
Depuis avril 2026, environ vingt enfants arrivent chaque mois en salle de déchocage à l’hôpital Femme Mère Enfant de Bron après un accident de trottinette électrique. Un quart environ est admis directement en réanimation pédiatrique. Derrière ces chiffres se dessine une difficulté pour la prévention routière lyonnaise : les traumatismes les plus graves ne viennent pas toujours d’une collision, mais souvent d’une simple perte de contrôle.
Une étude publiée le 2 juillet dans la revue Neurosurgery a examiné les dossiers des patients reçus dans cet hôpital entre 2021 et 2025 et ayant nécessité un avis neurochirurgical pédiatrique. Il s’agit donc d’un groupe restreint de cas graves, pas d’un bilan de tous les accidents du Rhône. Le nombre de patients de cette série est passé d’un en 2021 à vingt-cinq en 2025. Surtout, 68,2 % des accidents se sont produits sans autre véhicule impliqué.
La chute solitaire suffit à provoquer un traumatisme crânien sévère. Les HCL décrivent notamment des hématomes extraduraux, liés à une fracture du crâne et susceptibles d’entraîner un coma ou un décès sans prise en charge rapide. Les victimes sont majoritairement âgées de 14 ou 15 ans. Les HCL insistent sur le port du casque, susceptible de réduire la gravité des blessures, mais celui-ci reste seulement recommandé en agglomération. L’engin est pourtant motorisé, accessible dès 14 ans et autorisé jusqu’à 25 km/h.
La Ville de Lyon a renforcé les contrôles de police municipale pour juillet et août. Les agents ciblent la circulation à deux, les engins débridés, les trottoirs, les feux rouges et la conduite avant 14 ans. Cette action répond à des comportements dangereux et visibles. Elle atteint moins facilement les chutes provoquées par une perte d’équilibre, un obstacle ou un virage mal négocié.
Ces chutes sans tiers peuvent aussi manquer dans les statistiques policières lorsqu’elles ne sont pas signalées et ne donnent lieu à aucune intervention. Le Rhône dispose toutefois d’un registre médical des victimes d’accidents de la circulation. Depuis 1995, il recueille les données des services de secours et de soins, y compris après un accident sur une voie privée. Les HCL annoncent qu’un travail spécifique sur les trottinettes doit y être mené.
Les chiffres nationaux confirment une progression des accidents graves. En 2025, 79 usagers d’engins de déplacement personnel motorisés ont été tués en France métropolitaine et 1 100 ont été grièvement blessés, soit 38 % de plus qu’en 2024. Dans le Rhône, l’Observatoire départemental de la sécurité routière a compté six usagers tués en 2025, contre un l’année précédente.
Les contrôles lyonnais restent nécessaires, mais les urgences de Bron montrent ce qu’ils ne peuvent accomplir seuls. Le casque peut limiter la gravité des blessures, mais il reste facultatif en ville, alors que des adolescents arrivent désormais chaque mois au déchocage de l’hôpital Femme Mère Enfant.
Sources consultées
- Hospices Civils de LyonTrottinette électrique : attention danger !
- Pierre Petitet et al., NeurosurgeryElectric-Scooters: An Emerging Source of High-Severity Pediatric Head Trauma
- Ville de LyonRenforcement des contrôles des trottinettes électriques
- Observatoire national interministériel de la sécurité routièreLes accidents de la route en France métropolitaine, chiffres clés 2025
- Registre des victimes d’accidents de la route dans le RhônePrésentation du Registre du Rhône