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Inflation : la France subit le choc énergétique, sans inflation généralisée pour l’instant

L’inflation atteint 3,3 % dans la zone euro et 2,7 % en France. L’énergie flambe, mais le choc ne s’est pas encore diffusé à l’ensemble des prix.

Illustration - Inflation et choc énergétique

L’inflation remonte brutalement en Europe. Eurostat l’estime à 3,3 % sur un an dans la zone euro en août, contre 2,9 % en juillet. En France, l’indice harmonisé comparable atteint 2,7 %. L’indice national publié par l’Insee s’établit, lui, à 2,4 %.

La France conserve donc une inflation inférieure à la moyenne de la zone euro. Mais elle n’est pas protégée du choc énergétique.

Dans la zone euro, les prix de l’énergie progressent de 14,3 % sur un an, contre 10,3 % en juillet. En France, l’IPC national mesure une hausse encore plus forte, de 16,7 %. Dans le même temps, les services augmentent de 2,0 %, l’alimentation de 1,1 % et les produits manufacturés reculent de 0,4 %.

Il faut toutefois résister à une conclusion trop précise. Au 1er septembre, Eurostat n’a pas encore publié la décomposition complète de l’IPCH français pour août. Elle est annoncée pour le 17 septembre. On peut donc comparer rigoureusement les inflations totales, 2,7 % en France contre 3,3 % dans la zone euro, mais pas encore expliquer les six dixièmes d’écart à partir de composantes françaises et européennes parfaitement harmonisées.

Les données françaises permettent néanmoins un constat solide : l’énergie accélère fortement, sans que l’inflation se soit, pour l’instant, généralisée à toute l’économie. En juillet, dernière mesure définitive disponible, l’inflation sous-jacente française n’était encore que de 1,3 %.

Un choc mondial qui arrive jusqu’aux factures françaises

La remontée ne naît pas dans les commerces français. Elle commence sur les marchés mondiaux de l’énergie.

Après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février et la fermeture du détroit d’Ormuz, le Brent et le gaz européen TTF ont bondi respectivement de 43 % et 45 % en mars par rapport à février. Entre mars et mai, le pétrole a coté en moyenne 102 dollars le baril, contre 62 dollars en décembre 2025. La direction générale du Trésor décrit un choc jusqu’ici plus pétrolier et plus mondial que celui de 2022.

La France dispose d’une importante production intérieure d’électricité, notamment nucléaire et renouvelable. Elle reste pourtant très dépendante de l’étranger pour les hydrocarbures. En 2025, elle n’a produit que 0,9 million de tonnes équivalent pétrole de pétrole sur son territoire, pour 81,4 millions importées. Pour le gaz naturel, la production primaire était nulle et les importations représentaient 40,1 millions de tonnes équivalent pétrole.

Une partie importante de l’économie française reste donc exposée à des prix que les pouvoirs publics nationaux ne peuvent pas fixer.

La transmission est rapide pour les carburants. Elle est plus progressive pour le gaz, car elle dépend des achats des fournisseurs et des contrats des clients. Pour septembre, la Commission de régulation de l’énergie publie un prix repère moyen de 172,05 euros par MWh TTC sur la zone GRDF. Ce n’est pas un tarif réglementé : les fournisseurs restent libres de leurs offres et un contrat à prix fixe peut évoluer très différemment de cette référence mensuelle.

Le choc est aussi très inégal. Il pèse davantage sur les ménages qui utilisent beaucoup leur voiture ou se chauffent au gaz, ainsi que sur les entreprises pour lesquelles carburants, transport ou chaleur représentent une part importante des coûts. Une économie peut afficher 2,4 % d’inflation moyenne tandis que certains budgets subissent une hausse beaucoup plus sévère.

Le risque est désormais la propagation

Une hausse du pétrole peut être très coûteuse sans devenir durablement inflationniste.

Le premier effet est mécanique : carburants, gaz et certains coûts de transport montent. Viennent ensuite les effets indirects. Un transporteur, un agriculteur ou un industriel peut absorber une partie de la hausse dans ses marges, réduire d’autres coûts ou la répercuter dans ses prix. Plus le choc dure, plus cette dernière possibilité devient probable.

Dans ses projections de juin, la Banque de France anticipait une inflation harmonisée française de 2,5 % en moyenne en 2026, tirée par l’énergie mais aussi par ses effets indirects sur le transport aérien et l’alimentation. Elle projetait une inflation hors énergie et alimentation de 1,6 % en 2026 puis de 2,1 % en 2027, notamment en raison d’une transmission différée des coûts énergétiques aux biens industriels et des salaires aux services.

Une baisse de l’inflation énergétique dans quelques mois ne suffirait donc pas à clore le sujet si, entre-temps, les entreprises avaient commencé à relever durablement leurs prix et les salaires à courir après eux.

À l’inverse, un choc concentré sur l’énergie peut disparaître assez vite du taux annuel lorsque les prix cessent de monter. Les projections de l’Eurosystème publiées en juin prévoyaient un pic d’inflation de la zone euro à 3,4 % au troisième trimestre 2026, puis un reflux avec la détente supposée des prix énergétiques et les effets de base. Elles estimaient aussi que les effets indirects et de second tour devraient être plus faibles qu’entre 2021 et 2024, notamment parce que le choc énergétique total est moins important, la demande plus faible et les goulets d’étranglement moins généralisés.

