
Voir devant un tunnelier sans forer, ou suivre l’intérieur d’un haut fourneau sans l’ouvrir : la technologie développée à Lyon et exploitée par Muodim l’a déjà permis lors de missions ciblées. Son prochain problème est moins spectaculaire. Il faut fabriquer, installer et exploiter ses détecteurs sans reconstruire chaque projet comme une expérience scientifique unique.
Créée en 2021 à partir de travaux de l’Institut de physique des deux infinis de Lyon, Muodim ouvre son capital à BRGM Invest et à IRIS Instruments. Le montant, la répartition des parts et le calendrier industriel ne sont pas publiés.
BRGM Invest, holding du service géologique national, détient déjà 51 % d’IRIS Instruments, fabricant d’équipements pour la géophysique, les mines et le génie civil. L’opération réunit donc autour de Muodim trois compétences déjà associées sur le terrain : connaissance du sous-sol, fabrication des instruments, déploiement et traitement des données.
La muographie exploite des particules naturellement produites dans l’atmosphère, les muons. Après avoir traversé de la roche, du béton ou du métal, leur flux varie selon la quantité et la densité de matière rencontrée. Des détecteurs placés autour d’un ouvrage peuvent ainsi en reconstituer certaines structures internes, un peu comme une radiographie conçue pour des volumes beaucoup plus massifs et sans source artificielle de rayonnement.
Cette méthode est surtout intéressante lorsque l’objet est trop épais, trop chaud ou trop difficile d’accès pour être inspecté directement. Elle n’est pas instantanée pour autant. La précision dépend de la géométrie du site, de la position des détecteurs et du nombre de muons enregistrés. Avant chaque intervention, il faut simuler le cas, déterminer le temps de mesure nécessaire et adapter l’instrument à son environnement.
Le savoir-faire lyonnais a dépassé le laboratoire, sans encore devenir un produit banal. Dès 2021, Muodim avait signé un contrat lié au Grand Paris pour étudier le terrain devant un tunnelier. En 2023, une équipe comprenant des chercheurs de l’IP2I et des membres de Muodim a publié la première reconstruction en trois dimensions de l’intérieur d’un haut fourneau par muographie. Les détecteurs, déplacés autour de l’installation, ont permis d’en produire une image tridimensionnelle. L’étude concluait toutefois à la nécessité d’améliorer encore les résolutions spatiale et temporelle.
Depuis juillet 2025, le BRGM, IRIS Instruments et Muodim testent également un télescope à muons dans une ancienne mine de fer à Thil, en Meurthe-et-Moselle. L’objectif est de caractériser les terrains situés au-dessus d’une cavité exposée aux effondrements afin de préparer d’éventuels travaux de comblement. Le BRGM présente cette mission comme une expérimentation destinée à valider la méthode en milieu souterrain.
L’entrée au capital ne démontre donc pas encore un changement d’échelle. Aucun objectif de production, nouveau contrat ou gain de performance n’est annoncé. Elle réunit cependant les compétences nécessaires pour le tenter : IRIS Instruments dispose d’une capacité de fabrication d’instruments géophysiques, le BRGM apporte son expertise du sous-sol et des terrains d’application, tandis que Muodim maîtrise l’adaptation des détecteurs au terrain et la conversion des mesures en images.
Le prochain cap sera moins photogénique qu’une vue de haut fourneau : proposer un dispositif dont le temps de mesure, la résolution et la procédure de déploiement sont prévisibles avant l’arrivée sur site. Muodim dispose déjà de la technologie et des compétences de traitement des données issues de l’IP2I. À Lyon, l’entreprise doit maintenant en faire un instrument que l’on puisse utiliser plusieurs fois sans réinventer l’expérience.
Sources consultées
- PULSALYSMuodim ouvre son capital à BRGM Invest et IRIS Instruments pour accélérer la démocratisation de la muographie
- Université Claude Bernard Lyon 1Jacques Marteau, de la physique des particules à la start-up
- BRGMEn bref 2025, risques liés au sol et au sous-sol
- BRGMFiliales et participations du BRGM
- Amélie Cohu et al.First 3D reconstruction of a blast furnace using muography