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Budget 2027 : Lecornu a choisi où chercher l’effort, pas encore comment boucler l’addition

À politique inchangée, le déficit pourrait atteindre 5,9 % du PIB en 2027. Les premières pistes du gouvernement indiquent où agir, mais pas encore comment financer l’effort.

Illustration du budget 2027 en arbitrage

Sébastien Lecornu commence à dessiner le budget 2027 : effort concentré sur l’État, dépenses de fonctionnement des collectivités suivant l’inflation, dépenses sociales toujours plus dynamiques, pistes d’économies sur la santé et certaines retraites, sans nouvelle hausse d’impôts annoncée.

Il manque encore l’essentiel : les montants.

À politique inchangée, le déficit public pourrait atteindre 5,9 % du PIB en 2027. Les premières orientations indiquent donc où le gouvernement veut chercher l’effort, pas encore comment il compte ramener les comptes vers sa cible.

Le point de départ est un déficit qui remonte

En 2025, le déficit public atteignait 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du PIB. La dette représentait 115,7 % du PIB.

La mission sur la transparence des finances publiques estime qu’en l’absence de nouvelles mesures, le déficit remonterait à 5,9 % en 2027 puis approcherait 7 % en 2030. La charge d’intérêts augmenterait d’environ 10 milliards d’euros par an entre 2027 et 2030.

Dans son scénario privilégié, revenir à 4,9 % de déficit en 2027 suppose environ 28 milliards d’euros d’ajustement par rapport à cette trajectoire spontanée.

Le gouvernement n’a toutefois pas encore confirmé officiellement une cible de 4,9 %. Ce niveau a été rapporté mi-août, mais Lecornu n’en a pas donné de chiffre dans son entretien du 29 août.

Le budget devra donc établir deux choses : la cible retenue et les mesures qui permettent de l’atteindre.

L’État ne peut pas porter seul tout l’ajustement

Faire progresser les dépenses de l’État moins vite que les prix produit une économie réelle en termes réels.

Mais la dynamique des finances publiques vient aussi largement des dépenses sociales. La mission de Bercy recommande justement des réformes ciblées dans ces dépenses plutôt que des coupes uniformes.

Lecornu ouvre plusieurs pistes : arrêts maladie, remboursement de médicaments jugés peu utiles, sous-indexation possible des pensions les plus élevées.

Aucune n’est encore suffisamment précisée pour mesurer sa contribution au redressement.

C’est pourtant là que se jouera une part importante de l’équation si les dépenses sociales continuent globalement d’augmenter plus vite que l’inflation.

En santé, toutes les économies ne se valent pas

L’Assurance Maladie prévoit un déficit de 13,8 milliards d’euros en 2026 et a identifié 3,9 milliards d’euros de pistes d’économies pour 2027.

Certaines réduisent réellement la dépense : éviter un soin inutile, négocier un prix trop élevé, prévenir une hospitalisation ou mieux organiser un parcours de soins.

D’autres déplacent surtout la facture.

Si un médicament est moins remboursé mais continue d’être acheté, l’Assurance Maladie dépense moins tandis que le patient ou sa complémentaire paie davantage. Le déficit social s’améliore sans économie équivalente pour l’ensemble des ménages.

Le choix des médicaments concernés, leur bénéfice médical et le reste à charge détermineront donc l’intérêt réel de la mesure.

Même exigence pour les arrêts maladie : mieux prévenir les arrêts longs ou réduire les prescriptions injustifiées peut produire une économie. La seule invocation des « abus » ne permet pas encore de la chiffrer.

Sur les retraites, l’économie est plus directe

Sous-indexer certaines pensions réduit immédiatement la dépense.

Avec 2 % d’inflation et une revalorisation de 1 %, le pouvoir d’achat de la pension recule d’environ 1 %. L’économie pour les finances sociales correspond alors à une perte de revenu réel pour les retraités concernés.

Lecornu exclut de toucher aux petites retraites mais laisse ouverte une moindre revalorisation des pensions plus élevées.

Le rendement dépendra entièrement du seuil choisi et de l’écart d’indexation. Aucun des deux n’est encore connu.

La taxe sur les grandes entreprises reste une variable budgétaire

Le Premier ministre promet de ne pas créer de nouvelle hausse d’impôts.

La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises pourrait pourtant être reconduite en 2027 après 2025 et 2026. Son rendement attendu cette année atteint 7,3 milliards d’euros.

Sa reconduction ne constituerait pas formellement un nouvel impôt. Elle maintiendrait néanmoins une recette qui devait être temporaire.

À l’inverse, la réduire ou la supprimer obligerait à trouver plusieurs milliards ailleurs.

Le scénario fiscal de référence devra donc être explicite. Sans lui, une promesse de stabilité des prélèvements reste impossible à traduire dans la trajectoire du déficit.

Le PLF devra enfin montrer les milliards

Les premières orientations dessinent une logique : contenir davantage la dépense de l’État, chercher des économies ciblées dans la protection sociale et éviter une nouvelle hausse générale des prélèvements.

Les premières orientations ne chiffrent pas encore l’ensemble de l’ajustement nécessaire; leur solidité budgétaire reste donc inconnue.

Le projet de loi de finances devra partir du déficit attendu sans nouvelles mesures, afficher une cible et chiffrer chaque décision qui permet de combler l’écart.

Il faudra notamment distinguer les économies permanentes des mesures temporaires, les vraies baisses de dépenses des transferts vers les ménages, et les recettes maintenues de celles réellement nouvelles.

Les arbitrages pourront être jugés sur leur coût économique et social une fois ces montants publiés.

Pour l’instant, Lecornu a commencé à choisir les postes où chercher l’argent. Le budget 2027 devra montrer combien il en trouve réellement.

Sources consultées
  1. Le Parisien« Il faut agir, et vite » : crise agricole, retraites, budget 2027, impôts, présidentielle… Les vérités de Lecornu pour la rentrée
  2. Mission sur la transparence des finances publiques / ministère de l’ÉconomieMission sur la transparence des finances publiques à l’horizon 2030 : priorité à la maitrise des dépenses pour infléchir la dynamique de la dette
  3. InseeLe compte des administrations publiques en 2025
  4. Assurance MaladiePrésentation du rapport « Charges et Produits pour 2027 »
  5. Le MondeBudget 2027 : le gouvernement prêt à reconduire une deuxième fois la taxe « exceptionnelle » sur les grandes entreprises