
Des parasites chez presque tous les éléphants étudiés, mais aucun lien détecté avec leurs concentrations de glucocorticoïdes. À Lyon 1, des chercheurs du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive ont participé à une étude qui déplace l’attention vers un autre facteur : les conditions de gestion des réserves.
L’équipe internationale a comparé 219 échantillons fécaux provenant d’éléphants vivant dans 19 aires protégées d’Afrique du Sud. Les chercheurs y ont mesuré à la fois les œufs de parasites gastro-intestinaux et les métabolites de glucocorticoïdes, utilisés comme indicateur de l’activité physiologique liée au stress au cours des jours précédents.
Les parasites étaient presque partout : 99,5 % des animaux échantillonnés en portaient. Pourtant, leur abondance n’était pas associée aux concentrations de glucocorticoïdes. Les différences apparaissaient davantage du côté de l’environnement des animaux et de la gestion des réserves.
Le résultat le plus net concerne le tourisme. Dans les aires où les visiteurs peuvent circuler avec leur propre véhicule, les concentrations de glucocorticoïdes étaient en moyenne 32 % plus élevées que dans celles où les visites se font uniquement en safari guidé. L’étude ne permet pas d’en conclure que les voitures provoquent directement ce surcroît : elle ne mesure pas précisément le trafic ni le nombre de visiteurs.
Une autre association apparaît lorsque deux contraintes se combinent : une forte densité d’éléphants et une végétation moins productive. Là encore, l’intérêt est moins de désigner une cause unique que de montrer que la physiologie des animaux dépend de plusieurs caractéristiques de leur milieu que les politiques de conservation peuvent, en partie, modifier.
La taille des réserves donne un résultat moins robuste. Les concentrations semblent plus faibles dans les espaces les plus vastes, mais cette relation disparaît lorsque deux sites exceptionnellement grands, connectés au parc Kruger, sont retirés de l’analyse. Sur ce point, le papier scientifique est plus nuancé que le résumé institutionnel.
C’est précisément ce type de comparaison qui donne son intérêt à la contribution du LBBE de Villeurbanne. Laura Lacomme et Benjamin Rey figurent parmi les auteurs de ce travail, qui combine écologie, physiologie et analyse statistique. Le prélèvement fécal permet de comparer plusieurs pressions sur des animaux sauvages sans les capturer.
L’étude arrive au moment où l’Afrique du Sud met en œuvre une nouvelle stratégie nationale pour les éléphants, publiée en mai 2026, qui insiste notamment sur la coordination entre gestionnaires et la connectivité des habitats. Ses résultats offrent des points de comparaison pour évaluer certains choix de gestion.
Le travail reste observationnel et ne mesure ni la survie ni la reproduction à long terme. Pour le laboratoire lyonnais et ses partenaires, l’étape suivante consiste donc à relier ces marqueurs physiologiques à des suivis comportementaux et démographiques plus longs, afin d’en mesurer les conséquences à long terme pour les animaux et les populations.
Sources consultées
- Université Claude Bernard Lyon 1Le stress des éléphants d’Afrique davantage lié aux pratiques de gestion qu’aux parasites
- Journal of ZoologyConservation Management Strategies Shape Glucocorticoid Levels in African Elephant Populations More Than Parasite Load
- Department of Forestry, Fisheries and the Environment, South AfricaNational Elephant Heritage Strategy 2026-2036