La Soyeuse et le Canut rejoignent le Gone et la Fenotte sur la Saône samedi 20 juin. Avec ces deux nouveaux bateaux électriques, Navigône atteint son format prévu: quatre navettes, une fréquence renforcée et une amplitude horaire élargie.
Pour les voyageurs, le changement tient surtout à l’attente. Entre Vaise-Industrie, Saint-Vincent et les Terrasses de la Presqu’île, la ligne passe à un bateau toutes les 15 minutes en heure de pointe, contre 30 minutes en heure creuse. Les week-ends et jours fériés, la ligne se prolonge jusqu’à Confluence toutes les 30 minutes. Confluence est aussi desservie les mercredis et pendant les vacances scolaires.
C’est le seuil qui peut faire basculer un service fluvial. Un bateau rare se prend quand on l’a prévu. Un bateau toutes les 15 minutes commence à entrer dans les habitudes d’un réseau urbain: on regarde moins longtemps l’horaire, on accepte mieux l’attente, on peut l’intégrer à un trajet ordinaire. La ligne reste courte, 6,2 km, mais elle relie des morceaux très lisibles de Lyon: Vaise, les quais de Saône, Saint-Antoine, Confluence.
Le fleuve donne une impression de facilité. Il est déjà là, il traverse la ville. Mais en faire du transport public demande une mécanique complète: des haltes accessibles, des équipages, une billettique TCL, des essais, une maintenance, des règles de navigation, une interruption possible en période de crue et des bateaux capables de limiter le bruit et les vagues le long des quais. Les quatre catamarans électriques ont été dessinés pour réduire le batillage, cette houle provoquée par leur passage.
La facture rappelle aussi que la Saône n’est pas une voie gratuite dès qu’elle devient un service régulier. SYTRAL Mobilités annonce 26 millions d’euros pour le projet, incluant les études, les haltes, la zone de remisage et les bateaux. L’exploitation relève d’une délégation de service public confiée pour sept ans au groupement RATP Dev / Les Yachts de Lyon, pour 53,5 millions d’euros, avec construction, exploitation et maintenance des navettes. L’État, via l’Ademe et Voies navigables de France, a apporté 890 000 euros pour compenser une partie du surcoût de la propulsion électrique.
Le résultat n’a pas l’échelle d’un métro. Chaque bateau accueille au maximum 90 passagers, dont quatre places réservées aux personnes à mobilité réduite, et six vélos. L’accès se fait sans réservation, dans la limite des places disponibles. La halte Saint-Vincent, elle, reste non accessible aux fauteuils roulants en raison de sa configuration entre quai haut et quai bas.
Navigône a tout de même déjà enregistré près de 200 000 voyages depuis son lancement en juin 2025, alors que le service montait encore en puissance. Avec les quatre bateaux en service, l’épreuve devient plus nette: les Lyonnais utiliseront-ils la navette comme une curiosité agréable ou comme une option TCL répétée? Les aménagements récents autour des Terrasses de la Presqu’île prennent alors une autre valeur: une halte fluviale compte davantage quand le prochain bateau arrive assez vite.