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À l’INSA Lyon, trois projets étudiants face aux angles morts de l’eau, des urgences et des drones

La Fondation INSA Lyon a distingué trois projets étudiants sur les PFAS, les urgences et les drones, entre prototype et preuve utile.

Élèves ingénieurs à l’INSA Lyon

La Fondation INSA Lyon a distingué, le 16 juin 2026, trois projets entrepreneuriaux d’élèves-ingénieurs. LeoninaBio, UGOMED et HORUS SYSTEMS travaillent dans des domaines différents, mais chacun s’attaque à une zone où l’on décide souvent avec une information incomplète : l’eau contaminée, les urgences hospitalières, l’espace aérien de basse altitude.

Le premier prix, LeoninaBio, porté par Paloma Bert, vise la détection et l’analyse des PFAS en moins de 24 heures. À Lyon, ces polluants dits éternels ne sont pas un sujet lointain. La vallée de la chimie et le sud de l’agglomération ont fait entrer les PFAS dans les débats sanitaires, industriels et judiciaires. En 2026, la surveillance des PFAS dans l’eau potable devient aussi une obligation réglementaire plus large, avec vingt substances listées au niveau européen. Le temps d’analyse compte : entre un prélèvement envoyé en laboratoire et un résultat exploitable, les collectivités, industriels ou gestionnaires d’eau peuvent perdre des semaines.

LeoninaBio, né sous le nom LynxBiotech dans le sillage du concours iGEM, cherche à raccourcir ce délai par la biologie de synthèse. Le projet travaille sur des kits utilisables sur site, à partir de micro-organismes génétiquement modifiés, pour des matrices liquides comme l’eau potable, l’eau de surface ou les rejets. Sa maturité reste précoce : une offre de recrutement récente le décrit comme une preuve de concept très précoce, de niveau TRL 3, avec une société non encore créée et un pilote visé début 2027. Le prix récompense donc moins un produit prêt à équiper les réseaux qu’un passage délicat, celui où une intuition de laboratoire doit devenir un outil de mesure fiable.

Le deuxième prix, UGOMED, porté par Clara Guedj et Marius Chalumeau, part d’un autre manque de visibilité. La plateforme veut relier SAMU et services d’urgences, afficher les capacités hospitalières en temps réel et utiliser l’IA pour anticiper l’affluence. Les chiffres donnent le décor : selon la DREES, les urgences françaises ont enregistré 20,8 millions de passages en 2023, contre 18,8 millions en 2013, et la moitié des patients y passent désormais plus de trois heures. UGOMED n’apporte pas des lits ni des soignants. Son pari est plus ciblé : rendre la donnée opérationnelle au moment où l’orientation d’un patient se décide.

Ce projet paraît déjà plus proche du terrain que LeoninaBio. UGOMED a été distingué par Enactus France, sélectionné au concours Zero to One du H7 et présenté dans des échanges liés aux Hospices Civils de Lyon et à PLATINES, la plateforme d’innovation en santé numérique des HCL. Cela ne remplace pas une validation hospitalière indépendante, mais indique une confrontation en cours avec les usages réels, notamment l’interopérabilité, les standards de santé numérique et les contraintes des équipes d’urgence.

Le troisième prix, HORUS SYSTEMS, développé par Adrien Houdoux, Gaspard Pessey et Thomas Corvaisier, concerne la détection multi-capteurs de drones pour protéger des zones étendues dans le civil. Le besoin progresse avec l’usage des drones et l’installation du cadre européen U-space, qui organise l’accès à certains espaces aériens par des services numériques. Dans le civil, la difficulté n’est pas seulement de repérer un appareil : il faut distinguer un vol autorisé d’une intrusion et rester dans un cadre légal où les moyens de neutralisation sont beaucoup plus limités que dans le militaire. Le projet reste le moins documenté publiquement des trois lauréats.

Quelques jours après la Foire des Sciences et Technologies de l’INSA Lyon, qui montrait déjà des prototypes étudiants à La Doua, ce palmarès donne une autre image de l’école : pas seulement fabriquer des objets ingénieux, mais apprendre à les éprouver contre des problèmes mesurables, réglementés, parfois tendus. À Villeurbanne, cette bascule quitte le pitch pour rencontrer le prélèvement d’eau, la garde aux urgences ou le drone qu’il faut détecter sans se tromper.

Sources consultées
  1. INSA LyonPost LinkedIn officiel sur la finale des Coups de Pouce Entrepreneuriaux 2026
  2. Point de basculeQuand la biologie éclaire la pollution aux PFAS, rendez-vous avec Lynx BioTech
  3. AnsesPFAS : vers une surveillance élargie
  4. DREESEnquête Urgences 2023
  5. UGOMEDPage LinkedIn UGOMED
  6. Ministère de la Transition écologiqueU-space : la gestion numérique du trafic aérien des drones