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À Lyon, un antipaludique cherche une voie plus rapide par le nez

Une équipe lyonnaise publie un premier essai humain sur une poudre nasale d’artésunate, pensée pour gagner du temps avant l’hôpital.

Illustration - poudre nasale médicale

À Lyon, des chercheurs ne cherchent pas une nouvelle molécule contre le paludisme grave. Ils tentent de faire entrer plus vite dans l’organisme un médicament déjà central, l’artésunate, quand l’hôpital est encore loin.

L’équipe Malaria Research Unit, rattachée à l’ICBMS et portée par Lyon 1, le CNRS, l’INSA Lyon et CPE Lyon, vient de publier dans Scientific Reports les résultats d’un premier essai humain sur une formulation d’artésunate en poudre administrée par voie nasale. Le travail associe aussi les Hospices civils de Lyon, avec le professeur Stéphane Picot, praticien hospitalier et responsable de l’équipe.

Le besoin est brutal. Dans le paludisme grave, surtout chez les jeunes enfants, le temps perdu avant l’accès aux soins peut compter dans les chances de survie. Le traitement de référence repose sur l’artésunate par voie intraveineuse ou intramusculaire, ce qui suppose du matériel, du personnel formé et un centre de soins capable de l’administrer. Dans des zones rurales ou isolées, le premier geste thérapeutique doit parfois se faire avant le transfert.

La formulation lyonnaise se place dans cette fenêtre. Une poudre pulvérisée dans les fosses nasales pourrait être administrée plus simplement qu’une injection, et contourner une partie des limites de l’artésunate rectal, déjà recommandé comme traitement pré-transfert mais connu pour une absorption variable et des difficultés d’usage chez certains enfants présentant des troubles digestifs.

La nouveauté tient moins au flacon qu’au problème visé : transformer un médicament efficace en une première dose plus facile à donner dans un lieu mal équipé, à un moment critique. En 2022, l’équipe avait déjà montré, sur modèle de muqueuse nasale humaine, que la poudre d’artésunate passait mieux qu’une solution : 26,8 % contre 2,1 %. Un modèle de fosses nasales indiquait aussi qu’une large part de la dose atteignait les zones recherchées, autour des cornets et de la région olfactive.

L’essai publié le 6 juillet 2026 franchit une marche différente. Réalisé au CHU de Bamako, au Mali, il a évalué trois dosages croissants chez des volontaires adultes. Les auteurs rapportent une bonne tolérance, sans effet indésirable grave observé, et une absorption rapide dans le sang. Ils notent aussi une forte variabilité entre les personnes, un point important pour la suite : en médecine d’urgence, une voie d’administration ne vaut que si elle délivre assez vite, assez régulièrement, la bonne quantité de médicament.

Cette étape ne prouve pas encore que le spray sauvera des enfants atteints de paludisme grave. Elle justifie surtout de passer à des essais cliniques plus avancés, chez des patients, pour mesurer la sécurité et l’efficacité dans les conditions visées. C’est une différence décisive : on est devant une formulation prometteuse entrée en clinique, pas devant un traitement disponible.

L’ancrage lyonnais, lui, est net. Le projet vient d’un travail commun entre parasitologie, chimie, galénique, pharmacie hospitalière et recherche clinique internationale. La start-up lyonnaise Eunovis, soutenue notamment par Bpifrance, Lyonbiopôle et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, porte la suite du développement. Depuis l’ICBMS et les HCL, le Rhône apporte ici une compétence précise : repenser le trajet d’un médicament dans le corps pour le moment où le trajet du patient vers l’hôpital est trop long.

Sources consultées
  1. Lyon 1 UniversitéRéduire la mortalité liée au paludisme en Afrique : un nouveau mode d’administration du traitement à l’essai
  2. Scientific ReportsSafety, tolerability and pharmacokinetic properties of intranasal artesunate in a first in human phase 1 trial
  3. Malaria Journal / PubMedPre-referral intranasal artesunate powder for cerebral malaria: a proof-of-concept study
  4. Organisation mondiale de la SantéThe use of rectal artesunate as a pre-referral treatment for severe Plasmodium falciparum malaria, 2023 update