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29 000 policiers municipaux, trois saisines de l’IGA en vingt-six ans : ce que révèle Carcassonne

À Carcassonne, une caméra-piéton restée allumée par erreur a révélé les propos. Derrière le scandale apparaît un contrôle national des polices municipales encore très fragmenté.

Illustration - Caméra de police municipale

À Carcassonne, l’affaire commence par un bouton mal pressé.

Pendant une patrouille de novembre 2025, un brigadier-chef principal croit avoir éteint sa caméra-piéton. Elle continue d’enregistrer. On y entend des propos racistes, misogynes, homophobes et complotistes. Le policier était aussi bénévole au service d’ordre du Rassemblement national, qui l’a exclu après la publication de la vidéo.

L’accident technique a surtout ouvert une fenêtre sur un système de contrôle beaucoup moins continu qu’on pourrait l’imaginer pour une force de près de 29 000 agents.

Un policier municipal dépend de son maire. Il doit aussi être agréé par le préfet et le procureur de la République, qui peuvent suspendre ou retirer cet agrément. Le Défenseur des droits peut être saisi. L’État peut enfin faire inspecter un service municipal.

Sur le papier, les gardiens ne manquent pas.

Le rapport de l’Assemblée nationale consacré à la réforme des polices municipales décrit pourtant des contrôles qui ne relèvent ni d’un contrôle opérationnel ni d’une maîtrise continue des risques déontologiques. En janvier 2026, avant que Carcassonne n’éclate, le Défenseur des droits avait été encore plus précis : aucun contrôle continu de la déontologie n’est exercé par les services de l’État ; les critères ayant permis d’obtenir l’agrément ne sont pas réexaminés lorsqu’un policier change de collectivité ; les informations détenues par préfets, maires et parquets ne sont pas centralisées nationalement.

Plusieurs autorités contrôlent donc les agents, mais elles ne disposent pas encore d’une mémoire commune de leur parcours.

Trois saisines en vingt-six ans

Depuis 1999, le code de la sécurité intérieure permet au maire, au préfet ou au procureur de demander au ministre de l’intérieur la vérification complète d’un service de police municipale. En pratique, cette mission est menée par l’Inspection générale de l’administration, l’IGA.

Le rapport parlementaire donne la mesure de son usage : entre 1999 et 2025, l’IGA n’a été saisie que trois fois sur ce fondement. Chaque saisine a conduit à un rapport exhaustif et à des recommandations.

Ce chiffre ne signifie évidemment pas que les policiers municipaux n’ont été contrôlés que trois fois en vingt-six ans. Maire, préfet, parquet et Défenseur des droits disposent chacun d’autres leviers. Il mesure quelque chose de plus précis : le recours à une inspection externe complète du service par l’État est resté exceptionnel.

Pendant ce temps, les polices municipales ont changé d’échelle. En 2024, 4 438 communes employaient 28 846 agents. Près de la moitié en comptaient deux ou moins. Derrière le même uniforme administratif coexistent donc de grosses directions et de très petites équipes où la chaîne hiérarchique peut être particulièrement courte.

Carcassonne donne une illustration assez nette du problème de circulation de l’information. L’enregistrement avait été signalé en novembre 2025. Une enquête administrative municipale avait été ouverte et le parquet enquêtait depuis décembre. Pourtant, le 9 septembre, après la diffusion publique de la vidéo, le procureur indiquait ne toujours pas avoir reçu les conclusions de l’enquête administrative.

Le système n’était pas aveugle. Il regardait la même affaire par plusieurs fenêtres.

Plus de pouvoirs, et un contrôle encore en construction

Le Parlement travaille justement à donner davantage de pouvoirs judiciaires aux policiers municipaux tout en construisant des outils de contrôle qui n’existent pas encore.

Le texte examiné par la commission des lois de l’Assemblée prévoit notamment un numéro d’identification individuel et un registre national. Aujourd’hui, souligne le rapport parlementaire, il n’existe ni chaîne dématérialisée centralisée pour traiter les agréments, ni annuaire national fiable des agents.

Le futur registre doit permettre de créer un dossier numérique suivant l’agent pendant sa carrière et de mieux tracer ses agréments. Le texte prévoit aussi des mécanismes de contrôle interne et des audits, tandis que les inspections générales de l’État auraient un rôle externe renforcé.

Ce chantier est antérieur à Carcassonne. Il répond donc à un diagnostic qui existait déjà : si les policiers municipaux doivent prendre une place plus importante dans le continuum de sécurité, leur contrôle ne peut rester une addition de responsabilités locales qui communiquent imparfaitement entre elles.

Centraliser davantage le suivi ne doit pas transformer tout signalement en sanction automatique, ni placer 4 400 services municipaux sous une inspection permanente de l’État. Le rapport parlementaire relève lui-même qu’une telle inspection aurait des capacités limitées et poserait la question de la libre administration des collectivités.

Le problème est plus élémentaire : quand une alerte sérieuse apparaît, savoir qui sait quoi, ce qui a été décidé et ce qui suit l’agent dans sa carrière.

À Carcassonne, il aura fallu qu’un policier oublie d’éteindre sa caméra. Pour contrôler une force de près de 29 000 agents, ce n’est pas exactement un système.

Sources consultées
  1. Assemblée nationaleRapport n° 2732 sur le projet de loi relatif aux polices municipales et aux gardes champêtres
  2. Défenseur des droitsAvis n° 26-01 du 20 janvier 2026
  3. Assemblée nationaleTexte de la commission n° 2732 relatif aux polices municipales et aux gardes champêtres
  4. La Dépêche du MidiEnregistrement raciste de la police municipale de Carcassonne : notre décryptage en images pour tout comprendre de l’affaire
  5. La Dépêche du MidiVidéo raciste de la police municipale de Carcassonne : l’agent mis en cause avait porté plainte pour « atteinte à l’intimité de la vie privée »