
À Villeurbanne Saint-Jean, la digue du canal de Jonage n’est qu’un des ouvrages qui protègent le quartier et Vaulx-en-Velin. Les eaux du Rhône pourraient aussi pénétrer dans la zone protégée par un passage sous la RN346, au niveau de la Rize. La protection dépend donc de plusieurs digues, remblais et ouvrages hydrauliques qui doivent fonctionner ensemble. Aujourd’hui, le système n’offre qu’un niveau de protection trentennal. La Métropole veut le porter à une crue bicentennale, dans le cadre d’un programme de 14 millions d’euros. Près de 80 000 riverains et travailleurs pourraient être concernés en cas d’inondation majeure.
Les études de danger réalisées en 2021 ont mis au jour la dégradation du système. Conçu pour une crue centennale, il n’offrait plus qu’un niveau de protection décennal. Les premiers travaux sur la digue Duclos, en 2022, ont relevé le niveau global à Q30, soit une probabilité annuelle de 1 sur 30. L’objectif est désormais Q200, soit 1 sur 200 chaque année. Cela ne signifie pas qu’une telle crue ne peut survenir qu’une fois tous les deux siècles. Un arrêté préfectoral de 2022 avait imposé un délai de cinq ans pour sécuriser le système.
La digue Saint-Jean n’est qu’une pièce de cet ensemble. Celui-ci associe notamment les remblais de l’A42 et de la RN346, les digues Duclos et du Fontanil, ainsi que celle des Eaux Bleues. Les remblais autoroutiers assurent déjà le niveau de protection attendu et ne nécessitent pas de travaux. Les autres ouvrages doivent être reconstruits, renforcés ou rehaussés. La digue des Eaux Bleues, qui joue un rôle de protection complémentaire, sera portée au niveau Q100, tandis que les ouvrages qui ferment le système viseront Q200.
La Métropole a étudié trois scénarios : prolonger la digue des Eaux Bleues, fermer le système au niveau de la rocade Est ou prolonger la digue de l’Épi. Elle a retenu la fermeture au niveau de la rocade. Selon l’étude examinée par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe), cette solution offre le meilleur équilibre entre coût et bénéfices hydrauliques. Les simulations ne font pas apparaître de surinondation dommageable en amont dans le scénario retenu.
Le passage sous la RN346 sera fermé par un remblai en terre, avec un ouvrage hydraulique permettant à la Rize de poursuivre son cours. Ce choix ferme une voie possible d’entrée des eaux du Rhône dans la zone protégée sans prolonger les digues jusqu’à l’Épi.
La Rize fait aussi partie du programme. Longtemps canalisé dans le secteur industriel de Vaulx-en-Velin, le ruisseau doit retrouver un fonctionnement plus naturel sur 1,25 km. Le projet prévoit de remettre à ciel ouvert certains tronçons enterrés, de diversifier les écoulements, de retirer des sédiments pollués et de déconnecter plusieurs rejets industriels du ruisseau.
Lorsque le Rhône est haut, le niveau du canal de Jonage empêche la Rize de s’y déverser par gravité. Des stations de relevage doivent alors évacuer l’eau. La MRAe relève un risque en cas de fortes pluies simultanées : les volumes supplémentaires pourraient dépasser les capacités de pompage. Elle demande que ce scénario soit étudié plus complètement.
La MRAe a également formulé deux réserves qui dépassent le seul quartier de Saint-Jean. Avec un réchauffement de 4 °C, une crue correspondant aujourd’hui à Q200 pourrait devenir plus fréquente, estime-t-elle. Elle recommande de tester la résistance du système à une hausse de 10 à 20 % des débits de crue. Elle signale aussi un effet possible en aval : dans le scénario Q200 étudié, la marge de sécurité des murs anti-inondation de l’Yzeron, à Oullins-Pierre-Bénite, tomberait à 35 cm. Elle demande à la Métropole de veiller à ce que les protections en aval conservent leur niveau de sécurité.
Le projet a obtenu son autorisation environnementale et sa déclaration d’intérêt général par arrêté préfectoral du 9 octobre 2026, après l’enquête publique. Les entreprises peuvent déposer leurs offres jusqu’au 9 novembre. Le démarrage contractuel est prévu au 1er janvier 2027, à titre indicatif ; la Métropole annonce le début des travaux à Saint-Jean à partir de mars.
Sur les 2,7 km de digue recensés dans le dossier environnemental, 2,5 km seront entièrement reconstruits. Le nouvel ouvrage sera déplacé de près de six mètres vers l’intérieur du quartier, afin de réduire les risques d’érosion des berges et de préserver la végétation en contrebas. À Cusset, la digue existante sera conservée et renforcée par un écran étanche. Sur le tronçon reconstruit, les arbres au sommet doivent être coupés parce que leurs racines ont fragilisé l’ouvrage. Des écologues encadreront les opérations.
La reconstruction et l’aménagement de la promenade représentent 7,8 millions d’euros sur les 14 millions du programme. Le projet prévoit un chemin piéton au bord de l’eau, une promenade partagée au sommet de la digue et une piste cyclable à double sens. À Saint-Jean, le chantier doit rendre aux habitants l’accès aux berges du canal, avec un chemin au bord de l’eau et une promenade sur la digue reconstruite en retrait.
Sources consultées
- Métropole de LyonÀ Villeurbanne Saint-Jean, des travaux pour conforter la digue
- Mission régionale d'autorité environnementale Auvergne-Rhône-AlpesAvis délibéré du 16 février 2026 sur l'augmentation du niveau de protection du système d'endiguement de Vaulx-en-Velin / Villeurbanne Saint-Jean et la restauration du ruisseau de la Rize
- Métropole de Lyon, portail des marchés publicsTravaux de confortement du système d'endiguement de Villeurbanne Saint-Jean - Vaulx-en-Velin - 4 lots, référence 26-EAU-035
- Ville de Décines-CharpieuDigue de Vaulx-en-Velin/Villeurbanne et restauration de la Rize : arrêté préfectoral