Au nord de Lyon, l’écluse de Rochetaillée et le barrage de Couzon entrent dans une nouvelle étape de modernisation. Voies navigables de France a relancé un marché de travaux sur les écluses et barrages de la Saône, dans le cadre du projet MODEX 6. Montant estimé : 9,125 M€ HT. Date limite des offres : 22 juillet 2026.
Les annexes techniques nomment l’écluse de Rochetaillée et le barrage de Couzon. Elles prévoient des automates, de la supervision, de la vidéo, de la radio, de la signalisation et de l’éclairage. Autrement dit, il ne s’agit pas de refaire le paysage des bords de Saône, mais de remplacer une partie de ce qui permet à l’ouvrage de fonctionner sans se voir.
À Rochetaillée, ces équipements font partie du quotidien de la navigation. L’écluse est l’une des cinq écluses aménagées sur les 220 km de la Saône à grand gabarit, avec Dracé, Ormes, Écuelles et Seurre. VNF y avait déjà remplacé en mars 2024 la porte amont, pour 110 000 euros, pendant l’arrêt annuel de navigation. Le même communiqué rappelait que la Saône à grand gabarit transporte en moyenne 2 millions de tonnes de marchandises par an, mais aussi des paquebots fluviaux et des bateaux de plaisance.
Le barrage de Couzon joue une autre partition, tout aussi discrète. VNF le présente comme l’un des cinq barrages mobiles de navigation de la Grande Saône, avec Pagny, Charnay, Dracé et Ormes. Ces barrages à clapets maintiennent le niveau d’eau nécessaire à la navigation. À Couzon, l’ouvrage mis en service en 1971 a déjà connu une lourde rénovation de ses organes de manœuvre. Il appartient à cette famille d’infrastructures que l’on remarque surtout lorsqu’elles se grippent.
Le calendrier s’explique par la mise en place du futur poste de commandes centralisé de Chalon-sur-Saône. VNF a posé sa première pierre le 15 juin. Le bâtiment de 565 m² doit être livré en septembre 2027, pour une mise en service en 2028. Depuis ce centre, des agents commanderont ou surveilleront les ouvrages du bassin Rhône-Saône, suivront le trafic, réagiront aux crues, aux étiages ou aux accidents fluviaux. L’investissement annoncé pour moderniser l’exploitation du bassin atteint 68 millions d’euros, avec notamment 600 km de fibre optique, des caméras, des capteurs et le remplacement d’automates.
Pour le Rhône, cette modernisation raconte une dépendance que l’on sous-estime facilement. Le transport fluvial régional a représenté près de 4,5 millions de tonnes en 2025 sur le bassin Rhône-Saône, soit l’équivalent annoncé de 225 000 camions évités. Comme pour la modernisation du Port du Beaujolais, la capacité fluviale ne tient pas seulement à de grands discours sur le report modal. Elle tient à des portes, à des armoires, à des câbles, à des feux, à des logiciels et à la disponibilité d’équipes capables d’intervenir quand la rivière change d’humeur.
Le marché MODEX 6 est donc un investissement de fiabilisation plus qu’un chantier de prestige. Il peut rendre l’exploitation plus réactive. Il rend aussi la Saône plus dépendante de ses réseaux numériques, de ses capteurs et de la maintenance informatique autant que mécanique. Demain, à Rochetaillée-Couzon, un bateau attendra toujours le feu avant d’entrer dans le sas. Une partie de la manœuvre, elle, se jouera plus loin, sur un écran de contrôle.
Sources consultées
- PLACEDétail de la consultation, référence 2651I0020
- Voies navigables de FrancePose de la première pierre du bâtiment du PCC à Chalon-sur-Saône
- Voies navigables de FranceLes barrages de la Grande Saône
- Voies navigables de FranceÉcluse de Rochetaillée-sur-Saône : opération de fiabilisation de la porte amont
- Voies navigables de FranceLes chiffres clés du transport fluvial, Rhône Saône