
À Saint-Fons, H&B Materials veut changer la chimie des tissus sans obliger les fabricants à changer leurs machines. La jeune entreprise a mis au point un traitement biosourcé qui fait perler l’eau sur les fibres textiles, sans utiliser de PFAS. Sa première formulation a déjà été testée sur une ligne pilote industrielle. Il faut maintenant démontrer qu’elle peut être fabriquée et appliquée à grande échelle.
Le défi dépasse la composition d’un imperméabilisant. Les PFAS, longtemps employés dans les finitions textiles, permettent notamment de repousser l’eau, les huiles et les taches grasses. Ils sont aussi extrêmement persistants dans l’environnement. Depuis janvier 2026, la France interdit leur présence dans la plupart des nouveaux vêtements et chaussures mis sur le marché, avec certaines exceptions. L’interdiction doit être étendue à d’autres textiles en 2030.
Les fabricants disposent d’alternatives sans fluor, notamment à base de silicones ou de polyuréthanes. Mais obtenir les mêmes propriétés, conserver le toucher du tissu et résister aux lavages reste difficile. Les industriels ont aussi intérêt à conserver leurs lignes de finition existantes.
Modifier la fibre plutôt que déposer un revêtement
Fondée en avril 2025 par deux docteurs en chimie des matériaux, Hichem Ichou et Baptiste Andrin, H&B Materials a choisi une autre approche.
Sa première formulation, Proline A1-S, utilise des molécules hydrophobes issues notamment de sous-produits d’huiles végétales. Plutôt que de former simplement une couche protectrice sur le tissu, ces molécules sont fixées chimiquement à la structure des fibres. Leur surface repousse alors davantage l’eau : les gouttes perlent au lieu d’être immédiatement absorbées.
La différence est importante, mais elle ne transforme pas automatiquement le tissu en matériau étanche. La déperlance facilite l’écoulement de l’eau en surface ; elle ne garantit pas une protection contre une pluie prolongée ou sous pression.
Autre particularité : la formulation à base d’eau peut être appliquée par foulardage. Dans ce procédé courant de finition textile, le tissu traverse un bain de traitement puis passe entre des rouleaux qui éliminent l’excédent de liquide. H&B Materials cherche ainsi à remplacer la chimie utilisée sans remplacer les équipements des ennoblisseurs, ces industriels qui donnent aux textiles leurs propriétés finales.
Des essais industriels, mais pas encore une production en série
Les premiers résultats ont dépassé le laboratoire. Selon le pôle textile Techtera, Proline A1-S a été validée sur plusieurs types de textiles et testée sur une rame pilote industrielle de foulardage, chez un ennoblisseur.
Selon son cofondateur Hichem Ichou, interrogé par le média spécialisé Sportstextiles, la formulation atteint 5/5 au test de déperlance par pulvérisation et résiste à une trentaine de lavages domestiques. Le score obtenu après ces lavages n’est toutefois pas précisé.
En avril 2026, cette approche a reçu un Techtextil Innovation Award dans la catégorie « New Chemicals & Dyes », décerné par un jury international de professionnels et de chercheurs.
Des fabricants commencent également à l’évaluer. D’après Pulsalys, qui accompagne la jeune entreprise, une dizaine d’industriels textiles français et européens testent la formulation. Deux validations de performance ont été obtenues auprès de clients finaux, sans que leurs résultats détaillés soient publiés.
Une limite technique demeure : Proline A1-S repousse l’eau, mais pas encore les matières grasses avec les performances recherchées. H&B Materials travaille sur une seconde formulation pour ajouter cette propriété, particulièrement difficile à obtenir sans chimie fluorée.
À Saint-Fons, le changement d’échelle
L’entreprise a annoncé en octobre avoir réuni 2,1 millions d’euros de financements, avec notamment Anima, Alpha Star et Keenest, ainsi que le soutien de RAISE Sherpas, Bpifrance et de la Caisse d’Épargne. Cet argent doit financer la poursuite des recherches et le passage à l’échelle industrielle.
Installée sur la plateforme Axel’One PMI à Saint-Fons, H&B Materials peut s’appuyer sur des équipements dédiés au développement et aux essais de matériaux innovants pour préparer des fabrications plus importantes.
Le programme Hydroscale, présenté par Techtera, prévoit désormais plusieurs campagnes d’essais chez des ennoblisseurs, la vérification de la reproductibilité de la formulation et la fabrication des premiers lots industriels. Selon The Good Goods, les premières ventes étaient envisagées pour la fin de 2026.
À Saint-Fons, H&B Materials doit désormais obtenir les mêmes résultats d’un lot à l’autre, puis sur les lignes de production de ses clients.
Sources consultées
- TechteraHYDROSCALE : mise à l'échelle d'une finition textile hydrophobe et biosourcée sans PFAS
- PulsalysH&B Materials
- Messe FrankfurtInnovation as the answer: Techtextil and Texprocess honour solutions to global challenges with the 2026 Innovation Awards
- SportstextilesPFAS-free DWR start-up scales bio-based solution
- The Good GoodsLes solutions de déperlance sans PFAS passent en phase industrielle
- LégifranceCode de l'environnement, article L524-1