La Ville de Lyon prépare un nouveau marché d’intérim pour ses crèches municipales. L’avis publié le 12 juin prévoit deux lots : l’un pour les professionnels de la petite enfance, éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture et titulaires du CAP accompagnant éducatif petite enfance, l’autre pour les cuisiniers en crèche.
Le cadre financier donne la mesure du besoin possible. La valeur estimée atteint 3,1 millions d’euros hors taxes, avec un plafond de 7,7 millions : 6,5 millions pour les professionnels de la petite enfance, 1,2 million pour les cuisiniers. Le marché doit commencer le 16 novembre 2026, jusqu’au 15 novembre 2028, avec une reconduction possible de deux ans. La Ville ne commande pas d’avance un volume fixe d’heures : elle cherche jusqu’à trois titulaires par lot, qui pourront être sollicités au fil des besoins.
Une place d’accueil n’est pas seulement une salle, un dortoir, une cour ou un agrément. Elle dépend d’adultes présents au bon moment, avec les qualifications nécessaires, et d’une organisation qui tient aussi les repas, les absences, les plannings et les seuils réglementaires. Le Code de la santé publique impose un encadrement calculé sur les enfants effectivement accueillis, selon le choix de l’établissement : un professionnel pour cinq enfants qui ne marchent pas et un pour huit enfants qui marchent, ou un professionnel pour six enfants.
Le marché ne prouve pas, à lui seul, une aggravation lyonnaise du manque de personnel. Il montre plutôt le prix d’une sécurité de fonctionnement dans un service où une absence se transforme vite en capacité perdue. L’intérim est moins une solution de fond qu’une assurance contre le trou dans le planning : utile, coûteuse, et révélatrice d’un système où l’on ne peut pas simplement “faire avec”.
Cette fragilité rencontre une ambition locale très concrète. La Ville indique avoir créé 209 places en crèche depuis 2020 et prévoit environ 150 berceaux supplémentaires en 2026. En 2024, Lyon comptait 155 crèches, dont 48 municipales et 107 associatives, une offre d’accueil collectif et familial de près de 4 800 places, plus de 900 agents municipaux permanents dans la direction de l’enfance et 1 950 repas préparés et servis chaque jour dans les crèches. Ouvrir des berceaux, c’est donc aussi recruter, remplacer, nourrir, encadrer et garder le service stable du lundi matin au vendredi soir.
Le contexte dépasse Lyon. La Cnaf a publié en juillet 2025 une enquête menée auprès des crèches : 61 % des structures interrogées ont répondu, et 13 500 équivalents temps plein étaient manquants ou absents sur la semaine étudiée, soit 8,2 % des 163 900 emplois à temps plein existants. La Cnaf relève aussi que le taux d’ETP manquants est plus élevé dans les crèches publiques que dans les structures associatives ou marchandes.
Le moment est d’autant plus sensible que les communes sont devenues, depuis le 1er janvier 2025, autorités organisatrices de l’accueil du jeune enfant. Elles doivent recenser les besoins, informer les familles, planifier le développement des modes d’accueil et soutenir leur qualité. Dans le Rhône, cette tension passe aussi par le recrutement direct : à Villefranche-sur-Saône, l’agglomération a récemment organisé un job dating pour préparer la rentrée dans ses crèches.
À Lyon, l’appel d’offres raconte donc moins une crise soudaine qu’une dépendance quotidienne. La ville peut programmer de nouvelles places, rénover ses établissements et améliorer ses lieux d’accueil. Mais le matin où une auxiliaire ou un cuisinier manque, le service public redevient une affaire très simple : assez d’adultes, au bon endroit, pour accueillir les enfants prévus.
Sources consultées
- France Marchés / BOAMPAvis de marché n°26-58402, “Prestations de travail temporaire au sein des crèches de la Ville de Lyon”
- Ville de LyonPetite enfance
- Mairie du 7e arrondissement de LyonLes tout-petits font leur rentrée
- CnafUn besoin en professionnels toujours important dans les crèches, d’après une enquête inédite de la Cnaf
- LégifranceCode de la santé publique, article R2324-46-4