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Pacte Bardella-Farage : le retour vers la France est faisable, l’expulsion ne suit pas automatiquement

Le RN et Reform UK veulent renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche, puis les éloigner. La première étape existe déjà. La seconde obéit à d’autres règles.

Illustration - Bardella et Farage

Jordan Bardella et Nigel Farage ont signé le 4 septembre un mémorandum prévoyant qu’un futur gouvernement français accepte le retour de migrants partis des côtes françaises et arrivés au Royaume-Uni par petites embarcations. Le texte prévoit ensuite leur rapatriement vers leur pays d’origine.

La première étape existe déjà à petite échelle. Depuis août 2025, un accord franco-britannique permet certains retours vers la France.

La difficulté commence après. Une personne réadmise en France n’est pas automatiquement expulsable vers son pays d’origine. Le résultat du pacte dépend donc autant du droit d’asile et de la capacité française d’éloignement que du nombre de retours acceptés depuis le Royaume-Uni.

Des retours vers la France existent déjà

L’accord franco-britannique de 2025 permet au Royaume-Uni de renvoyer certaines personnes arrivées par petites embarcations. En échange, des personnes présentes en France peuvent rejoindre légalement le Royaume-Uni après contrôles.

Au 30 juin 2026, 1 087 personnes avaient été renvoyées vers la France et 1 117 admises légalement au Royaume-Uni. Les retours français sont passés de 17 en septembre 2025 à 264 en juin 2026.

Le principe de la réadmission n’est donc pas nouveau.

Le changement serait surtout d’échelle et de volonté politique. Bardella accepterait que ces retours deviennent un élément central de la stratégie britannique, alors que Paris avait auparavant refusé que Londres renvoie unilatéralement les embarcations vers la France.

L’écart reste considérable avec les flux actuels : 33 374 personnes sont arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations au cours des douze mois achevés en juin 2026.

Le mécanisme actuel montre qu’un retour est possible. Il ne montre pas encore qu’il peut absorber une part importante de ces traversées.

Le retour en France ne vaut pas expulsion

Après une réadmission, la France doit examiner la situation de la personne selon son droit national et ses engagements internationaux. L’accord de 2025 rappelle notamment les obligations issues de la Convention de Genève et de la Convention européenne des droits de l’homme.

Le mémorandum Bardella-Farage prévoit lui-même que les rapatriements vers les pays d’origine respectent le droit français applicable.

Cette limite est particulièrement importante au regard des nationalités actuellement présentes dans la Manche.

Les Érythréens, Soudanais, Afghans, Somaliens et Iraniens représentaient ensemble environ les deux tiers des arrivées par petites embarcations sur les douze mois achevés en juin.

En France, leurs taux synthétiques de protection en 2025 étaient élevés : 80,5 % pour les Érythréens, 73,4 % pour les Soudanais, 78,9 % pour les Afghans, 72,1 % pour les Somaliens et 82,4 % pour les Iraniens.

Ces taux ne préjugent pas du sort individuel des personnes renvoyées du Royaume-Uni. Ils montrent en revanche qu’une part importante pourrait relever d’une protection plutôt que d’un éloignement vers le pays d’origine.

L’éloignement dépend aussi de la capacité d’exécution

Même lorsqu’une personne n’a pas droit à une protection et qu’une mesure d’éloignement est juridiquement possible, encore faut-il l’exécuter.

En 2025, la France métropolitaine a procédé à 14 133 éloignements forcés d’étrangers majeurs. Parmi eux, 6 161 concernaient des ressortissants de pays tiers éloignés vers des pays tiers.

Un gouvernement peut augmenter les moyens des préfectures, de la police aux frontières ou de la rétention. Il peut aussi chercher davantage de laissez-passer consulaires auprès des pays d’origine.

Mais l’exécution dépend toujours de plusieurs éléments : identité établie, décision exécutoire, recours éventuels, documents de voyage et coopération du pays de destination.

Le pacte règle donc une question politique importante, celle du consentement français aux retours. Il ne règle pas encore la capacité à transformer ces retours en départs vers les pays d’origine.

La dissuasion est le principal pari du dispositif

Farage ne compte pas uniquement sur les expulsions. Son pari est qu’un retour rapide vers la France réduira l’intérêt de payer un passeur pour traverser la Manche.

Cette logique est déjà revendiquée par les gouvernements français et britannique pour l’accord de 2025 : rendre la traversée moins attractive et fragiliser le modèle économique des réseaux.

Les arrivées par petites embarcations ont diminué de 23 % sur les douze mois achevés en juin 2026, à 33 374 contre 43 309 un an auparavant.

Le dispositif de réadmission ne concernait toutefois qu’une petite fraction des arrivées, et de nombreux autres facteurs influencent les traversées. Cette baisse ne permet donc pas d’isoler son effet.

Le projet Bardella-Farage consiste à rendre le risque de retour suffisamment fréquent pour modifier le calcul des candidats au départ.

C’est le mécanisme qui pourrait produire le plus grand effet. Il reste à démontrer à grande échelle.

Le test se joue après le retour

Avec l’accord d’un futur gouvernement français, le Royaume-Uni pourrait disposer d’un canal beaucoup plus large de réadmission. C’est un changement substantiel.

Le résultat dépendrait ensuite de ce qui arrive aux personnes renvoyées.

Certaines pourront être éloignées vers leur pays d’origine. D’autres pourront obtenir ou conserver une protection en France. Pour les premières, l’administration devra encore assurer l’identification, les procédures et le départ effectif.

Le mécanisme réduira réellement les traversées si la perspective d’un retour devient assez crédible pour décourager une part importante des départs. À défaut, il déplacera surtout vers la France la prise en charge de personnes auparavant arrivées au Royaume-Uni.

Le mémorandum ne permet pas encore de savoir quel volume de retours serait nécessaire pour produire cet effet, ni quels moyens supplémentaires la France devrait mobiliser.

Bardella apporte donc à Farage une pièce qui manquait à son projet : le consentement français. La suite dépend du droit, de l’exécution des éloignements et surtout de l’effet dissuasif réel du dispositif.

Sources consultées
  1. Reform UKNigel Farage and Jordan Bardella sign a “new entente cordiale” to stop the boats
  2. UK Home OfficeHow many people come to the UK via illegal entry routes?
  3. Government of the United Kingdom and Government of the French RepublicAgreement on the Prevention of Dangerous Journeys
  4. Direction générale des étrangers en FranceLes demandes d’asile en 2025 : une procédure sur deux aboutit à une protection
  5. Direction générale des étrangers en FranceLes éloignements d’étrangers en situation irrégulière en 2025 : une dynamique ascendante