
Le tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la libération du bâtiment B11 de l’îlot Milan, dans le 3e arrondissement, puis l’expulsion de ses occupants s’ils ne quittent pas les lieux. Environ 280 personnes y vivent depuis le 6 mars, principalement des femmes, avec près de 70 enfants. Au 5 septembre, les quelque 280 occupants se trouvaient encore dans l’immeuble. L’ordonnance ne signifie donc pas que l’évacuation a déjà eu lieu.
La décision repose d’abord sur l’état du bâtiment. Les expertises versées à la procédure ont relevé des risques critiques d’incendie liés aux installations électriques, des possibilités de chute d’éléments du bâti et des risques sanitaires. Dans son communiqué publié vendredi, la Métropole rapporte que le juge considère le maintien dans les lieux incompatible avec la protection des occupants eux-mêmes. Sur ce point, l’affaire n’est donc plus seulement un conflit entre propriétaire public et occupants sans titre : une juridiction a estimé que B11 ne pouvait servir durablement de refuge.
La difficulté commence à la sortie de l’immeuble. La Métropole est propriétaire de B11 et a demandé à la justice de mettre fin à l’occupation. L’hébergement d’urgence relève, lui, d’un dispositif de veille sociale placé sous l’autorité du représentant de l’État, avec orientation par le service intégré d’accueil et d’orientation. Le Code de l’action sociale et des familles prévoit par ailleurs l’accès à un hébergement d’urgence pour toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. La Métropole exerce de son côté des compétences de protection de l’enfance, distinctes de la responsabilité de l’État en matière d’hébergement d’urgence. Une ordonnance d’expulsion ne crée donc pas mécaniquement les places nécessaires pour accueillir plusieurs centaines de personnes.
Vendredi 4 septembre, Le Progrès indiquait qu’aucune solution d’hébergement d’urgence n’avait encore été proposée aux quelque 280 occupants. Après une manifestation partie de la place de Milan, une rencontre avec la Métropole a été annoncée pour mardi 8 septembre. Elle doit intervenir alors que la décision judiciaire ne prévoit, selon les comptes rendus disponibles, aucun délai accordé aux occupants.
B11 appartient aussi à un îlot déjà engagé dans le réaménagement de la Part-Dieu. Les bâtiments de logements doivent être déconstruits à partir de 2026-2027 ; les nouvelles constructions sont annoncées pour 2028-2029, avec 330 logements à terme contre 226 aujourd’hui. L’évacuation répond d’abord à une décision de sécurité, mais elle intervient sur un site dont la transformation était déjà programmée.
Le cas de la place de Milan concentre ainsi deux contraintes qui ne s’annulent pas. Les expertises rendent difficilement défendable le maintien de familles dans un bâtiment exposé à des risques graves. Mais vider B11 suppose aussi de savoir où peuvent aller environ 280 personnes une fois la porte refermée. La prochaine étape se joue mardi, autour de la table annoncée entre les occupantes et la Métropole, avec une question simple : comment libérer B11 sans renvoyer plusieurs centaines de personnes à la rue ?
Sources consultées
- Métropole de LyonÎlot Milan : la justice ordonne la libération d’un bâtiment présentant des risques graves pour la sécurité de ses occupants
- Le ProgrèsLe tribunal prononce l’expulsion des 280 femmes et enfants de la place de Milan : mobilisation contre le retour à la rue
- LyonMagLyon : 280 femmes et enfants menacés d’expulsion place Milan
- SPL Lyon Part-DieuÎlot Milan
- LégifranceArticle L345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles