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PISA 2025 : la France vise 20 points de mieux en 2029, pour une génération déjà au collège

La France a perdu 37 points depuis 2018 en lecture comme en mathématiques. L’objectif de +20 points en 2029 testera surtout les leviers capables d’agir dès maintenant.

Illustration - élèves face aux résultats PISA

Le gouvernement vise 20 points de mieux au prochain PISA, en 2029, et veut alors dépasser la moyenne de l’OCDE. Le calendrier rend cette promesse plus intéressante qu’une ambition scolaire à dix ans : les jeunes qui passeront PISA en 2029 sont déjà, pour l’essentiel, au collège à cette rentrée. Les résultats permettront donc de juger assez vite ce que l’Éducation nationale aura réellement réussi à changer pour eux. PISA évalue les jeunes autour de 15 ans et son cycle devient quadriennal à partir de 2025.

Le point de départ est mauvais. En compréhension de l’écrit, la France obtient 456 points en 2025, contre 461 pour la moyenne de l’OCDE. En mathématiques, elle obtient 458 points, contre 463. Les écarts sont suffisamment faibles pour que PISA classe encore la France dans la moyenne statistique de l’OCDE. Mais la trajectoire s’est nettement dégradée.

En 2018, les élèves français obtenaient 493 points en lecture et 495 en mathématiques, six points au-dessus de la moyenne de l’OCDE dans les deux matières. En sept ans, la France a donc perdu 37 points dans chacune, contre 26 pour l’OCDE. Elle est passée de six points au-dessus de la moyenne à cinq points en dessous. La baisse internationale est massive, particulièrement depuis la pandémie, mais elle n’absorbe pas toute la dégradation française.

La distribution des résultats importe davantage encore que quelques places dans un classement. En lecture, 33 % des élèves français se situent désormais sous le niveau 2 de PISA, contre 21 % en 2018. En mathématiques, cette proportion atteint 36 %, contre 29 % en 2022. À ce niveau, PISA considère que les élèves éprouvent des difficultés à mobiliser leurs compétences dans des situations relativement simples.

Les écarts sociaux restent également parmi les plus élevés. Entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés, la différence atteint 91 points en compréhension de l’écrit, contre 77 dans l’OCDE, et 95 points en mathématiques, contre 83. La difficulté française combine donc un recul moyen, davantage d’élèves en grande difficulté et une forte dépendance des résultats à l’origine sociale.

Une baisse générale, des causes moins certaines

La France ne constitue pas une exception européenne isolée. Entre 2022 et 2025, la moyenne de l’OCDE a perdu 14 points en lecture et 9 en mathématiques. La France en a perdu respectivement 18 et 16. En lecture, seuls huit pays de l’OCDE n’ont pas reculé sur cette période ; en mathématiques, seule la Turquie a progressé.

Expliquer cette baisse est plus difficile. Le ministère cite l’exposition aux écrans et aux réseaux sociaux, les téléphones utilisés pour les loisirs à l’école et le recul du suivi parental parmi les facteurs qui « expliquent » la dégradation dans l’OCDE. PISA documente bien des évolutions préoccupantes : 26 % des élèves français disent être souvent gênés en sciences par les usages numériques de leurs camarades, et plusieurs indicateurs de suivi parental ont reculé depuis 2022.

L’enquête ne permet pas d’attribuer une part de la chute des scores à chacun de ces phénomènes. L’OCDE parle d’associations et souligne notamment que le lien entre interdiction des téléphones dans les établissements et performance en sciences reste incertain. Les écrans constituent donc un levier plausible pour l’attention scolaire, pas une explication quantifiée des 37 points perdus depuis 2018.

Vingt points, mais sur quel score ?

Le ministère veut désormais dépasser la moyenne de l’OCDE en 2029, puis rejoindre le premier tiers des pays en 2033. Il fixe parallèlement un objectif de progression de 20 points d’ici 2029, présenté comme l’équivalent d’une année d’apprentissage. Il veut y parvenir en réduisant fortement le nombre d’élèves en difficulté tout en augmentant celui des élèves très performants.

