Depuis le 1er juillet, les entreprises du Rhône peuvent confier davantage de démarches aux CCI lorsqu’elles veulent recruter par une POEI, la préparation opérationnelle à l’emploi individuelle. France Travail Auvergne-Rhône-Alpes et le réseau régional des CCI généralisent ce mandatement aux 13 CCI territoriales, après une phase test qui incluait la CCI Beaujolais.
Le changement est discret, mais il dit beaucoup de la manière dont certains recrutements locaux se construisent désormais. Dans le Rhône, les employeurs prévoient 64 080 projets de recrutement en 2026, selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail. Ils en jugent 48,3 % difficiles, un niveau supérieur à la moyenne nationale de 43,8 %. Autrement dit, la tension ne se résume pas à une absence d’offres ou de candidats. Elle tient aussi à l’écart, parfois assez précis, entre les compétences disponibles et le poste à tenir.
La POEI sert à combler cet écart avant l’embauche. Une entreprise identifie un candidat, dépose une offre auprès de France Travail, s’engage sur un contrat, puis une formation prépare la personne au poste. Le dispositif peut financer jusqu’à 450 heures de formation, et jusqu’à 600 heures pour certains publics. À la sortie, il ne s’agit pas d’une formation dans le vide: l’employeur doit viser un CDI, un CDD d’au moins six mois, un contrat en alternance d’au moins six mois, un contrat saisonnier d’au moins quatre mois, ou une mission longue selon les cas.
L’accord France Travail-CCI ne crée donc pas l’outil. Il cherche à rendre l’outil plus simple à utiliser. Pour une TPE ou une PME, le plus lourd n’est pas toujours d’accepter le principe de former avant d’embaucher. C’est de transformer un besoin de recrutement en dossier complet: trouver le candidat, définir les compétences manquantes, bâtir le plan de formation, choisir l’organisme, suivre le parcours. Avec le mandatement, les centres de formation des CCI peuvent porter cette mécanique pour le compte de l’entreprise.
L’ancrage rhodanien compte. La CCI Beaujolais a fait partie des quatre chambres pilotes avant la généralisation régionale. Dans l’aire lyonnaise, CCI Formation Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne dispose aussi d’un outil déjà installé, avec des sites à Lyon, Saint-Étienne et Roanne et environ 10 000 stagiaires accompagnés par an selon ses chiffres 2022. Ce maillage peut aider dans les métiers où l’embauche dépend d’un complément de formation court: BTP, industrie, services, commerce, restauration, logistique, aide à la personne.
La limite est nette. Une POEI ne corrige pas un salaire trop faible, des horaires intenables ou un métier que les candidats fuient pour de bonnes raisons. Elle n’efface pas non plus le besoin de fidéliser après l’embauche. Mais elle peut éviter qu’un recrutement échoue pour une marche de compétences encore franchissable.
C’est une suite logique à ce que montrait déjà l’enquête BMO dans le Rhône: les emplois annoncés ne sont pas toujours les plus accessibles. La nouveauté du mandatement est de déplacer une partie du travail invisible vers des acteurs capables de relier entreprise, candidat, formation et France Travail. Dans le Rhône, son utilité se mesurera moins au nombre de conventions signées qu’aux postes effectivement occupés, de la métropole lyonnaise au Beaujolais.
Sources consultées
- France Travail Auvergne-Rhône-AlpesLes CCI et France Travail mobilisent la POEI pour recruter autrement
- France Travail StatistiquesEnquête Besoins en Main-d’Œuvre 2026, département du Rhône
- Entreprendre Service PublicAide au financement d’une formation avant embauche
- CCI Lyon Métropole Saint-Étienne RoanneNotre centre de formation