
Les Hospices Civils de Lyon veulent créer à la Croix-Rousse un hub de perfusion multi-organes, destiné à conserver, évaluer et parfois améliorer des greffons avant transplantation. La nouveauté n’est pas une machine miracle. Elle tient au regroupement, dans une même organisation, de techniques aujourd’hui réparties entre plusieurs équipes, avec du personnel dédié et des programmes communs pour le foie, le rein, le poumon et, demain, l’utérus.
La conservation classique ralentit la dégradation d’un organe en le maintenant au froid. Elle ne l’arrête pas et renseigne peu les chirurgiens sur son fonctionnement réel. La perfusion fait circuler dans le greffon une solution oxygénée, à basse température ou près de 37 °C. L’organe reste ainsi actif hors du corps : l’équipe peut mesurer sa fonction, gagner du temps logistique et, dans certains cas, rendre utilisable un greffon jugé trop fragile.
Ce changement compte parce que la pénurie ne se résume pas au nombre de donneurs. Elle se joue aussi dans les organes écartés faute de certitude sur leur état. En 2025, 6 148 greffes ont été réalisées en France, tandis que 23 294 personnes figuraient sur la liste d’attente au 1er janvier 2026. Les HCL annoncent près de 450 greffes sur la seule année 2025.
La perfusion est déjà utilisée en clinique et a fait l’objet d’essais comparatifs, sans avoir aboli les limites de la transplantation. Dans un essai randomisé portant sur 220 greffes de foie, la perfusion normothermique a réduit d’environ moitié le pic d’un marqueur enzymatique de lésion du foie et le taux de greffons abandonnés par rapport au stockage froid, tout en allongeant la durée moyenne de conservation. L’étude n’a toutefois pas montré de différence significative dans la survie des patients ou des greffons.
À Lyon, le hub part donc d’un savoir-faire existant. La Croix-Rousse utilise des machines de perfusion hépatique depuis 2017, et les HCL ont réalisé leur première perfusion pulmonaire ex vivo en 2021. L’ambition est de réunir ces pratiques aujourd’hui portées par des programmes spécialisés dans une plateforme commune, disponible pour plusieurs organes. Elle intervient avant l’implantation, en complément des recherches lyonnaises sur le rejet chronique des greffons.
La machine ne suffit pas. Une perfusion exige une surveillance, des protocoles partagés et des équipes mobilisables pendant les prélèvements, souvent de nuit et loin du centre greffeur. Les HCL prévoient ainsi un nouveau métier de « perfusionniste d’organes ». Un retour d’expérience britannique montre que le personnel dédié et la coordination entre services conditionnent le passage de l’expérimentation à la routine.
Les objectifs annoncés pour 2027 restent des jalons de recherche : première perfusion en France d’un greffon utérin humain et première utilisation aux HCL d’une machine hépatique transportable visant une greffe sans interruption d’oxygénation. La greffe d’utérus a déjà été pratiquée en France ; le projet lyonnais porte bien sur la perfusion préalable de l’organe. Les HCL ne publient pas encore de budget ni de cible d’activité pour le hub.
Il s’agit d’un investissement hospitalier dans l’évaluation et la conservation des greffons, non d’une découverte soudaine. Son intérêt se mesurera au nombre de greffons mieux évalués puis effectivement transplantés. Le hub doit rejoindre le futur bâtiment de l’IHU d’hépatologie de la Croix-Rousse, attendu en 2028. Avant cela, les HCL annoncent pour 2027 la perfusion d’un greffon utérin humain, l’emploi d’une machine hépatique transportable et la mise en place du nouveau métier de perfusionniste d’organes.
Sources consultées
- Hospices Civils de LyonDix projets phares du projet stratégique des HCL
- Agence de la biomédecineConférence de presse du 22 juin et chiffres de la greffe 2025
- Nature, via PubMedA randomized trial of normothermic preservation in liver transplantation
- Hospices Civils de LyonAvec plus de 120 greffes de foie en 2022, les HCL réalisent une année record
- Hospices Civils de LyonLa transplantation pulmonaire trouve un nouveau souffle