La cible n’est pas encore complètement définie. Le ministère ne précise pas si les 20 points doivent être gagnés en lecture, en mathématiques, en sciences, dans chaque domaine ou sur un autre indicateur synthétique. Dépasser la moyenne de l’OCDE est par ailleurs un objectif distinct : cette moyenne évoluera elle aussi d’ici 2029. Un gain français de 20 points pourrait ne pas suffire si les autres systèmes rebondissent fortement ; un gain inférieur pourrait suffire s’ils stagnent.

Le calendrier permet en revanche de séparer assez nettement les mesures qui pourront peser sur PISA 2029 de celles dont les effets éventuels arriveront plus tard. Les expérimentations de manuels en CP et CE1 ou les nouvelles exigences du primaire concernent surtout des générations plus jeunes. Les futurs candidats de 2029 peuvent encore bénéficier directement de changements au collège et au lycée : soutien scolaire, formation continue des enseignants qui les ont en classe, pratiques pédagogiques, temps consacré à la lecture, discipline et usages numériques.

Le ministère estime que la marge horaire laissée aux collèges pour organiser soutien et options devrait augmenter d’environ 50 % sur cinq ans. Il veut utiliser une partie des moyens libérés par la baisse démographique, donner la priorité aux demandes de formation de 800 « Collèges en progrès » et développer les pratiques pédagogiques explicites dans la formation continue. Ce sont des leviers qui peuvent atteindre la cohorte 2029. L’échéance arrivera toutefois avant la fin de la montée en charge prévue sur cinq ans.

Aucune estimation publiée avec cette stratégie ne permet aujourd’hui d’additionner ces mesures pour obtenir les 20 points annoncés. L’objectif politique est plus précis que le mécanisme qui doit y conduire. Les mesures peuvent être utiles sans que leur somme constitue, à ce stade, une trajectoire démontrée vers PISA 2029.

Des progrès existent déjà, mais pas partout

Les indicateurs français offrent aussi un contrepoint utile à PISA. Aux évaluations nationales de début de sixième en 2025, les performances en français et en mathématiques restent supérieures à celles observées en 2017. La part des élèves les plus faibles en français a diminué. À l’entrée en quatrième, en revanche, le français recule depuis 2023 tandis que les mathématiques sont stables. Ces tests ne mesurent pas exactement les mêmes compétences que PISA, mais une dégradation uniforme à tous les âges ne décrit pas correctement le système scolaire français.

C’est aussi ce qui rend possible un suivi avant 2029. Le ministère s’engage à publier régulièrement les résultats des évaluations nationales et internationales, la proportion d’élèves maîtrisant les compétences attendues, celle des très performants et les écarts sociaux. Si ces indicateurs restent comparables dans le temps, ils permettront de savoir bien avant le prochain PISA si la cohorte concernée commence réellement à progresser.

L’objectif de 20 points apporte ainsi quelque chose qui manque souvent aux plans éducatifs : une échéance et la possibilité d’échouer publiquement. Pour qu’elle joue pleinement ce rôle, le ministère doit encore dire exactement ce qu’il entend faire progresser de 20 points. Ensuite, les évaluations de quatrième puis de seconde de la génération qui passera PISA 2029 fourniront les premiers tests sérieux du redressement annoncé.

Sources consultées
  1. OCDERésultats du PISA 2025, Volume I : France
  2. DEPP, ministère de l’Éducation nationalePISA 2025 : les acquis des élèves de 15 ans en compréhension de l’écrit et en culture mathématique en baisse en France et dans l’OCDE
  3. Ministère de l’Éducation nationalePISA 2025 : une baisse des résultats commune à l’OCDE, un relèvement à poursuivre
  4. DEPP, ministère de l’Éducation nationaleÉvaluations exhaustives de début de sixième, de cinquième et de quatrième 2025