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À Lyon, une étude dentaire examine le regard qui précède le soin des enfants

Aux HCL et à Lyon 1, CariStigma explore comment l’âge des enfants et le statut social perçu des familles peuvent influer sur la prévention dentaire.

Illustration - enfant chez le dentiste

À Lyon, une équipe des HCL et de l’Université Lyon 1 regarde les caries des enfants par un angle rarement examiné: le regard porté par les soignants sur les jeunes patients et leurs parents avant même de commencer le soin.

La Dre Guillemette Lienhart, maîtresse de conférences des universités et praticienne hospitalière en odontologie, a lancé fin 2021 l’étude CariStigma avec des chercheurs lyonnais en odontologie, médecine générale, santé publique et psychologie sociale. L’enquête repose sur des entretiens avec 15 chirurgiens-dentistes, 10 médecins généralistes et 10 pédiatres. Elle ne mesure pas encore la fréquence nationale d’un phénomène. Elle décrit un point de friction dans l’accès aux soins: la prévention peut faiblir quand l’enfant est très jeune, difficile à soigner, ou quand sa famille est perçue comme négligente.

Le sujet n’est pas marginal. L’Assurance maladie a transformé M’T dents en rendez-vous annuel offert de 3 à 24 ans, au lieu d’un rythme tous les trois ans auparavant. L’objectif est simple: installer tôt le réflexe du contrôle et éviter que la douleur ne soit le premier contact avec le dentiste. Mais, selon l’Assurance maladie, seuls 36 % des enfants de 3 ans avaient vu un dentiste en 2024. La prévention est organisée; le premier rendez-vous, lui, n’est pas encore un réflexe.

C’est cette fragilité que l’étude lyonnaise éclaire. Chez les dentistes interrogés, les HCL relèvent des discours où les parents d’enfants atteints de caries sévères sont souvent décrits à travers la responsabilité, la négligence ou le manque d’éducation. L’enfant, lui, suscite de l’empathie, mais peut aussi être perçu comme pénible ou compliqué à prendre en charge. Le risque est alors très pratique: une parole plus culpabilisante, une relation plus tendue, parfois un accès aux soins retardé.

Les médecins généralistes et les pédiatres apparaissent dans l’enquête avec un autre embarras. Ils voient les enfants tôt et régulièrement, mais disent manquer de compétence dans le champ bucco-dentaire. Ils orientent vers les dentistes, pendant que certains dentistes disent manquer de temps ou de prise sur les comportements familiaux. Entre les deux, un enfant peut passer à côté de la prévention au moment précis où elle serait la plus utile.

Le centre de soins dentaires des HCL, dans le 7e arrondissement, annonce 84 fauteuils et plus de 100 000 passages par an. Il soigne, forme et accueille aussi l’odontologie pédiatrique. Le laboratoire RESHAPE, à Lyon 1 et à l’Inserm, travaille de son côté sur la performance des soins, les ruptures de parcours et l’accessibilité. CariStigma s’inscrit dans cette veine: observer non seulement les traitements, mais les conditions concrètes qui permettent ou empêchent d’y accéder.

La prochaine étape dira si le mécanisme repéré dans les entretiens se retrouve dans les comportements d’accès aux cabinets. Les HCL annoncent une collaboration avec les sociologues Christine Morin et Ludivine Jamin, de Lyon 2, pour un testing téléphonique destiné à quantifier plus finement les refus de soins selon l’âge et la précarité. La recherche passera alors des perceptions déclarées à un test d’accès aux cabinets.

Sources consultées
  1. Hospices Civils de Lyon« L’âge du patient et son statut social influencent la pratique clinique », Guillemette Lienhart, MCU-PH en odontologie (HCL / Lyon 1)
  2. BMJ Open / PMCWhat are health professionals’ perceptions and attitudes regarding children with early childhood caries and their families?
  3. Sciety / Research SquareAre Children with Early Childhood Caries and Their Families Stigmatized?
  4. Assurance maladieM’T dents tous les ans: une campagne de communication pour promouvoir la santé bucco-dentaire
  5. Hospices Civils de LyonCentre de soins dentaires