
À la rentrée 2026, l’École devrait accueillir environ 160 000 élèves de moins qu’un an plus tôt. Selon la DEPP, le public et le privé sous contrat pourraient perdre 1,7 million d’élèves entre 2025 et 2035, soit 14,2 % des effectifs.
Cette baisse ouvre une marge rare. Elle peut servir à réduire certaines classes, améliorer le remplacement, financer l’inclusion et la formation, ou permettre des économies là où les besoins diminuent.
La question des prochaines années sera donc moins le nombre brut de postes que leur utilisation.
La baisse démographique est largement engagée
La DEPP prévoit 125 400 élèves de moins dans le premier degré dès cette rentrée et 36 200 dans le second.
À horizon 2035, son scénario intermédiaire aboutit à 933 000 élèves de moins dans le premier degré et 743 800 dans le second. Pour les prochaines années, une grande partie du recul est déjà inscrite dans les générations nées.
La baisse des effectifs ne se traduit pas immédiatement en baisse proportionnelle des moyens. Une classe, une petite école, une discipline ou une option ont des coûts fixes qui empêchent d’ajuster les postes élève par élève.
Sur plusieurs années, la marge devient toutefois substantielle.
Dans le primaire public, le ministère prévoit une moyenne de 21 élèves par classe à la rentrée 2026 et 6,24 professeurs pour 100 élèves, contre 5,46 en 2017.
La démographie permet donc désormais de choisir plus finement où maintenir des moyens et où les redéployer.
Le recrutement s’améliore, mais 2026 reste atypique
Les concours externes publics ont enregistré 176 905 inscriptions en 2026, soit 76,6 % de plus qu’en 2025. Sur 25 043 postes ouverts, 24 351 candidats ont été admis.
Les taux de postes pourvus progressent fortement : 98,5 % dans le premier degré contre 92,1 % en 2025, et 96,1 % dans le second contre 90,6 %. Le CAPES externe atteint 97,5 %.
C’est le signal le plus encourageant de la session.
Mais 2026 cumule exceptionnellement les nouveaux concours à bac+3 et les anciennes voies à bac+5, maintenues pendant la transition pour les étudiants déjà engagés en master. Le nombre d’inscriptions ne peut donc pas être comparé directement à celui de 2025.
Le test viendra après 2027, lorsque cette double voie aura disparu. Pour l’instant, le fait que davantage de postes soient effectivement pourvus constitue l’indicateur le plus solide d’une amélioration du vivier.
Les nouveaux concours mobilisent des moyens avant de fournir des enseignants à temps plein
Les lauréats du concours à bac+3 suivent deux années de formation avant titularisation.
La première année comprend 500 à 550 heures de formation et douze semaines de stage. La seconde, les fonctionnaires stagiaires enseignent à mi-temps tout en poursuivant leur formation.
Les recrutements de 2026 ne correspondent donc pas immédiatement au même nombre de professeurs supplémentaires devant les classes.
Le budget rend ce choix visible. Environ 8 000 emplois sont consacrés à la nouvelle formation initiale. Dans le même temps, le rapport budgétaire du Sénat recensait 4 018 suppressions d’ETP enseignants liées à la baisse démographique dans les premier et second degrés.
Le budget adopté prévoit néanmoins près de 5 900 emplois supplémentaires à l’échelle du ministère, notamment pour la formation, l’inclusion et la santé scolaire.
La baisse des élèves commence ainsi à financer autre chose que des classes supplémentaires.
Le remplacement peut rapporter davantage qu’une nouvelle baisse uniforme des classes
La taille moyenne des classes a déjà diminué dans le primaire. Le prochain poste disponible n’a donc pas nécessairement la même utilité partout.
Dans le second degré public, 9,8 % des heures théoriques d’enseignement n’ont pas été assurées en 2024-2025 selon la DEPP. Les fermetures d’établissements représentent 2,3 points et les absences non remplacées 7,5.
Toutes ces heures ne peuvent pas être récupérées simplement en recrutant davantage. Les absences courtes et leur répartition entre disciplines posent des problèmes d’organisation spécifiques.
Mais le chiffre montre où une partie de la marge démographique pourrait produire un gain immédiatement visible pour les élèves.
La même logique vaut pour l’inclusion et la formation : conserver des moyens n’a d’intérêt que s’ils améliorent effectivement le service rendu.
La démographie ne doit dicter ni le maintien ni la suppression des postes
Une baisse de 14 % des élèves ne justifie ni de sanctuariser tous les moyens actuels ni d’appliquer mécaniquement la même baisse aux emplois.
Certains territoires auront besoin de maintenir de petites écoles pour éviter des distances excessives. D’autres gagneront davantage à renforcer le remplacement, l’accompagnement des élèves handicapés ou la formation des enseignants.
Ailleurs, le maintien d’un poste devenu peu utile peut difficilement se justifier alors que les finances publiques restent contraintes.
La bonne allocation dépend donc du service supplémentaire produit par chaque moyen conservé.
Une décennie pour obtenir davantage avec moins d’élèves
La rentrée 2026 ouvre une période inhabituelle : les effectifs scolaires devraient diminuer pendant plusieurs années alors que le recrutement enseignant montre des signes d’amélioration.
Cette marge permet surtout de juger plus sévèrement la manière dont les ressources sont utilisées.
Les indicateurs utiles sont assez concrets : postes vacants, heures non assurées, départs précoces de jeunes enseignants, taille des classes là où elle reste réellement problématique, qualité de l’inclusion et résultats des élèves.
Si la baisse de 1,7 million d’élèves se résume à une bataille annuelle sur le nombre de postes supprimés, l’occasion aura été perdue.
Elle sera utile si elle permet une École plus fiable et mieux organisée, tout en réduisant les moyens là où leur rendement devient faible.
Sources consultées
- Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)Projections d’effectifs d’élèves dans les premier et second degrés à horizon 2035
- Ministère de l’Éducation nationaleConcours enseignants de la session 2026 : premiers effets de la réforme de la formation initiale des enseignants
- Ministère de l’Éducation nationaleRéforme du recrutement et de la formation initiale des professeurs : mieux former pour mieux faire réussir nos élèves
- Sénat, commission des financesProjet de loi de finances pour 2026 : Enseignement scolaire
- Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)La part du temps d’enseignement non assuré dans les établissements publics du second degré en 2024-2025