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À Lyon, la radiothérapie interne vectorisée gagne des preuves cliniques

Deux essais renforcent la place de la RIV dans certaines tumeurs neuroendocrines digestives, avec les HCL parmi les centres engagés.

Illustration de médecine nucléaire

Aux Hospices civils de Lyon, la radiothérapie interne vectorisée avance dans un domaine discret de la cancérologie : les tumeurs neuroendocrines digestives. Deux essais publiés en 2026, l’un dans The Lancet, l’autre dans The Lancet Oncology, renforcent sa place face à des thérapies ciblées déjà utilisées.

La méthode n’est pas nouvelle, mais son intérêt se précise. Dans ces tumeurs rares, le problème n’est pas seulement de trouver un traitement actif. Il faut savoir dans quel ordre l’utiliser, chez quels patients, et avec quel bénéfice réel par rapport aux autres options. La RIV repose sur une idée simple à dire, difficile à exécuter : vérifier par imagerie que les cellules tumorales portent une cible, puis injecter un médicament radiopharmaceutique qui vient s’y fixer et délivrer une irradiation de l’intérieur.

L’essai COMPETE apporte la donnée la plus robuste. Cette étude internationale de phase 3 a comparé le 177Lu-edotréotide à l’évérolimus chez 309 patients atteints de tumeurs neuroendocrines gastro-entéro-pancréatiques avancées, progressives, de grade 1 ou 2, exprimant les récepteurs de la somatostatine. La survie médiane sans progression atteint 23,9 mois avec la RIV, contre 14,1 mois avec l’évérolimus. Le taux de réponse objective est aussi plus élevé, 22 % contre 4 %. Le médicament évalué reste toutefois un candidat : ITM indique que le 177Lu-edotréotide n’est pas encore approuvé par une autorité sanitaire.

L’essai OCLURANDOM, français, est d’un autre niveau de maturité : il s’agit d’une phase 2 ouverte et randomisée, conçue comme non comparative au sens statistique. Il concerne 84 patients atteints de tumeurs neuroendocrines pancréatiques métastatiques, déjà traitées, progressives et positives aux récepteurs de la somatostatine. À douze mois, 80,5 % des patients traités par 177Lu-DOTATATE n’avaient pas vu leur maladie progresser, contre 41,9 % dans le bras sunitinib. La médiane de survie sans progression atteint 20,7 mois contre 11 mois. L’essai rapporte aussi une meilleure qualité de vie pendant la phase de traitement, tout en signalant des événements indésirables tardifs qui comptent pour les lignes de traitement suivantes.

Ce résultat change la lecture locale. Dans les sites lyonnais des HCL, la RIV mobilise une chaîne exigeante : oncologie spécialisée dans les tumeurs neuroendocrines, médecine nucléaire, radiopharmacie, chambres de thérapie, essais cliniques, plateforme préclinique IMTHERNAT et centre théranostique RIV. Le service d’oncologie médicale d’Édouard-Herriot est labellisé centre expert Endocan-Renaten et centre d’excellence européen pour ces tumeurs rares.

La difficulté de cette médecine tient à cette chaîne entière. Un traitement radioactif ne s’improvise pas. Il faut sélectionner les patients en réunion spécialisée, commander ou préparer un produit dont l’activité décroît, vérifier la dose, protéger les équipes, gérer les déchets, surveiller la tolérance, puis replacer le traitement dans une séquence où existent déjà analogues de la somatostatine, chimiothérapie et thérapies ciblées. En 2022, la Haute Autorité de santé relevait encore que, faute de données comparatives, la place de Lutathera n’était pas connue par rapport au sunitinib ou à l’évérolimus dans les tumeurs pancréatiques. Les publications récentes ne ferment pas toutes les questions, mais elles remplissent une partie de ce manque.

Pour Lyon, l’intérêt n’est donc pas de brandir une “révolution” de plus. Il est plus solide : la médecine nucléaire devient un champ où la valeur se joue dans la précision clinique, la radiopharmacie et l’organisation hospitalière. Aux HCL, ces résultats donnent désormais plus d’arguments aux réunions qui décident quels patients peuvent recevoir ce traitement, et à quel moment.

Sources consultées
  1. The Lancet[177Lu]Lu-edotreotide versus everolimus for gastroenteropancreatic neuroendocrine tumours (COMPETE): a phase 3, multicentre, randomised, open-label, superiority trial
  2. The Lancet Oncology[177Lu]Lu-dota-tate versus sunitinib in patients with progressive metastatic pancreatic neuroendocrine tumours (OCLURANDOM)
  3. Hospices Civils de Lyon, Recherche en santé HCLRadiothérapie interne vectorisée : les HCL, experts de la recherche préclinique à la clinique
  4. Hospices Civils de LyonService d’oncologie médicale, hôpital Édouard-Herriot
  5. Haute Autorité de santéLUTATHERA (177 Lutécium oxodotréotide) - TNE pancréatiques