Article

À Villeurbanne, l’IA se pense aussi comme une cible à protéger

L’INSA Lyon et l’Université de Passau inaugurent une chaire franco-allemande sur l’IA et la cybersécurité, entre recherche, données et confiance.

Réseau numérique sous surveillance

L’INSA Lyon et l’Université de Passau ont inauguré, le 11 juin 2026 à Villeurbanne, une chaire franco-allemande d’excellence en intelligence artificielle et cybersécurité. Elle ne porte pas d’abord sur un nouveau modèle d’IA, ni sur une application prête à être vendue. Elle vise plutôt à former et faire travailler des chercheurs capables de traiter l’IA comme un système technique exposé, attaquable, parfois fragile.

Ce glissement compte. Une IA qui classe des documents, assiste un diagnostic, pilote un outil industriel ou aide une collectivité à traiter des données n’est pas seulement un programme performant. Elle dépend de données, de serveurs, de logiciels, d’autorisations et de chaînes de décision. Elle peut se tromper, révéler trop d’informations, apprendre sur des données manipulées ou être intégrée dans un service qui n’a pas été pensé pour elle. À mesure que l’IA sort des démonstrations et entre dans les usages, la question n’est plus seulement : “que sait-elle faire ?” C’est aussi : “que se passe-t-il quand elle est utilisée dans un système réel ?”

La chaire portée par Lionel Brunie, côté INSA Lyon, et Harald Kosch, côté Université de Passau, travaille à cet endroit. Ses thèmes annoncés couvrent l’IA de confiance, la protection des données, la cybersécurité et la souveraineté numérique européenne. Ces mots sont souvent usés jusqu’à devenir décoratifs. Ici, ils correspondent à des problèmes très concrets : comment partager des données sans les exposer, comment défendre des systèmes distribués, comment vérifier des modèles, comment former des ingénieurs capables de penser sécurité et IA ensemble.

L’ancrage lyonnais n’est pas artificiel. Au LIRIS, laboratoire d’informatique associé notamment au CNRS, à l’INSA Lyon et aux universités lyonnaises, l’équipe DRIM travaille déjà sur la recherche d’information, le partage robuste de données, la confiance, la réputation et le respect de la vie privée dans les systèmes répartis. Le laboratoire indique que ces travaux se mènent en lien étroit avec Passau et Milan dans le cadre d’un collège doctoral international.

La chaire se traduit aussi par du recrutement et de l’enseignement. Une fiche de poste publiée par le LIRIS pour 2026 prévoit un maître de conférences en “Intelligence artificielle et Cybersécurité”, affecté à l’INSA Lyon et au LIRIS. Le poste doit s’inscrire dans la chaire cofinancée par l’UFA, l’INSA Lyon et l’Université de Passau, avec une partie des enseignements assurée à Passau, un séminaire de niveau master spécialisé en IA et cybersécurité, et une mobilité régulière entre les deux sites. C’est moins visible qu’un prototype, mais plus solide qu’une simple photo d’inauguration.

La réglementation européenne ajoute de la pression à ce besoin de compétences. L’AI Act est entré en vigueur en 2024 et s’applique progressivement ; le Cyber Resilience Act impose lui aussi une montée en exigences pour les produits numériques. Les entreprises, les administrations et les éditeurs de logiciels ne pourront pas répondre à ces textes avec des slogans. Il leur faudra des compétences capables de relier modèles, données, logiciels, audit, sécurité et responsabilité.

La portée de l’annonce reste celle d’une chaire académique. Aucun résultat technique, montant global, partenaire industriel ou calendrier de livrables n’est encore mis en avant dans les sources consultées. Mais pour la métropole lyonnaise, l’intérêt est déjà clair : à Villeurbanne, l’IA n’est pas seulement traitée comme une promesse de performance. Elle devient un objet d’ingénierie que l’on doit comprendre, contrôler et défendre.

Sources consultées
  1. INSA LyonL’INSA Lyon et l’Université de Passau inaugurent une chaire franco-allemande d’excellence en intelligence artificielle et cybersécurité
  2. LIRISÉquipe DRIM : Distribution, Recherche d’Information et Mobilité
  3. LIRISFiche de poste MCF 0171, Intelligence Artificielle et Cybersécurité
  4. Commission européenneAI Act
  5. Commission européenneCyber Resilience Act