
À Décines-Charpieu, les camions continuent d’arriver. Les produits sont contrôlés et les commandes préparées. Mais entre les palettes, les espaces vides se multiplient. Selon Le Progrès, les dons des grandes et moyennes surfaces à la Banque alimentaire du Rhône ont chuté de 30 % depuis le début de 2026. Sa directrice, Alice Benoit-Dehan, dit n’avoir jamais vu l’entrepôt aussi dégarni en plus de quatre ans.
Le manque se propage bien au-delà du bâtiment de l’avenue Franklin-Roosevelt. La Banque alimentaire approvisionne une centaine d’associations partenaires dans le Rhône et la métropole lyonnaise. Son président, Philippe de Mester, estimait en juin à environ 70 000 le nombre de personnes bénéficiant chaque année de cette chaîne, via 136 points de distribution.
Cette solidarité repose sur une mécanique quotidienne. Les denrées récupérées sont pesées, triées, tracées, placées en chambre froide ou sur les racks, puis réparties selon les commandes. En moyenne, 16 tonnes de denrées entrent et sortent chaque jour de l’entrepôt de 2 500 m², dont 750 m² de zones réfrigérées. Ce sont ensuite les associations qui transforment ces palettes en colis, repas ou produits d’épicerie sociale.
La raréfaction n’est pas apparue cet été. Philippe de Mester expliquait en juin que les supermarchés travaillaient avec des stocks plus serrés et cédaient donc moins d’invendus. Il évoquait aussi l’arrivée d’opérateurs privés sur la récupération alimentaire. Depuis trois ans, l’association achète elle-même une partie des produits qu’elle distribuait auparavant grâce aux dons.
La difficulté ne vient pas de la lutte contre le gaspillage, mais de la dépendance à des surplus devenus moins abondants. Le modèle a longtemps permis de sauver des produits consommables tout en approvisionnant les structures d’aide. Il faut désormais compléter cette ressource par des achats et de nouveaux partenariats, alors que la demande ne faiblit pas. À Décines, derrière chaque emplacement inoccupé, il reste une commande à préparer pour l’une des associations qui viennent charger leur véhicule à la porte de l’entrepôt.