
À Dardilly, ITEN veut adapter ses batteries tout solide à une fonction qui ne tolère aucune coupure : alimenter une pompe cardiaque implantée. Son programme SOLIMED vise d’abord les dispositifs implantables d’assistance cardiaque, classés au niveau de risque le plus élevé en Europe. Rattaché à l’initiative européenne Tech4Cure, il en est encore au développement de la batterie et de son conditionnement.
Les pompes d’assistance ventriculaire actuelles ne sont pas entièrement contenues dans le corps. Dans le système HeartMate 3, par exemple, la pompe implantée reste reliée par un câble traversant la peau à un contrôleur et à des batteries portés par le patient. Supprimer cette liaison suppose d’embarquer une réserve d’énergie compacte, rechargeable à travers la peau et assez fiable pour alimenter sans interruption un dispositif vital.
ITEN fixe trois cibles : une densité énergétique de 600 Wh par litre, une capacité supérieure à 2 Ah et une recharge à 80 % en moins de vingt minutes. Pour l’assistance cardiaque, plusieurs modules seraient réunis dans un pack doté de sa propre électronique de gestion. Le transfert d’énergie sans fil permettrait de recharger la batterie à travers la peau ; l’objectif des vingt minutes concerne la vitesse de cette recharge. La densité recherchée doit, elle, limiter le volume occupé dans le corps. Ces chiffres restent des objectifs annoncés par l’entreprise, sans résultats d’essais publiés.
Le défi ne se résume pas à agrandir les microbatteries déjà produites par ITEN. Sa gamme Powency, destinée notamment aux capteurs et à l’électronique, monte jusqu’à 10 mAh. L’entreprise prépare parallèlement une famille haute capacité, Flowency, allant de quelques dizaines de mAh à plusieurs Ah. SOLIMED doit adapter cette technologie à une alimentation sans interruption, avec un échauffement contenu et un vieillissement suffisamment prévisible pour un usage implantable.
À Dardilly, ITEN a investi 14 millions d’euros dans une usine pilote qui réunit la synthèse des nanomatériaux, la fabrication des électrodes, l’assemblage et les essais. Selon l’entreprise, elle peut produire 30 millions de composants par an. À Lyon, le laboratoire commun AMIE, associant ITEN au CNRS, à l’ENS de Lyon et à l’Université Claude-Bernard Lyon 1, travaille sur les électrolytes solides, les interfaces internes et le vieillissement des batteries.
Avant tout usage médical, la cellule puis le pack devront encore passer les essais de sécurité, la qualification du dispositif et les étapes cliniques imposées aux implants actifs de classe III. Aucun prototype de pompe équipé ni durée de vie démontrée n’est publié, et aucun calendrier clinique ou commercial n’est annoncé. À Dardilly, la prochaine étape consiste à tester une cellule, puis un pack, dans les conditions thermiques et électriques exigées par un implant.
Sources consultées
- ITENITEN develops breakthrough solid-state batteries for next-generation implantable medical devices
- Food and Drug AdministrationHeartMate 3 Left Ventricular Assist System, Summary of Safety and Effectiveness Data
- ITENAdvanced Solid-State Ceramic Devices
- ITENInauguration of the Dardilly++ pilot plant
- ITEN, CNRS, ENS de Lyon, Université Claude-Bernard Lyon 1 et ANRLancement du LabCom AMIE
- Union européenneRèglement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux