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Immigration : les « 500 000 entrées » mélangent quatre réalités

Le chiffre avancé par Jordan Bardella confond démarches administratives, entrées, emploi et coût public. Les données officielles permettent de séparer ces questions.

Illustration des statistiques migratoires françaises

Jordan Bardella avance un chiffre simple pour défendre sa politique migratoire : « sur les 500 000 personnes qui entrent chaque année de manière légale » en France, seules 50 000 auraient un contrat de travail ; les 450 000 autres resteraient « à la charge du contribuable français et de la collectivité ».

Les statistiques mobilisées existent. Le problème vient de ce qu’on leur fait dire.

Le calcul mélange quatre questions différentes : combien de démarches administratives sont enregistrées, combien de personnes s’installent réellement en France, combien travaillent et quel est leur effet sur les finances publiques.

500 000 ne mesure pas les entrées en France

En 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 377 462 premières délivrances de titres de séjour à des ressortissants de pays tiers et 116 944 premières demandes d’asile enregistrées. Additionnées, ces deux séries donnent 494 406, soit environ 500 000.

Mais elles comptent des procédures, pas des arrivées.

Un premier titre de séjour peut être délivré à une personne déjà présente en France, notamment après une régularisation. Une demande d’asile correspond elle aussi à une démarche administrative distincte. Les ressortissants européens, qui n’ont généralement pas besoin de titre pour vivre et travailler en France, sont en outre mal captés par ce type de comptage.

Pour mesurer les mouvements de population, l’Insee utilise une autre méthode. Sa dernière estimation fait état de 438 000 personnes venues s’installer en France pour au moins un an en 2024. Parmi elles, 313 000 étaient immigrées au sens statistique, c’est-à-dire nées étrangères à l’étranger.

Ce chiffre mesure autre chose que les titres et demandes d’asile. Il décrit des personnes qui s’installent effectivement en France.

Les 50 848 titres économiques ne mesurent pas l’emploi

Le chiffre de 50 000 vient lui aussi des statistiques du ministère. En 2025, 50 848 premiers titres ont été délivrés pour un motif économique, soit 13,5 % de l’ensemble des premiers titres.

Cette catégorie comprend notamment 32 287 titres « salarié », 8 506 saisonniers, 6 760 scientifiques et 2 468 actifs non salariés.

Elle renseigne sur le motif administratif du séjour, pas sur l’ensemble des personnes qui travaillent.

Un étudiant peut exercer une activité salariée. De nombreux titulaires d’un titre « vie privée et familiale » disposent également du droit de travailler. Une personne venue rejoindre son conjoint puis embauchée reste classée dans l’immigration familiale.

À l’inverse, un titre économique ne garantit pas un emploi continu.

Les 50 848 titres économiques ne permettent donc pas de conclure que seuls 50 848 nouveaux étrangers travaillent en France.

L’écart d’emploi, lui, est bien réel

L’erreur de calcul n’efface pas les difficultés d’insertion professionnelle.

En 2024, 62,4 % des immigrés âgés de 15 à 64 ans occupaient un emploi, contre 71,4 % des personnes sans ascendance migratoire directe. Leur taux de chômage atteignait 11,6 %, contre 6,3 %.

Cet écart a des conséquences concrètes : revenus plus faibles, moindre autonomie économique et recettes fiscales et sociales plus faibles que si davantage de personnes étaient en emploi.

C’est un indicateur beaucoup plus utile pour juger l’intégration économique que le nombre de titres délivrés pour motif de travail.

Il doit cependant être lu pour ce qu’il mesure. Un étudiant, un enfant ou une personne récemment admise au titre de l’asile ne peut pas être assimilé à quelqu’un qui devrait nécessairement occuper immédiatement un emploi.

Le coût public ne se déduit pas du motif du titre

Le raisonnement de Bardella franchit une dernière étape lorsqu’il déduit des 50 000 titres économiques que les 450 000 autres personnes seraient « à la charge » de la collectivité.

Les données citées ne permettent pas ce calcul.

Un bilan budgétaire exige de connaître les impôts et cotisations versés, les prestations et services publics reçus, l’âge, la composition familiale, les revenus et la durée de présence.

Un étudiant représente une dépense d’enseignement mais peut travailler ensuite en France. Une personne arrivée au titre de la famille peut occuper un emploi. Une personne protégée au titre de l’asile peut recevoir des aides à son arrivée puis devenir contributrice.

Le résultat dépend aussi de l’horizon retenu. Une photographie six mois après l’arrivée et un bilan vingt ans plus tard ne mesurent pas la même chose.

Pour établir ce coût net, il faut un bilan de recettes et de dépenses dans la durée.

Quatre questions, quatre indicateurs

Le chiffre de Bardella échoue surtout parce qu’il cherche à faire répondre une seule statistique à plusieurs questions.

Pour mesurer les flux migratoires, il faut suivre les arrivées et les départs. Pour mesurer l’orientation de l’immigration vers le travail, le motif d’entrée est utile mais doit être complété par les taux d’emploi, les salaires et leur évolution après l’arrivée.

L’intégration demande encore d’autres indicateurs : maîtrise du français, reconnaissance des qualifications, emploi et autonomie économique. L’asile se juge sur les délais de décision, la protection effective des personnes qui y ont droit et l’exécution des décisions définitives.

Le coût pour les finances publiques nécessite enfin un véritable bilan de recettes et de dépenses dans la durée.

Ces distinctions fournissent les indicateurs nécessaires pour juger si la politique migratoire atteint ses objectifs.

Un gouvernement qui réduirait les entrées tout en laissant persister un fort écart d’emploi n’aurait traité qu’une partie du problème. Une politique davantage orientée vers l’immigration de travail devrait être jugée sur l’emploi réel et les revenus obtenus, pas seulement sur le nombre de visas ou de titres délivrés.

Jordan Bardella promet un référendum rapide s’il arrive au pouvoir en 2027. Aucun texte complet n’est encore publié. Lorsqu’il existera, ses objectifs pourront être confrontés à des indicateurs précis.

Pour l’instant, les « 500 000 entrées » et les « 50 000 qui travaillent » ne mesurent pas ce qu’ils prétendent mesurer.

Sources consultées
  1. Direction générale des étrangers en FranceLes titres de séjour en 2025 : les protections subsidiaires ont plus que doublé
  2. Direction générale des étrangers en FranceLes demandes d’asile en 2025 : une procédure sur deux aboutit à une protection
  3. InseeFlux migratoires - Les entrées sur le territoire diminuent en 2024 et retrouvent leur niveau d’avant-crise sanitaire
  4. InseeEmploi
  5. Service-Public.frAutorisation de travail d’un salarié étranger en France
  6. TF1 InfoVÉRIF' - Seuls 10% des immigrés entrent-ils légalement en France avec du travail, comme le dit Jordan Bardella ?