
À Gleizé, près de Villefranche-sur-Saône, le règlement de la cantine est catégorique : pour les enfants souffrant d’allergies alimentaires, « il sera demandé à la famille de fournir le repas ». Mais cette règle, toujours inscrite dans le règlement municipal 2026-2027, vient de se heurter à la situation d’un élève de maternelle allergique à l’arachide.
Le 13 octobre, le tribunal administratif de Lyon a ordonné à la commune de lui permettre de manger les plats compatibles avec son allergie. Il exige aussi que les allergènes soient précisément identifiés dans chaque préparation. Gleizé dispose de trois mois à compter de la notification du jugement pour s’y conformer.
Un règlement général face à un dossier médical individuel
L’enfant fréquente la cantine de l’école Joséphine Baker quatre jours par semaine. Initialement, ses parents devaient préparer ses repas, qu’il prenait à une table réservée aux élèves allergiques. Cette séparation a pris fin en septembre 2025, après leurs démarches. Le panier-repas, lui, restait imposé.
Or, son projet d’accueil individualisé (PAI), révisé en janvier 2025, ne prévoyait plus cette obligation. L’allergologue autorisait même la consommation de produits susceptibles de contenir des traces d’arachide. L’allergie était qualifiée de bénigne et une trousse d’urgence avait été remise à l’école.
La commune invoquait notamment les difficultés d’organisation du service et le risque d’engager sa responsabilité en cas de réaction allergique. Le tribunal écarte ces arguments au regard du dossier médical : rien ne justifiait de refuser à cet enfant les plats qu’il pouvait consommer.
Le panier-repas reste une solution possible pour certaines allergies. Mais à Gleizé, les recommandations médicales ne justifiaient plus de l’imposer à cet enfant. Depuis 2017, le code de l’éducation garantit l’inscription à la cantine des écoles primaires, lorsque ce service existe, sans discrimination.
Quatorze allergènes, mais lesquels dans le gratin ?
Encore faut-il que les familles sachent ce qui se trouve dans l’assiette.
À Gleizé, les menus hebdomadaires affichaient la liste complète des quatorze allergènes recensés par la réglementation européenne, avec un avertissement indiquant que les repas pouvaient en contenir certains.
Une liste qui couvre tout, mais ne permet de choisir aucun plat. Pour une famille cherchant à éviter l’arachide, elle ne dit pas si un gratin, une sauce ou un dessert en contient effectivement.
Le tribunal rappelle que l’information doit porter sur les ingrédients allergènes utilisés dans chaque préparation, et rester accessible directement, sous forme écrite. Un numéro de téléphone « pour plus d’informations » ne suffit pas. Cette obligation existait déjà : la décision en impose l’application à la cantine Joséphine Baker.
Sans cette information, difficile de savoir quels plats servir à l’enfant. Le jugement n’ordonne pas à Gleizé de cuisiner spécialement pour lui, mais de lui servir les préparations compatibles avec son état de santé.
La restauration scolaire de Gleizé fonctionne en régie municipale. Les modalités pratiques choisies par la mairie pour appliquer la décision ne sont pas encore connues.
À l’école Joséphine Baker, l’enfant avait déjà retrouvé la table de ses camarades. Dans les trois mois suivant la notification du jugement, il doit aussi pouvoir manger les plats de la cantine compatibles avec son allergie.
Sources consultées
- Tribunal administratif de LyonJugement du 13 octobre 2026, n° 2507209
- Tribunal administratif de LyonAllergies alimentaires à la cantine : l’enfant doit être accueilli et les allergènes de chaque plat précisément indiqués
- Ville de GleizéRèglement intérieur de la restauration scolaire 2026-2027
- Ministère de l'Éducation nationaleLa restauration scolaire