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Beaujolais : un biofongicide de Chassieu pour réduire le cuivre dans les vignes

Autorisé en France depuis le 30 juin, AXPERA est commercialisé pour la vigne sous la marque Tiagan. L’objectif : maintenir la protection contre le mildiou avec moins de cuivre.

Illustration - Vignes du Beaujolais et biofongicide

À Régnié-Durette, le Domaine des Ronze fait partie des vignobles qui ont testé AXPERA contre le mildiou. Depuis le 30 juin, le produit développé par Amoéba à Chassieu a changé de statut : l’Anses lui a accordé une autorisation française pérenne contre le mildiou et l’oïdium de la vigne. Koppert commercialise pour la vigne cette technologie sous la marque Tiagan. Une autorisation d’urgence de 120 jours avait déjà permis son utilisation en France à partir du 1er mai.

L’intérêt du produit tient d’abord au cuivre qu’il pourrait permettre d’économiser. Ce métal reste un pilier de la lutte contre le mildiou, notamment en viticulture biologique, mais il ne se dégrade pas comme une molécule organique. L’Union européenne classe ses composés comme persistants et toxiques, candidats à la substitution, et limite leur utilisation à 28 kg par hectare sur sept ans afin de réduire leur accumulation dans les sols et l’exposition des organismes non ciblés. Supprimer brutalement le cuivre laisserait cependant les vignerons avec moins de moyens face à une maladie capable de détruire une récolte.

AXPERA est fabriqué à partir d’un lysat de Willaertia magna C2c Maky, autrement dit des composants issus de cellules d’amibes plutôt que des amibes vivantes. Pulvérisé préventivement, il empêche notamment la germination des spores. Koppert le présente comme compatible avec le cuivre et le soufre. À court terme, son usage le plus crédible consiste à remplacer une partie du cuivre ou à l’associer à une dose réduite, plutôt qu’à promettre une vigne soudainement privée de tout traitement.

Les essais donnent déjà quelques repères. Dans un essai 2024 attribué à IFV+ et publié par Koppert, des programmes associant Tiagan à 0,85 ou 1,106 kg de cuivre par hectare et par an ont obtenu sur les grappes des résultats au moins comparables au programme de référence à 2,062 kg, dans une année de forte pression de mildiou. Victor Sornin, viticulteur à Régnié-Durette, déclarait de son côté après la campagne 2025 avoir ramené son apport à 1 kg par hectare avec AXPERA. Cet été, Le Progrès rapporte que le domaine a observé moins de contaminations. Ces résultats sont encourageants, mais ils ne donnent pas encore une mesure indépendante, sur plusieurs exploitations et plusieurs millésimes, de la quantité de cuivre réellement évitable.

Le bilan sanitaire et environnemental diffère de celui du cuivre. L’Union européenne a classé en 2025 le lysat de Willaertia magna comme substance active à faible risque, et l’EFSA le juge facilement biodégradable. Pour la santé humaine, elle n’a pas jugé nécessaire de fixer de valeurs toxicologiques de référence. Son évaluation relève toutefois une persistance potentiellement élevée dans les sédiments et ne permet pas de conclure à un faible risque chronique pour les abeilles adultes dans certains scénarios. L’autorisation française interdit donc son application en présence d’abeilles, pendant la floraison des cultures attractives ou lorsque des adventices sont en fleur.

À Chassieu, Amoéba avait préparé la commercialisation en engageant 1,1 million d’euros pour augmenter ses capacités de production, tandis que Koppert prend en charge la distribution. Après les essais et l’homologation, le test passe maintenant dans les parcelles : dans le Beaujolais, ce sont les kilos de cuivre réellement économisés sans perdre la maîtrise du mildiou qui diront ce que vaut l’amibe de Chassieu.

Sources consultées
  1. Anses, E-PhyAXPERA
  2. Commission européenneRèglement d’exécution (UE) 2018/1981 relatif aux composés de cuivre
  3. EFSAPeer review of the pesticide risk assessment of the active substance lysate of Willaertia magna C2c Maky
  4. KoppertRésultats d’essais Tiagan
  5. AmoébaAmoéba accélère le développement d'Axpera : Des résultats très convaincants constatés par les viticulteurs ; Un calendrier des homologations en ligne avec la mise sur le marché en 2026.
  6. Le Progrès« On a moins de dégâts sur les grappes » : quel est ce nouveau biofongicide inventé près de Lyon ?