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À Lugdunum, une vingtaine d’aquarelles reconstruisent Lyon sans l’inventer

À Fourvière, « Passé antérieur » montre comment une ville presque disparue reprend forme à partir des vestiges, de la recherche et du travail d’un architecte-aquarelliste.

Illustration - Lyon antique reconstitué

À Fourvière, les théâtres romains sont toujours là. Mais une ville entière ne se lit pas dans quelques murs, des pierres et des fondations. Depuis le 2 octobre, Lugdunum tente de rendre visible ce qui manque : les rues, les monuments et les quartiers du Lyon antique tels qu’ils pouvaient apparaître au IIe siècle.

L’exposition « Passé antérieur - Voir au-delà des vestiges », ouverte jusqu’au 6 juin 2027, place au centre de son parcours une vingtaine d’aquarelles originales de Jean-Claude Golvin. L’architecte et archéologue y travaille depuis deux ans pour Lugdunum. Dix nouvelles vues, réalisées à partir des recherches récentes et de la modélisation 3D de la ville, rejoignent également le parcours permanent du musée.

Ce sont de belles images, mais leur intérêt tient surtout à ce qui précède le pinceau. Golvin explique commencer par les publications scientifiques, les documents disponibles et les discussions avec les chercheurs. Sa formation d’architecte lui sert ensuite à raisonner en volumes, en proportions et en fonctions : comment pouvait tenir ce bâtiment, comment circulait-on autour, quelle solution aurait été vraisemblable pour un constructeur romain ? Les esquisses sont discutées avant la mise au propre et la couleur. L’aquarelle arrive à la fin d’une chaîne de décisions.

À Lyon, cette méthode répond à une difficulté très locale. Les vestiges antiques de Fourvière sont spectaculaires, mais fragmentaires. Le programme « Explore Lyon antique », développé par Lugdunum avec un conseil scientifique d’archéologues et d’historiens, est né notamment de cette difficulté à comprendre ce qui subsiste et de la méconnaissance du passé antique de la ville. Sa maquette numérique rassemble les connaissances disponibles pour replacer les monuments dans une cité et non comme des objets isolés.

« Passé antérieur » montre aussi ce qui se passe quand les pierres cessent de répondre. Une restitution doit alors distinguer ce qui vient des fouilles, ce qui relève d’une hypothèse raisonnable et ce que l’artiste doit nécessairement compléter pour produire une image cohérente. Le musée confronte pour cela le travail de Golvin à d’autres façons de fabriquer l’Antiquité, notamment la 3D, le jeu vidéo et les décors de fiction. L’exposition confronte aussi cette méthode aux images générées par intelligence artificielle : une scène peut paraître convaincante sans que l’on sache sur quelles connaissances elle repose.

Le procédé donne une autre épaisseur au paysage familier de Fourvière. Là où un passant voit aujourd’hui un théâtre, un mur ou une rupture dans le terrain, le travail de restitution cherche les bâtiments disparus autour, leurs proportions et leur place dans l’ensemble urbain. Il permet de voir ce que les vestiges, seuls, ne peuvent plus raconter.

L’exposition est présentée à Lugdunum, 17 rue Cléberg, et est conseillée à partir de 6 ou 7 ans. Après les aquarelles, il suffit de ressortir sur la colline : les mêmes pierres sont toujours là, mais elles appartiennent de nouveau à une ville.

Sources consultées
  1. Lugdunum - Musée et théâtres romainsPassé antérieur - Voir au-delà des vestiges
  2. Lugdunum - Musée et théâtres romainsLugdunum comme vous ne l'avez jamais vu - Les aquarelles de Jean-Claude Golvin
  3. Jean-Claude GolvinArt et recherche
  4. Lugdunum - Musée et théâtres romainsExplore Lyon antique