFrance trims growth forecast, says finance minister