
Daikin Chemical France pourra introduire un nouveau monomère dans son usine d’Oullins-Pierre-Bénite. L’arrêté préfectoral du 24 juillet autorise jusqu’à 18 tonnes de R-1234yf sur le site pour fabriquer un nouveau grade de polymères fluorés, baptisé BRE.
Ce gaz stocké sous pression est inflammable et peut exploser sous l’effet de la chaleur. Il répond aussi, par sa structure, à la définition des PFAS retenue par l’OCDE. Son utilisation n’est toutefois ni interdite ni restreinte en France ou dans l’Union européenne.
Le procédé BRE doit remplacer une partie des productions actuelles, et non simplement s’y ajouter. Plus lent, il entraînerait moins de lots et une diminution de la quantité totale de polymères fabriqués. Le nombre de lots plus faible devrait réduire le volume d’eau rejeté. Grâce à sa meilleure réactivité et à sa moindre miscibilité dans l’eau, le R-1234yf devrait aussi diminuer les rejets de PFAS dans l’eau comme dans l’air.
Ces baisses restent des prévisions : l’arrêté ne donne aucun objectif avant-après, ni pour les quantités de PFAS rejetées ni pour la concentration du nouveau monomère dans les fumées. Lors de la campagne annuelle de mai 2025, l’Ineris avait mesuré dans le conduit n°1 une concentration moyenne de HFP de 6,3 mg/m³, sous la limite de 20 mg/m³. Le suivi de l’unité de filtration au charbon actif faisait par ailleurs état de flux mensuels rejetés compris entre 40 et 100 kg. Aucun chiffre comparable n’est publié pour le procédé BRE.
En échange de cette réduction attendue, l’usine ajoute un nouveau risque accidentel. Deux scénarios d’accident pourraient avoir des effets au-delà de la plateforme industrielle. Selon l’étude examinée par l’État, leurs périmètres resteraient inclus dans des zones de danger déjà connues, sans exposer de nouvelles populations. Des effets en cascade sur d’autres installations demeurent possibles.
Les protections imposées sont détaillées : rideaux d’eau autour du conteneur, arrosage automatique de la cuve tampon, détecteurs de gaz et d’incendie, soupape, doubles capteurs de niveau et fermeture automatique des alimentations. Une alarme sera transmise à la salle de contrôle de Daikin et au poste des pompiers d’Arkema. En cas de détection du R-1234yf, l’arrivée de VF2 fournie par l’usine voisine devra également être coupée.
Le site Daikin n’est pas classé Seveso, mais ce dispositif montre combien les usines de la plateforme restent interdépendantes. Matières premières, zones de danger et secours dépassent les limites juridiques de chaque établissement.
Le préfet a décidé de ne pas soumettre le projet à évaluation environnementale et a considéré que la modification n’était pas substantielle. L’arrêté complète donc l’autorisation qui encadre le site depuis 2003 en y ajoutant les conditions nécessaires au procédé BRE.
Pendant deux ans, Daikin devra mesurer chaque année les PFAS dans certains rejets atmosphériques. Une campagne dans l’air ambiant doit aussi être menée au plus tard le 31 décembre 2026, pendant une période de forte activité du site. L’arrêté du 24 juillet ne fixe cependant ni date de démarrage ni bilan spécifique permettant de comparer le procédé BRE à celui qu’il remplace.
À Pierre-Bénite, les équipements de sécurité sont déjà définis. La baisse annoncée des rejets devra encore apparaître dans les mesures réalisées après la mise en service.
Sources consultées
- Préfecture du Rhône, DREAL Auvergne-Rhône-Alpes et DDPP du RhôneArrêté préfectoral complémentaire n° DDPP-DREAL 2026-142 relatif à Daikin Chemical France
- DREAL Auvergne-Rhône-AlpesRapport de l’Inspection des installations classées, visite du 12 septembre 2025
- Préfecture du Rhône, DREAL Auvergne-Rhône-Alpes et DDPP du RhôneArrêté préfectoral complémentaire n° DDPP-DREAL 2026-56 relatif à la surveillance des PFAS