Ce scénario repose toutefois sur une hypothèse fragile : que le choc énergétique ne s’aggrave pas durablement.

La BCE ne peut pas faire baisser le baril

La Banque centrale européenne ne peut ni produire davantage de pétrole ni régler un conflit géopolitique. Relever ses taux ne réduit donc pas directement le prix de l’énergie. Cela peut en revanche limiter le risque qu’une hausse ponctuelle finisse par se diffuser durablement aux prix et aux salaires.

En juin, la BCE a relevé ses taux de 0,25 point, portant celui de la facilité de dépôt à 2,25 %, en invoquant explicitement les pressions inflationnistes liées à la guerre au Moyen-Orient. En juillet, elle les a laissés inchangés, estimant que l’intensité, la durée et les effets de second tour du choc restaient trop incertains.

Réagir trop peu laisserait davantage de temps au choc pour contaminer les autres prix. Réagir trop fort affaiblirait l’investissement, l’immobilier et la demande alors que les ménages viennent déjà de perdre du pouvoir d’achat à cause de l’énergie.

La réussite ne se mesure donc pas seulement au retour de l’inflation vers 2 %. Il faut également regarder le revenu réel des ménages, l’investissement productif et la capacité des entreprises à traverser le choc sans transformer une hausse temporaire de leurs coûts en destruction durable d’activité.

Protéger du choc sans subventionner durablement l’énergie

L’État possède lui aussi des leviers, mais aucun ne supprime le coût économique d’une énergie importée devenue plus chère.

Empêcher largement la hausse d’arriver jusqu’au consommateur protège immédiatement le pouvoir d’achat. Mais si cette protection dure, la facture est déplacée vers les finances publiques et le signal incitant à réduire ou substituer les consommations les plus coûteuses est en partie effacé.

L’excès inverse serait de laisser chaque ménage et chaque entreprise absorber intégralement le choc. Une hausse brutale frappe proportionnellement beaucoup plus fort les budgets modestes et peut fragiliser des entreprises viables dont la consommation énergétique ne peut être adaptée en quelques semaines.

La réponse la plus robuste consiste donc à concentrer les aides temporaires sur ceux qui encaissent le choc le plus sévère, plutôt qu’à garantir durablement un prix artificiellement bas à l’ensemble des consommateurs. Cette discipline compte d’autant plus que la marge budgétaire française est limitée : dans ses projections de juin, la Banque de France voyait la dette publique atteindre environ 122 % du PIB fin 2028 en l’absence de mesures supplémentaires.

Amortir le choc actuel ne suffit cependant pas. La vulnérabilité française vient de ce que pétrole et gaz restent indispensables à une grande partie du transport, du chauffage et de l’industrie.

La réponse structurelle consiste à réduire cette dépendance sans dégrader la sécurité énergétique ni la compétitivité : consommer moins d’énergie lorsque l’efficacité le permet, électrifier les usages pertinents, disposer d’une offre électrique bas-carbone suffisante et diversifier les approvisionnements fossiles qui resteront nécessaires.

La France possède un avantage réel grâce à son parc nucléaire et à ses renouvelables. Mais cette force électrique ne supprime pas sa dépendance au pétrole et au gaz.

Une politique énergétique réussie devrait donc se juger sur des résultats concrets : moins d’hydrocarbures importés pour produire la même richesse, une facture énergétique extérieure plus faible, des émissions en baisse, une électricité disponible à un coût compatible avec l’industrie et des ménages moins vulnérables aux variations du pétrole et du gaz.

L’automne dira si le choc change de nature

Le chiffre de 3,3 % publié par Eurostat est spectaculaire. Il ne permettra pas, à lui seul, de savoir si l’Europe entre dans une nouvelle longue séquence inflationniste.

Il faudra regarder la suite des prix énergétiques, mais aussi l’inflation sous-jacente française, les services, les salaires et les prix pratiqués par les entreprises. Les données définitives françaises d’août arriveront le 15 septembre et le détail harmonisé complet d’Eurostat le 17 septembre. Elles permettront notamment de comprendre plus rigoureusement pourquoi l’IPCH français reste six dixièmes sous celui de la zone euro.

Si l’énergie se stabilise et que le reste des prix demeure contenu, la France aura subi un choc de pouvoir d’achat sévère mais essentiellement temporaire. Si l’énergie reste chère assez longtemps pour pousser durablement les biens, les services et les salaires vers le haut, le problème aura changé de dimension.

Pour l’instant, les données ne montrent pas une inflation qui s’emballe partout. Elles montrent une France rattrapée par un nouveau choc énergétique alors que son inflation domestique sous-jacente reste relativement faible.

La politique économique ne peut pas décider du prix mondial du pétrole. Elle peut en revanche éviter de transformer une urgence en subvention permanente, protéger ceux qui encaissent le choc le plus brutal et, surtout, réduire la prise que le prochain choc énergétique aura sur l’économie française.

Sources consultées
  1. EurostatEuro area annual inflation up to 3.3%
  2. InseeEn août 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 2,4 % sur un an
  3. Direction générale du TrésorConflit au Proche et Moyen-Orient : un choc énergétique davantage pétrolier et mondialisé qu’en 2022
  4. Banque de FranceProjections macroéconomiques – Juin 2026
  5. Banque centrale européenneEurosystem staff macroeconomic projections for the euro area, June 2026