
L’inflation remonte nettement en Europe. Eurostat l’estime à 3,3 % sur un an dans la zone euro en août, contre 2,9 % en juillet. En France, l’indice harmonisé atteint 2,7 %. L’indice national de l’Insee s’établit à 2,4 %.
Le moteur est clair. Dans la zone euro, les prix de l’énergie progressent de 14,3 % sur un an. En France, l’IPC national mesure une hausse de 16,7 %, tandis que les services augmentent de 2,0 %, l’alimentation de 1,1 % et les produits manufacturés reculent de 0,4 %.
Le choc est donc violent mais encore concentré. La dernière mesure définitive disponible, celle de juillet, plaçait l’inflation sous-jacente française à 1,3 %.
La cause précise de l’écart de six dixièmes entre l’IPCH français et la moyenne de la zone euro reste indéterminée; Eurostat publiera le détail harmonisé français le 17 septembre.
Le choc vient d’abord du pétrole et du gaz
Après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février et la fermeture du détroit d’Ormuz, le Brent et le gaz européen TTF ont bondi respectivement de 43 % et 45 % en mars par rapport à février. Entre mars et mai, le pétrole s’est échangé en moyenne à 102 dollars le baril, contre 62 dollars en décembre 2025.
La direction générale du Trésor décrit un choc davantage pétrolier et mondialisé qu’en 2022.
La France dispose d’un parc électrique largement nucléaire et renouvelable, mais reste très dépendante des importations d’hydrocarbures. En 2025, elle a produit 0,9 million de tonnes équivalent pétrole de pétrole sur son territoire pour 81,4 millions importées. Sa production primaire de gaz naturel était nulle, face à 40,1 millions de tonnes équivalent pétrole importées.
Cette dépendance transmet rapidement le prix mondial aux carburants et plus progressivement au gaz, selon les contrats et les achats des fournisseurs.
Pour septembre, la Commission de régulation de l’énergie fixe son prix repère moyen du gaz à 172,05 euros par MWh TTC sur la zone GRDF. Il s’agit d’une référence indicative, pas d’un tarif imposé aux fournisseurs.
L’impact varie fortement selon les ménages et les entreprises. Une inflation moyenne de 2,4 % peut masquer un choc bien supérieur pour ceux qui roulent beaucoup, se chauffent au gaz ou utilisent fortement carburants et chaleur dans leur activité.
La question est maintenant celle de la diffusion
Une hausse de l’énergie pèse immédiatement sur le pouvoir d’achat. Elle devient plus préoccupante pour l’inflation lorsque les entreprises commencent à transmettre durablement leurs coûts dans les prix et que les salaires réagissent à leur tour.
Dans ses projections de juin, la Banque de France prévoyait une inflation harmonisée française de 2,5 % en moyenne en 2026. Elle anticipait déjà des effets indirects sur le transport aérien, l’alimentation et, avec retard, certains biens industriels et services.
L’Eurosystème projetait de son côté un pic d’inflation à 3,4 % au troisième trimestre dans la zone euro, puis un reflux à mesure que le choc énergétique se stabiliserait. Ses projections estimaient les effets indirects et de second tour plus faibles que lors de la poussée inflationniste de 2021 à 2024.
Ce scénario dépend beaucoup de la durée du choc.
Si l’énergie se stabilise, son poids dans le taux annuel finira par diminuer. Si elle reste chère assez longtemps, les entreprises les plus exposées auront davantage de raisons d’ajuster leurs prix et les salariés de chercher à compenser leurs pertes de revenu réel.
Pour l’instant, les données françaises ne montrent pas cette généralisation.
La BCE peut contenir la propagation, pas le prix du baril
La Banque centrale européenne ne peut pas produire davantage de pétrole. Son action porte sur la demande et les anticipations d’inflation.
En juin, elle a relevé ses taux de 0,25 point, portant le taux de dépôt à 2,25 %, en invoquant les pressions inflationnistes liées à la guerre au Moyen-Orient. Elle les a laissés inchangés en juillet face à l’incertitude sur la durée du choc.
La difficulté est classique. Une politique trop accommodante augmente le risque de voir l’inflation énergétique se diffuser. Des taux trop élevés pèsent davantage sur l’investissement, le logement et la consommation alors que le choc énergétique réduit déjà le revenu réel.
Le bon résultat ne se résume donc pas au retour de l’inflation vers 2 %. Il faut aussi préserver autant que possible l’investissement et l’activité pendant l’ajustement.
Pour l’État, mieux vaut cibler que bloquer tous les prix
La France peut amortir le choc budgétairement, mais elle ne peut pas supprimer le coût d’une énergie importée plus chère.
Une protection générale des prix protège rapidement tous les consommateurs, au prix d’une dépense publique élevée et d’un signal moins fort pour réduire les usages les plus coûteux. À l’inverse, une hausse intégralement répercutée frappe durement les ménages modestes et certaines entreprises qui ne peuvent adapter leur consommation en quelques semaines.
Des aides temporaires concentrées sur les situations les plus exposées permettent de limiter ces deux problèmes.
La contrainte budgétaire rend ce ciblage d’autant plus important. Dans ses projections de juin, la Banque de France voyait la dette publique approcher 122 % du PIB fin 2028 en l’absence de mesures supplémentaires.
Le problème de fond reste toutefois énergétique. Tant que pétrole et gaz occupent une place importante dans le transport, le chauffage et l’industrie, un choc international peut rapidement se transformer en perte de pouvoir d’achat en France.
Réduire cette exposition passe par l’efficacité énergétique, l’électrification des usages où elle est pertinente, une offre électrique bas-carbone suffisante et la diversification des approvisionnements fossiles encore nécessaires.
Le parc nucléaire et les renouvelables donnent à la France un avantage réel sur l’électricité. Ils ne l’isolent pas du prix des hydrocarbures.
Les prochains mois diront si le choc reste énergétique
Le chiffre à suivre n’est plus seulement l’inflation totale.
Les prochaines publications permettront de voir si la hausse gagne l’inflation sous-jacente, les services, les salaires et les prix des entreprises. Les données définitives françaises d’août sont attendues le 15 septembre et le détail harmonisé d’Eurostat le 17.
Si l’énergie se stabilise tandis que les autres prix restent contenus, la France aura subi surtout un choc de pouvoir d’achat. Une diffusion durable aux biens, aux services et aux salaires ouvrirait une séquence beaucoup plus difficile à casser.
Au 1er septembre, ce second scénario n’est pas encore visible. La France subit un nouveau choc énergétique ; son inflation domestique reste, pour l’instant, relativement contenue.
Sources consultées
- EurostatEuro area annual inflation up to 3.3%
- InseeEn août 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 2,4 % sur un an
- Direction générale du TrésorConflit au Proche et Moyen-Orient : un choc énergétique davantage pétrolier et mondialisé qu’en 2022
- Banque de FranceProjections macroéconomiques – Juin 2026
- Banque centrale européenneEurosystem staff macroeconomic projections for the euro area, June 2026