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À Bron, une goutte de lutétium révèle les contraintes de la médecine nucléaire

La contamination cutanée d’un travailleur des HCL a dépassé la limite annuelle. L’ASNR vérifiera les corrections apportées dans le service de médecine nucléaire de Bron.

Manipulation protégée d’un flacon radioactif

Le 11 mai, au Groupement hospitalier Est à Bron, le conditionnement d’un porte-flacon plombé a cédé pendant son transfert vers une enceinte radioprotégée. Le médicament radiopharmaceutique au lutétium-177 s’est dispersé et une goutte a atteint un travailleur du service de médecine nucléaire. Déclaré deux jours plus tard par les Hospices civils de Lyon, l’incident a été classé le 22 juillet au niveau 2 de l’échelle INES par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection.

Ce classement résulte du dépassement, en une seule exposition, d’une limite professionnelle. L’évaluation réalisée par les HCL conclut à une dose supérieure au plafond annuel applicable à la peau sur une zone très localisée. Ce plafond est de 500 millisieverts sur douze mois, calculés en moyenne sur toute surface de peau de 1 cm². Il est distinct de la limite de 20 millisieverts fixée pour l’organisme entier. L’avis ne publie ni la dose évaluée ni les éventuelles conséquences médicales pour le travailleur.

La personne et les locaux ont été immédiatement décontaminés. Le poste du salarié a été adapté et le médecin du travail informé. Les HCL ont ensuite analysé l’incident et défini des actions sur la manipulation des flacons, la tenue de travail, la disponibilité des équipements de protection et la préparation des équipes à une contamination accidentelle. Leur mise en œuvre n’a pas encore été vérifiée par l’ASNR, qui annonce une inspection du service.

Cette thérapie de précision repose aussi sur une chaîne matérielle exigeante. La radiothérapie interne vectorisée associe une molécule capable de cibler certaines cellules tumorales à un radionucléide chargé de les irradier. Avant l’injection, le médicament doit être réceptionné, contrôlé, protégé, transféré et manipulé par plusieurs professionnels. La précision biologique du traitement ne supprime pas les risques d’une source radioactive sous forme liquide.

Cette chaîne prend une importance particulière à Bron. Le centre théranostique réunit médecine nucléaire, radiopharmacie, physique médicale, radioprotection, oncologie et recherche. Lors de son inauguration, en février 2025, les HCL annonçaient onze chambres de thérapie autorisées et quatorze essais de radiothérapie interne vectorisée ouverts aux inclusions.

En mars 2025, l’ASNR décrivait déjà une pression croissante sur la capacité du centre à recevoir davantage de patients, avec l’arrivée de nouveaux radionucléides et la multiplication des essais cliniques. Les résultats cliniques obtenus à Lyon expliquent pourquoi cette activité se développe. L’incident du 11 mai en expose l’autre condition : emballages, gestes, protections et organisation doivent progresser au même rythme que les traitements.

Pour les HCL, la radioprotection n’est donc pas une fonction périphérique. Elle fait partie de la capacité de soin. L’inspection annoncée devra maintenant établir si les corrections définies après la contamination sont bien devenues les pratiques ordinaires du service de Bron.

Sources consultées
  1. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionContamination externe d’un travailleur conduisant au dépassement de la limite annuelle réglementaire pour la dose équivalente reçue par la peau
  2. LégifranceCode du travail, article R4451-6
  3. Hospices civils de LyonLes HCL inaugurent le centre théranostique RIV, dédié à la radiothérapie interne vectorisée
  4. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionDeux membres du collège de l’ASNR se rendent aux Hospices civils de Lyon